Dîners clandestins : ce qu'il faut savoir de l'extrait diffusé par M6 évoquant la présence de ministres

Le collectionneur Pierre-Jean Chalençon, propriétaire du Palais Vivienne, est mis en cause par un reportage de M6 pour l'organisation de dîners clandestins à Paris. Par ailleurs, il avait évoqué avoir dîné avec "un certain nombre de ministres" dans deux ou trois restaurants "soi-disant clandestins", avant de se rétracter.

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Au Palais Vivienne, en février 2019. (MAXPPP)

Des agapes sans mesures barrières, dans un décor luxueux et avec un menu de gala… Le procureur de Paris Rémy Heitz a ouvert une enquête pénale, dimanche 4 avril, pour "mise en danger d'autrui" et "travail dissimulé", après la diffusion sur M6 d'un reportage consacré aux dîners clandestins de la capitale. Mais cet événement organisé pendant le confinement n'est pas la seule question soulevée par le document. En effet, l'organisateur y affirme avoir partagé des dîners avec des membres du gouvernement, dans des établissements clandestins. Si l'hôte s'est rétracté dimanche soir, ses propos ont suscité des commentaires nourris sur les réseaux sociaux, et des réactions de plusieurs ministres.

Que montre le reportage de M6 ?

Ce sujet a été diffusé vendredi dernier dans le "19:45", le journal télévisé de la chaîne. Il présente d'abord des images tournées en caméra cachée par des journalistes, dans un établissement organisant des dîners pour un public aisé. Mais l'équipe a également obtenu, de manière indirecte, les images d'un autre événement, organisé cette fois dans un prestigieux lieu parisien. C'est ce second dîner qui suscite aujourd'hui des réactions.

Au-delà du caractère douteux d'un tel rassemblement en période de confinement, l'un des organisateurs interrogés par la chaîne, présenté comme "collectionneur", affirme avoir "dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants qui sont soi-disant des restos clandestins, avec un certain nombre de ministres". Ces propos ont suscité de vives réactions, alors même que le gouvernement est chargé d'arbitrer les mesures contre l'épidémie de Covid-19, dans un pays déjà lassé par une année d'efforts (extrait à partir de 1'06).

Qui est au centre du reportage ?

La chaîne ne livre pas davantage de détails sur ce dîner qui s'est déroulé en présence d'"une quarantaine de convives". Mais le restaurateur a été identifié par plusieurs médias, dont Libération (article abonnés) et Arrêt sur images (article abonnés), comme étant Christophe Leroy et l'hôte comme étant Pierre-Jean Chalençon, propriétaire du Palais Vivienne, un ancien hôtel particulier aujourd'hui dédié à l'événementiel. Franceinfo a également pu identifier ce lieu, situé dans le 2e arrondissement de Paris, en raison de la présence de nombreux indices. Le portrait de Napoléon, par exemple, laisse peu de doute sur cet espace dont il existe plusieurs photos d'archives.

Le Palais Vivienne en février 2019. (MAXPPP)

Dans une publication mise en ligne sur Instagram le 14 mars, Pierre-Jean Chalençon annonçait par ailleurs un "moment d'exception au Palais Vivienne le 1er avril", dans le cadre d'un "dîner soirée". Cette annonce, repérée par Libération, a depuis été supprimée. Confronté aux images de M6, le collectionneur d'objets napoléoniens a tout d'abord apporté un démenti sur Twitter, jugeant tout ceci "faux et calomnieux". Mais un peu plus tard, dans un communiqué transmis par son avocat Jean-Luc Chetboun, il a reconnu implicitement être la personne interrogée dans le reportage. Pierre-Jean Chalençon a alors plaidé "l'humour" et "le sens de l'absurde" quant à la présence de ministres dans des restaurants ayant ouvert leurs portes malgré l'interdiction sanitaire.

Interrogé lundi soir par l'émission "Touche pas à mon poste" sur C8, le collectionneur a déclaré n'avoir "organisé aucune soirée clandestine, surtout pas avec des ministres" ni "avec quelques politiques qu'ils soient". 

Le 1er février, dans un entretien diffusé sur YouTube (à 2'10), Pierre-Jean Chalençon annonçait son intention de lancer une forme de société ouvrant droit, deux fois par mois, à des "déjeuners ou dîners" avec le restaurateur Christophe Leroy. "Ici, c'est 560 mètres carrés, donc on peut se permettre de recevoir six, huit, dix personnes dans différents salons." Il se targuait de connaître des responsables politiques de tous bords et d'avoir "beaucoup d'amis au gouvernement" et dans les ministères, par exemple "en poste de communication de chez notre ami Attal, qui doit d'ailleurs venir dîner prochainement" au Palais Vivienne. L'entourage du porte-parole du gouvernement a fait savoir que Gabriel Attal ne connaissait pas Pierre-Jean Chalençon et qu'il n'avait "évidemment jamais participé à un quelconque dîner ou soirée".

Quelle est la réponse du gouvernement ?

La diffusion du reportage a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Avec le mot-dièse #OnVeutLesNoms, de très nombreux utilisateurs ont réclamé la transparence sur la présence éventuelle de membres du gouvernement dans des établissements ouverts clandestinement. A ce stade, pourtant, aucun élément ne permet encore d'étayer cette hypothèse.

"D'autres sources (que Pierre-Jean Chalençon) nous ont confirmé en 'off' la présence d'au moins un membre du gouvernement à un de ces dîners", a assuré la SDJ des Journaux télévisés de M6, qui assure poursuivre ses propres investigations à ce sujet.

Plusieurs membres du gouvernement ont rapidement réagi à l'extrait diffusé par M6. "Je serais curieux que ce restaurateur donne le nom des ministres s'il est si bien informé que cela", a notamment déclaré le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, lors du "Grand Jury" RTL-LCI-Le Figaro, ajoutant que "tous les ministres, sans exception, respectent la règle". Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a ajouté sur LCI qu'il ne croyait "pas une seconde" que des ministres puissent dîner dans des restaurants clandestins, tandis que la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a estimé sur CNews que les ministres et députés présents dans de tels établissements devaient être "pénalisés comme n'importe quel citoyen" si les faits étaient avérés.

Quelles sont les suites données au reportage ?

"Comme [le] secrétariat [de Marlène Schiappa] est rattaché au ministère de l'Intérieur, qui a d'ores et déjà diligenté une enquête (qui ne devrait pas prendre des plombes vu que Twitter Détective a déjà fait la moitié du boulot), on saura ça très vite n'est-ce pas ?", a ironisé la députée LFI Danièle Obono. L'élue faisait référence à l'ouverture d'une enquête administrative par la préfecture de police de Paris, saisie dimanche par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Ce dernier a ajouté que les personnes concernées devraient "pouvoir être poursuivies et, j'imagine, condamnées pour avoir organisé de telles soirées", si les faits étaient avérés.

"Dans les plus beaux quartiers de la capitale, la règle est la même pour tout le monde. Il n'y a pas deux types de citoyens avec ceux qui ont le droit de faire la fête et ceux qui n'auraient pas le droit."

Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur

lors de la visite d'un centre de vaccination à Marcq-en-Barœul (Nord)

En parallèle de cette enquête administrative, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a annoncé dimanche en fin de journée avoir saisi "la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne d'une enquête des chefs de mise en danger d'autrui et de travail dissimulé", afin de "vérifier si des soirées ont été organisées en méconnaissance des règles sanitaires et de déterminer quels en ont été les éventuels organisateurs et participants".

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