Déprogrammation des activités des hôpitaux : "Ce n'est pas neutre en termes de santé publique", alerte le professeur Jean-Michel Constantin

Le secrétaire général de la Société française d’anesthésie et de réanimation s'interroge sur la décision de déprogrammer 40 % des activités des hôpitaux et cliniques d'Ile-de-France.

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Radio France
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L'entrée de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, 24 avril 2020. (RÉMI BRANCATO / RADIOFRANCE)

L'Agence régionale de santé d'Île-de-France a réclamé la déprogrammation de 40 % des activités des hôpitaux et cliniques pour augmenter de 500 places le nombre de lits de réanimation dédiés aux malades du Covid-19. "Ce n'est pas neutre en termes de santé publique de déprogrammer comme ça massivement", a alerté lundi 8 mars sur franceinfo le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, secrétaire général de la Société française d’anesthésie et de réanimation.

franceinfo : Cette demande de l'ARS vous surprend-elle ?

Jean-Michel Constantin : La circulation est intense, continue à croître et le week-end a été particulièrement difficile avec quasiment plus de place disponible en réanimation, en fin de week-end. On est dans une situation très inconfortable, difficilement tenable. Cette espèce de coup de semonce de dire qu'il faut supprimer 40 % de l'activité programmée est un peu inquiétant. La déprogrammation de ce qu'on appelle la chirurgie ou des interventions réglées a un coût en termes de santé publique. Il y a des patients qui sont déprogrammés depuis 12 mois maintenant, donc c'est gênant. On peut se demander si cet effet d'annonce va répondre à ce qui nous intéresse, c'est-à-dire est-ce qu'on va être en capacité d'augmenter le nombre de lit de soins critiques pour prendre en charge ces patients ?

Quelles sont les opérations déprogrammées ?

Il y a beaucoup de chirurgie orthopédique, de chirurgie fonctionnelle, des dépistages qui se font moins bien. Il y a tout un tas d'acte qui ne sont pas des urgences vitales, c'est rarement de la cancérologie lourde mais cela a un vrai impact sur l'organisation des soins. Nous ne sommes pas persuadés que la prise de position globale soit la meilleure réponse. Tous les établissements de santé ne sont pas les mêmes.

Est-il possible d'augmenter la capacité d'accueil en réanimation ?

Elle est possible au prix de soins intensifs d'unités intermédiaires qui permettent de prendre en charge tous les patients qui ne sont pas sous ventilation artificielle. Donc, il y a encore un petit peu de marge. Là, en Île-de-France, on en est à peu près au niveau de la fin de la première semaine de novembre, donc on est à une semaine du pic de novembre en nombre de patients en réanimation, sauf qu'en novembre on a été confinés. Si on déprogramme à 40 % sans confinement on n'a aucune idée de la durée pendant laquelle il faudra déprogrammer. Je voudrais faire passer comme alerte que ce n'est pas neutre en terme de santé publique de déprogrammer massivement.

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