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Dépistage du Covid-19 : comment éviter que la vague de tests submerge les pharmacies, les centres et les laboratoires ?

Alors que plus de 2 millions de tests sont réalisés les jours de semaine, Gabriel Attal a annoncé dimanche des mesures censées réduire la pression sur les pharmacies et les laboratoires.

Article rédigé par Louis Boy
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
Une file d'attente devant le barnum de dépistage du Covid-19 d'une pharmacie à Paris, le 9 janvier 2022. (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)

"On ne peut pas tester une école entière à 19 heures parce qu'il y a un cas positif dans toutes les classes." Posté dimanche 9 janvier sur Instagram et "aimé" plus de 200 000 fois en une journée, le cri du cœur d'une préparatrice en pharmacie de Toulouse a manifestement touché juste. Et illustre l'immense pression que l'explosion des contaminations au Covid-19 fait peser sur les professionnels chargés du dépistage. Pour la première fois, jeudi, la barre des deux millions de tests PCR et antigéniques en une journée a été franchie en France. Les différents lieux de dépistage saturent, comme l'observait France 3 Bretagne à Rennes, lundi.

Le gouvernement s'est emparé du sujet. Dimanche, son porte-parole, Gabriel Attal, a détaillé une série de mesures dans le but de dépister encore davantage. Lundi, Jean Castex s'est invité au journal de 20 heures de France 2 pour reconnaître les difficultés et annoncer un ajustement du protocole de tests des élèves cas contacts. Mais le Premier ministre a aussi exprimé son attachement au dépistage massif : "Casser le thermomètre ne servirait à rien." Face à ce dilemme, franceinfo liste les pistes qui pourraient aider à éviter la surchauffe.

Changer le protocole de l'Education nationale

Omicron et les fêtes de fin d'année ont alimenté la ruée vers les tests, mais le protocole en vigueur dans l'Education nationale depuis la rentrée est aussi pointé du doigt. "Ce qui nous embolise le plus actuellement en pharmacie, c'est le dépistage des jeunes, des scolaires", déplorait le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, Philippe Besset, lundi sur franceinfo.

Initialement, chaque cas déclaré dans une classe obligeait les élèves à présenter trois tests négatifs (le jour même, puis deux et quatre jours plus tard) pour revenir en classe, le premier devant être un PCR ou un antigénique (à l'exception des non-vaccinés de 12 ans et plus, placés à l'isolement). Très chronophage pour les parents, cette règle a vite été critiquée par la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), qui appelle finalement à la grève le 13 janvier.

Assouplir ce protocole est un des leviers pour réduire le nombre de tests, et le gouvernement a déjà annoncé des ajustements. Depuis vendredi, la détection d'un nouveau cas positif n'oblige plus les élèves à recommencer à zéro le cycle de trois tests. Et lundi, Jean Castex a annoncé que le premier test pourrait également être un autotest. Pour les parents ayant réussi à s'en procurer, plus besoin d'un passage en pharmacie ou dans un centre. Le gouvernement exclut en revanche de renoncer à ce trio de tests : "Les écoles ont vocation à rester ouvertes, et seul un dépistage assez intensif nous permet de le faire", martelait Olivier Véran, le ministre de la Santé, lundi, au Sénat.

Le protocole est "tenable, sinon cela voudrait dire qu'on demande aux gamins de ne plus aller à l'école", estimait lundi Gilles Bonnefond, porte-parole de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, joint par franceinfo. Mais l'efficacité de l'allègement annoncé par le Premier ministre dépendra de l'accessibilité des autotests. Sur France 2, il a promis que 11 millions de tests seraient livrés en pharmacie et qu'ils seraient accessibles gratuitement aux parents concernés, sans détailler par quelles modalités. Le retour en classe ne reposant plus que sur des attestations sur l'honneur, certains parents pourraient être tentés d'éviter totalement les pharmacies et de ne pas tester leur enfant. Ce qui réduirait les files d'attente, mais compliquerait encore plus la situation sanitaire.

Définir des publics prioritaires

Certains spécialistes appellent à une refonte plus large de la stratégie de tests. Gilles Bonnefond se félicite que la consigne ne soit plus de réaliser un test PCR de confirmation après un test antigénique positif (ce qui servait à identifier le variant). Et rappelle qu'aucun test n'est nécessaire en fin de période d'isolement pour les vaccinés, à moins qu'ils aient des symptômes : "Certains employeurs le demandaient pour revenir au travail, alors que ce n'était pas la règle", déplore-t-il.

Vendredi, la direction générale de la santé a aussi diffusé une consigne de priorisation. Mais elle concerne pratiquement tous les cas de figure : sont prioritaires les personnes symptomatiques, les cas contacts, les personnes ayant fait un autotest positif, celles ayant une ordonnance et celles devant effectuer des tests obligatoires au retour de pays à risques. Puis, dans un second temps, vient le tour de celles et ceux devant effectuer un test pour se rendre à l'étranger. En creux, la consigne appelle surtout à faire passer en dernier les personnes se faisant tester pour obtenir un pass sanitaire valide de 24 heures. "Mais on en a très peu, ce n'est plus un enjeu", assure Gilles Bonnefond.

Lionel Barrand, président du syndicat des biologistes médicaux, appelait lundi sur RTL à un autre changement de consigne qui "nous ferait gagner du temps" : faire disparaître "le test qu'on fait à J5 chez la personne positive" qui, à ses yeux, "ne sert à rien", car il ne renseigne pas avec certitude sur le risque d'être contagieux. L'épidémiologiste Antoine Flahault, cité par le site Yahoo, veut même remettre en cause le principe de "se faire dépister au moindre doute" : "Si par exemple vous êtes en bonne santé, et que vous avez des symptômes bénins, inutile d'aller engorger les laboratoires, un autotest et le respect des gestes barrières suffit." Mais rien n'indique que les autorités soient prêtes à de tels changements.

Ouvrir davantage de centres de dépistage

L'annonce phare de Gabriel Attal, dimanche, était la volonté de créer "plusieurs centaines" de centres de dépistage adossés à des centres de vaccination. Lors des creux du planning de vaccination, les professionnels pourraient pratiquer des tests, imaginait le porte-parole du gouvernement. "Il faudrait un autre endroit, d'autres personnels, qu'à ce jour on n'a pas", réagissait lundi sur France 2 une cheffe de service d'un hôpital où a été installé un centre de vaccination, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Gilles Bonnefond, représentant des pharmaciens, était également sceptique : "Les centres vaccinent à tour de bras, je ne sais pas trop s'ils ont des creux. Et il faudrait les approvisionner en tests dans un délai très court."

Permettre aux pharmacies de se renforcer

Le problème n'est pas tant le nombre de tests à réaliser que le manque de bras pour les faire, clame Gilles Bonnefond. Le porte-parole de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine fonde beaucoup d'espoirs sur une autre annonce du gouvernement : la possibilité d'effectuer plus facilement des recrutements temporaires pour le dépistage. Il espère pouvoir "les payer au forfait, sans démarche administrative ni contrat de travail, comme dans les centres de vaccination", avec la possibilité de ne les employer que dans les moments les plus chargés, le lundi, le vendredi et le samedi. Il estime également que cela permettrait aux quelque 4 000 pharmacies qui ne proposent pas de tests "d'ouvrir des plages horaires". Il espère que la mesure sera rapidement concrétisée.

Plus dubitatif, Philippe Besset, le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, rappelait lundi sur franceinfo que "l'ensemble des soignants est occupé, les infirmiers, les médecins également", et que les étudiants en santé sont "déjà mobilisés". Dimanche, un décret a autorisé tous les diplômés ou étudiants en master de biologie moléculaire à pratiquer des tests.

Tenir en attendant que la vague passe

Personne ne suggère, bien sûr, d'abandonner le dépistage. Mais de nombreux professionnels rappellent que la surcharge de tests devrait être temporaire. "Ce qu'on nous dit, c'est que le pic de la vague Omicron va arriver, et les contaminations vont vite redescendre", rappelle Gilles Bonnefond. C'est notamment le scénario observé en Afrique du Sud. Sur BFMTV lundi, l'épidémiologiste et membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet estimait que le pic arriverait "autour de la mi-janvier""Nous verrons dans les prochains jours si nous atteignons un pic des contaminations puis une baisse ou un plateau", commentait Olivier Véran au Sénat. Un constat qui rappelle que la crise des tests n'est peut-être que temporaire. Mais aussi que les mesures destinées à l'atténuer devront être rapides pour avoir un effet.

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