VIDEO. Maintenir les lieux culturels fermés, "c'est une attaque en règle de la France des Lumières", dénonce Jeanne Balibar

Jeanne Balibar, comédienne et réalisatrice, réagit sur France Inter mardi à la décision du gouvernement de reporter la réouverture des théâtres, des cinémas, des musées et autres salles de concert.

FRANCE INTER / RADIO FRANCE

Maintenir les lieux culturels fermés, "c'est une attaque en règle de la France des Lumières", a déclaré mardi 15 décembre sur France Inter Jeanne Balibar, comédienne et réalisatrice. Ce 15 décembre devait initialement marquer la réouverture des théâtres, des cinémas, des musées et autres salles de concert, mais le gouvernement a décidé de reporter la mesure au 7 janvier, au mieux.

Il y a quelques chose d'étrange qui nous apparaît : c'est une attaque en règle de la France des Lumières. L'art, c'est ce qui donne accès par l'émotion aux idées. Dans Rousseau, Voltaire et Montesquieu, il n'y a rien d'autre !

Jeanne Balibar

à France Inter

"C'est très bizarre, poursuit la comédienne, de voir ce gouvernement qui se réclame de la France des Lumières en permanence, et qui commence par en attaquer le cœur, c'est à dire les endroits où démocratiquement se diffuse, par l'émotion, la compréhension des idées."

"C'est pas un truc fortuit, c'est délibéré !"

Jeanne Balibar s'apprête à s'envoler pour aller jouer au théâtre au Portugal, "un pays qui n'a jamais refermé ni ses ni ses cinémas, ni ses musées, ni même ses restaurants qui restent ouverts jusqu'à 23 heures depuis le 1er juin (…) La vie culturelle continue et surtout elle est placée au centre". D'après elle, cela veut dire que la fermeture "est un choix du gouvernement, qu'on peut parfaitement faire autrement, nous ne le comprenons pas".

Elle dénonce plus globalement le manque de considération de la part du gouvernement dans cette crise liée au Covid-19. "Au début on a pensé que c'était un oubli, explique-t-elle. Et puis ensuite on a vu qu'il y avait une volonté délibérer d'agresser quand même le monde de la culture, en n'en parlant pas, en disant 'c'est non-essentiel'. C'est qu'ils le font exprès. Maintenant on sert de variable d'ajustement. C'est pas un truc fortuit, c'est délibéré !"

Jeanne Balibar souligne le fait que le gouvernement ait en revanche décidé de rouvrir les lieux de culte : "Les brassages de population autour des églises avec des gens qui vont aller s'asseoir pour regarder l'histoire de Jésus, en quoi sont-ils sont moins contaminants que d'aller regarder l'histoire de Roméo et Juliette ou écouter Clara Luciani ?", interroge-t-elle. Pour la réalisatrice, "c'est aussi contre la laïcité qu'on opère. C'est contre le cœur de cette France des Lumières dont le gouvernement nous parle en permanence."

Il faudrait que les oppositions républicaines et attachées à la France des Lumières, qu'elles soient de droite ou de gauche, s'emparent de cette question.

Jeanne Balibar

à France Inter

La comédienne rappelle que "le cœur de notre République, le cœur de la déclaration des droits de l'homme, et c'est dans la constitution de 1946 dans l'article 13, c'est l'accès à la formation intellectuelle à l'éducation à la culture. Donc c'est central, ce n'est pas juste 1,3 millions de personnes, de salariés, c’est beaucoup plus que ça qui se joue".

Jeanne Balibar, le 13 janvier 2020, à Paris.
Jeanne Balibar, le 13 janvier 2020, à Paris. (FRED DUGIT / MAXPPP)