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En laboratoire, en "drive" ou dans un bus itinérant... Les dépistages du coronavirus se multiplient dans toute la France

Depuis que le test du Covid-19 peut être réalisé sans ordonnance et remboursé par la sécurité sociale, les patients affluent.

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avec France Bleu - franceinfo
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Temps de lecture : 4 min.
Un soignant réalise un test de dépistage du coronavirus Covid-19 à Quiberon dans le Morbihan, le 27 juillet 2020 (photo d'illustration). (FRED TANNEAU / AFP)

Tout se passe dans le bruit des moteurs, et l'odeur des gaz d'échappement. Quatre files d'attente, et dans chacune, une dizaine de voitures patientent. À Pau, depuis un peu plus d'une semaine, le dépistage du Covid-19 peut se faire sans ordonnance. Le drive est installé au Parc des expositions, et existe depuis le début du mois de mai. "Si c’était avec ordonnance on n’aurait pas pu venir parce que l’on ne connaît pas la ville, on n’a pas de médecin sur Pau", explique Josiane, une habitante des Alpes-Maritimes, et qui attend de se faire dépister avec son mari.

Depuis un décret du 24 juillet dernier, le dépistage du coronavirus par test PCR est faisable sans ordonnance, et intégralement remboursé par la sécurité sociale. Une mesure pour augmenter le nombre de tests réalisés sur le territoire afin de mieux lutter contre l’épidémie, mais qui pose question sur leur utilité et les publics ciblés.

Dépistages en drive à Pau

Au drive test à Pau, près de la moitié des personnes venues au drive sont présentes sans ordonnance. Cette possibilité a fait exploser le nombre de dépistages. "Et la contrepartie c’est qu’il faut faire la queue", lance Josiane. Une attente qui va d'une dizaine de minutes à plus d'une demi-heure parfois. C'est tous les jours entre 8 heures et 14 heures, les résultats tombent ensuite en 24 heures.

Il n'y a besoin que de sa carte vitale. Certains viennent parce qu'il faut montrer un test négatif avant de prendre l'avion, pour beaucoup d'autres c'est simplement une mesure de précaution avant un retour en famille. "Je pense que c’est une rhinopharyngite, espère Gwendoline. Mais avant de partir en vacances, il faut vérifier pour ne pas contaminer les gens que je vais voir." Comme Gwendoline, entre 200 et 400 personnes se font dépister dans ce drive à Pau tous les jours.

Laboratoire itinérant à Laval

En Mayenne, un bus itinérant sillonne les quartiers de la ville de Laval pour inciter les habitants à se faire tester gratuitement. Plusieurs foyers de contamination ont été identifiés dans ce département où les indicateurs confirment toujours la circulation active du virus. Dans le quartier populaire de Saint Nicolas, les habitants font la queue devant le bus de dépistage du coronavirus qui s’est installé au pied des immeubles. Prise en charge par des agents de la Protection civile et des infirmières, Rachel est venue passer le test à cause d’une forte suspicion de Covid-19 chez l’une de ses collègues de travail. "Après le déconfinement, je pense qu’on aurait dû toujours garder le masque et les gens n’ont pas fait attention", regrette-t-elle. 

Les gens se sont laissés aller. Je pense que l’on manque de discipline, c’est un peu inquiétant quand même.

Rachel, Lavaloise

à franceinfo

Certains habitants redoutent un nouveau confinement. Car le département reste au-dessus du seuil d’alerte, avec plus de 100 cas de coronavirus détectés pour 100 000 habitants. "Il y a eu une accélération de la progression du virus, explique Jean-Francis Treffel, le préfet de la Mayenne. Nous sommes aujourd’hui sur un plateau. J’ai pris les mesures pour limiter cette progression pour éviter d’avoir à se reconfiner."

Mieux cibler les publics testés ?

Dans d’autres régions, les files d’attentes durent des heures et il faut parfois jusqu’à 6 jours de délai avant de décrocher un rendez-vous pour se faire tester. Certains laboratoires arrivent cependant à gérer l'augmentation. Thierry Leclerc, biologiste à Clamart en région parisienne, est passé de 300 à 400 tests par semaine il y a un mois à 1 200 la semaine dernière. Chez lui on vient sans rendez-vous, on fait la queue 20 à 30 minutes, le résultat est donné en 48 heures. "C’est tout le monde qui vient : les gens un peu inquiets, ceux qui partent en vacances, etc, indique le biologiste. Mais ce n’est pas plus mal, on ratisse très large, ça permet de mettre en quarantaine pas mal de personnes."

Mais devant l’afflux de plus en plus grand chaque semaine auprès des laboratoires pour des tests, certains biologistes demandent à ce qu’on priorise davantage certains publics et qu’on coordonne mieux la politique de dépistage. Le président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux, Lionel Barrand estime qu’on ne devrait pas autoriser comme c’est le cas depuis fin juillet n’importe qui à se faire dépister sans ordonnance. Il voit trop de monde, dit-il, venir engorger les labos juste pour se rassurer. Il faut d’après lui mieux cibler les publics à tester : "Vous avez un symptôme, vous êtes en contact avec des gens qui ont été testés positifs ou vous revenez d’un pays à risque, vous vous faites dépister." Hors de ce cadre, "il n’y a pas de raison de dépister 70 millions de Français", explique le biologiste.

Si des personnes sans risque particulier se font dépister, on risque d’emboliser la filière.

Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux

à franceinfo

Lionel Barrand s’attend à ce qu’on atteigne le cap des 600 000 tests hebdomadaires à la fin de cette semaine. Il appelle aussi les pouvoirs publics a mieux coordonner le dépistage. Trop souvent, explique-t-il, on lance localement des campagnes de dépistage massif sans même avoir averti les laboratoires d’une région ou d’une ville qui faute d’anticipation se retrouvent d’un coup totalement débordés.

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