Covid-19 : quatre questions sur la stratégie française de tests de dépistage

Pour l'instant, seuls les cas symptomatiques et les personnes ayant été en contact avec eux font l'objet de tests PCR. Les scientifiques réclament un changement de doctrine pour mieux réagir en cas de seconde vague épidémique.

Le centre hospitalier de Purpan, à Toulouse, propose un accueil \"drive\" pour réaliser les prélèvements naso-pharyngés des tests virologiques de dépistage du Covid-19.
Le centre hospitalier de Purpan, à Toulouse, propose un accueil "drive" pour réaliser les prélèvements naso-pharyngés des tests virologiques de dépistage du Covid-19. (MATTHIEU RONDEL / HANS LUCAS)

Alors que les vacances estivales commencent, les appels à la prudence et au respect des gestes barrières se multiplient. Le risque d'une seconde vague épidémique de Covid-19, dès l'été, ne peut pas être exclu, a prévenu lundi 6 juillet Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'institut Pasteur, au micro de France Inter. La situation en Espagne doit être scrutée avec attention. Le pays a décidé de reconfiner certaines zones (en Galice et en Catalogne notamment), tout comme l'Italie, le Portugal ou encore le Royaume-Uni.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est montré préoccupée mardi 7 juillet : "L'épidémie s'accélère et nous n'avons pas atteint le pic de la pandémie", a mis en garde son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus. "Il faut que tout le monde comprenne que – sans même parler de la deuxième vague – nous sommes à la merci d'une reprise en France", expose Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique sur le Covid-19, dans les colonnes du Monde. Le déconfinement et sa poursuite sont conditionnés à une politique ambitieuse de dépistage, rappellent les scientifiques.

1Combien de tests sont réalisés en France ? 

"La France réalise actuellement près de 300 000 tests PCR par semaine", a affirmé Jérôme Salomon, directeur général de la santé, mardi 7 juillet, dans Le Figaro, estimant le total des tests réalisés depuis le déconfinement à "2 millions". Un chiffre confirmé par Olivier Véran, ministre de la Santé, vendredi matin sur RMC. Mais cela reste bien inférieur aux objectifs annoncés par le gouvernement. L'objectif initialement affiché était de 700 000 tests virologiques (PCR) hebdomadaires.

"Grâce à une augmentation importante des capacités de tests, il est actuellement possible de réaliser jusqu'à 700 000 tests chaque semaine sur l'ensemble du territoire", affirme pourtant le gouvernement sur son site. "On n'en fait même pas un tiers", répond le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans  Le Parisien. "On ne peut pas se permettre ce relâchement", s'inquiète-t-il. 

2Qui sont les personnes testées ?

Pour expliquer cet écart entre le nombre de tests espérés et ceux réalisés, il faut s'intéresser au public ciblé. Dès le lancement des campagnes de dépistage, un flou régnait sur les personnes à qui ces tests se destinaient. Mi-avril, Emmanuel Macron promettait que "toute personne présentant des symptômes" pourrait être testée. 

Sont donc testées les personnes présentant des symptômes du Covid-19 et les "cas contacts", c'est-à-dire les personnes ayant été en contact avec des personnes ayant contracté la maladie. "Toutefois, les gens qui ont des formes mineures se font peu dépister", regrette Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique sur le Covid-19, dans Libération. Ce qui empêche l'identification des personnes qu'ils ont côtoyées. "On estime que seuls 50% des gens contaminés sont dépistés", ajoute-t-il dans un entretien au Monde.

Par ailleurs,  24,3% des personnes infectées "restent asymptomatiques", avance Santé publique France. Autant de porteurs du virus et de contaminateurs qui ne sont pas dépistés actuellement. Jérôme Salomon, directeur général de la santé, se veut toutefois rassurant. Il assure au Figaro que pour la semaine du 22 juin, hors Guyane, le taux de positivité des tests était de 0,94%, "ce qui signifie que nous testons en moyenne 107 personnes par cas positif". Les chiffres sont toutefois à prendre avec précaution en raison de l'existence de "faux négatifs" et de "faux positifs".

Par ailleurs, le ministre de la Santé Olivier Véran a confirmé vendredi qu'il travaillait à la mise en place de tests salivaires du Covid-19 dans les aéroports pour les voyageurs revenant de pays à risque.

3Comment peut-on se faire dépister ?

Pour les personnes qui présentent des symptômes, une consultation médicale (physique ou virtuelle) est nécessaire. Le médecin peut alors prescrire un test PCR, qui doit ensuite être réalisé dans un centre de dépistage agréé. Les laboratoires habilités à réaliser des tests virologiques sont listés sur le site du ministère de la Santé. Les personnes identifiées comme ayant été en contact avec une personne testée positivement peuvent, elles, réaliser un test sans ordonnance.

Un dernier cas existe : pour certains publics, des campagnes de dépistage spécifiques sont organisées. C'est le cas dans certains territoires identifiés comme vulnérables par exemple. Dans ce dernier cas, une ordonnance médicale n'est pas nécessaire. Pour les cas évoqués ci-dessus, l'assurance-maladie rembourse l'intégralité des 54 euros que coûte le test. Il peut toutefois être demandé d'avancer cette somme.

4Quelles sont les pistes pour tester davantage ?

Ces dernières semaines, le gouvernement semble réadapter sa stratégie de dépistage pour la rendre plus efficace. Plusieurs pistes sont étudiées. 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d'Ile-de-France ont reçu ou vont recevoir dans les prochains jours des bons de dépistage. L'opération va être étendue à cinq autres régions. Une campagne de dépistages massifs a également été lancée en Mayenne, qui connaît une explosion des cas. Est visée l'ensemble de la population et non plus seulement que les cas symptomatiques ou cas contact. 

"Il faut qu'il y ait une fluidité des tests plus grande, avec des tests dans la rue", réclamait Jean-Paul Delfraissy dans un entretien à Libération. Selon le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, "il y a une vraie doctrine sur l'utilisation des tests à construire". Car les 700 000 tests prêts à l'emploi ne sont aujourd'hui pas suffisamment accessibles. Des laboratoires sont débordés par l'augmentation brutale de la cadence, ce qui créé des files d'attente démotivantes pour les patients. 

Plusieurs pistes sont évoquées par le scientifique auprès du Monde : il faut faciliter l'accès aux tests et renforcer la prévention "dans les zones où la relation avec les médecins est plus difficile qu'ailleurs". "Nous envisageons également d'organiser des opérations de porte-à-porte", a fait savoir Jérôme Salomon.