Covid-19 : comment la Bretagne plaide pour bénéficier en avant-première d'un déconfinement "territorialisé"

En raison de chiffres épidémiques encourageants, les Bretons espèrent des réouvertures plus rapides qu'ailleurs. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'est montré ouvert à une approche territorialisée du déconfinement, tout en invitant à "la prudence".

Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 6 min.
La côte bretonne à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 24 mai 2020. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

Et si la Bretagne se transformait en "laboratoire du déconfinement" ? Le président PS de la région, Loïg Chesnais-Girard, se réjouit de "la belle ouverture" réalisée par Olivier Véran, mardi 20 avril, au sujet d'une approche territorialisée du déconfinement. Dans une interview au Télégramme, le ministre de la Santé s'est dit ouvert à une levée des "contraintes" sanitaires en fonction de la "situation épidémique de chaque territoire". Il invite toutefois à rester "prudent" sur l'assouplissement des restrictions face à une épidémie de Covid-19 qui reste "toujours à un niveau très élevé".

>> DIRECT. Déconfinement, vaccination… Suivez les dernières informations sur la pandémie de Covid-19

Les élus bretons préfèrent voir le verre à moitié plein. "Il faut être optimiste", veut croire le maire de Plouisy, Rémi Guillou, qui a plaidé la cause de l'approche différenciée entre les territoires auprès d'Emmanuel Macron, lors d'une visioconférence avec une quinzaine d'autres maires, mi-avril.

"Retrouver une vie moins contrainte"

"Dans les territoires où la maladie est moins importante, où le virus recule, on peut permettre aux gens de retrouver une vie moins contrainte", estime l'édile de cette commune des Côtes-d'Armor qui compte environ 2 000 habitants. "Il faut redonner un peu de liberté, un petit peu de vie sociale, car on rencontre beaucoup de problèmes d'ordre psychologique dans la population, notamment pour les gens isolés."

"On peut déjà tester localement la réouverture des cafés, des restaurants, des lieux de culture, des installations sportives."

Rémi Guillou, maire de Plouisy

à franceinfo

La situation de la Bretagne est moins mauvaise que dans les régions les plus touchées, mais le virus circule encore. Au 19 avril, la préfecture annonce avoir enregistré 2 233 cas positifs supplémentaires sur les 72 dernières heures. Le taux d'incidence s'élève à 196,5 cas pour 100 000 habitants, avec un taux de positivité de 7,2%. Par comparaison, au niveau national, le taux d'incidence est actuellement de 342 et le taux de positivité sur 7 jours glissants de 9,47% (au 16 avril), comme le détaille notre tableau de bord de l'épidémie. "On ne fait pas les malins, car on est à plus de 800 hospitalisations en Bretagne, mais on a un taux d'incidence plus faible, commente Loïg Chesnais-Girard. Ensuite, 200, c'est beaucoup, mais ça va continuer de baisser d'ici à la fin du confinement."

 (FRANCEINFO)

Le taux d'occupation des services de réanimation bretons reste élevé (77,8%), mais le nombre d'admissions en réanimation pour Covid-19 est le plus faible des régions métropolitaines, avec 0,24 pour 100 000 habitants (moyenne sur sept jours glissants), presque cinq fois moins qu'en Ile-de-France. Enfin, du côté des nouvelles hospitalisations, la région fait aussi figure de bonne élève avec 1,39 pour 100 000 habitants. Seule la Corse fait mieux.

"Tester le déconfinement sur le terrain"

Pour le président de la Bretagne, ces chiffres encourageants permettent à la Bretagne d'être candidate pour mener une phase de test de l'assouplissement des mesures. "Il faut mettre en place des mesures qui visent à tester et éprouver les règles de déconfinement sur le terrain", estime l'élu auprès de franceinfo.

"Il faut profiter de la situation bretonne pour préparer l'avenir pour tout le monde en testant des protocoles sanitaires."

Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne

à franceinfo

Le gouvernement a évoqué une possible réouverture de certains commerces et lieux de culture à partir de la mi-mai, mais le président de la région souhaite pouvoir mettre en place cette expérimentation "dès la fin du confinement, dès le 3 mai". Un délai qui semble atteignable pour le maire de Plouisy, Rémi Guillou : "Les maires sont capables de réagir en 10-15 jours pour mettre en place les mesures nécessaires."

"Ensuite, si l'Etat me dit : 'On veut bien tester dans le Finistère [qui a un taux d'incidence de 88], mais pas dans l'Ille-et-Vilaine [282 de taux d'incidence]', allons-y !" concède Loïg Chesnais-Girard. La proposition est validée par la présidente du Conseil départemental du Finistère, Nathalie Sarrabezolles, qui réclame aussi une approche au cas par cas, en concertation avec les acteurs de terrain. "Il ne s'agit pas de nier la gravité de la pandémie, mais de s'appuyer sur la connaissance des élus pour moduler et trouver la juste mesure pour la population."

"II faudra se passer de la galette-saucisse à la mi-temps"

Nathalie Sarrabezolles invite à construire les solutions avec les professionnels des différents secteurs touchés par les mesures de restriction. "Chacun réfléchit à des solutions. Le secteur culturel a des propositions sur les jauges, sur les manières de faire... Du côté de l'hôtellerie, la restauration, ils sont également prêts à s'adapter."

"On pourrait travailler sur de premières propositions de réouverture, notamment les magasins qui ont fermé au moment du troisième confinement."

Nathalie Sarrabezolles, présidente du Conseil départemental du Finistère

à franceinfo

Loïg Chesnais-Girard se dit également prêt à innover, à faire des propositions pour une réouverture progressive, notamment des lieux de culture. "On pourrait faire tourner des représentations dans le Finistère avec des jauges réduites et des gestes barrières, cela permettrait aux artistes de travailler à nouveau", avance l'élu. "Pour les cinémas, la filière nous dit que ça ne sert à rien d'ouvrir tout de suite, car les films ne sortent pas."

Il suggère aussi de réfléchir à la situation des stades de football. "Le stade de Rennes, c'est 30 000 places et quatre tribunes, si on met 2 000 personnes par tribune… On peut gérer 8 000 personnes, et ça fera du bien à tout le monde ! Reste la gestion de la mi-temps. A Rennes, il faudra sans doute se passer de la galette-saucisse à la mi-temps", sourit Loïg Chesnais-Girard. Avec cette expérimentation, l'élu socialiste a également en tête la préparation du Tour de France, qui doit passer à partir du 26 juin en Bretagne.

"Il ne faut pas créer un appel d'air"

Concernant les bars et les restaurants, une réflexion est menée avec les municipalités, pour ceux qui n'ont pas assez de place en terrasse, afin de voir dans quelle mesure l'espace public peut être mis à contribution. "Beaucoup de maires sont prêts à jouer le jeu", assure Loïg Chesnais-Girard. Dans Le Télégramme (lien abonné), les patrons de cafés et de restaurants bretons se disent "prêts", même si certains ont des réserves sur une ouverture anticipée par rapport au reste de la France. "Certains restaurateurs craignent de prendre le bouillon avec un tiers de jauge à la réouverture", admet le président de la Région.

Une réouverture précoce en Bretagne ne risque-t-elle pas de susciter quelques jalousies venues d'autres territoires ? "Il ne faut pas créer un appel d'air, donc il faut trouver les moyens d'une régulation", prévient sur franceinfo l'infectiologue Christian Rabaud du CHRU de Nancy. "Il faut maintenir les règles pour ne pas sortir des territoires où on se trouve, car même si notre Bretagne est une terre d'accueil, il ne faut pas d'afflux, mais il faut faire confiance à l'intelligence collective", juge Rémi Guillou.

"Je ne crois pas à ce principe de l'appel d'air et puis de toute manière, on a une capacité d'accueil limitée", note la Finistérienne Nathalie Sarrabezolles. "La période de mai-juin est assez propice aux expérimentations, car les gens travaillent et il y a assez peu de chances pour que tout le monde se précipite, ajoute Loïg Chesnais-Girard.Ensuite, si cette expérimentation ne marche pas, il faut assumer de revenir en arrière."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.