L'invité éco, France info

Déconfinement : "Les salariés qui sont au chômage partiel, ne pourront peut-être pas tous être réintégrés dans nos entreprises" prévient la CPME

Il faudra beaucoup de temps pour que "le niveau de productivité, le niveau de chiffre d'affaires des entreprises redeviennent ce qu'ils étaient", estime le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Certains commerces pourront rouvrir dès le 11 mai, a annoncé Edouard Philippe, mardi 28 avril, mais pour les cafés et restaurants, la décision est reportée à la fin du mois (de mai).
Certains commerces pourront rouvrir dès le 11 mai, a annoncé Edouard Philippe, mardi 28 avril, mais pour les cafés et restaurants, la décision est reportée à la fin du mois (de mai). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"Les commerces rouvriront également à compter du 11 mai, sauf les cafés et restaurants", en respectant un cahier des charges strict, a déclaré mardi 28 avril le Premier ministre Edouard Philippe devant les députés lors de la présentation du plan de déconfinement. La décision de réouverture des cafés, hôtels et restaurant est reportée à la fin mai.

>> Coronavirus : suivez les dernières informations sur l'épidémie dans notre direct

"Rien ne se passera comme avant", a réagi sur franceinfo François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Si certains commerces "pourront rouvrir", d'autres devront attendre. Ce qui veut dire, pour François Asselin, qu'il faudra du temps pour que "le niveau de chiffre d'affaires des entreprises redevienne ce qu'il était". La conséquence pour le patron de la CPME, c'est que "les salariés qui aujourd'hui sont au chômage partiel, malheureusement, ne pourront peut-être pas tous être réintégrés dans nos entreprises".

franceinfo : Est-ce que le discours du Premier ministre vous a rassuré ?

François Asselin : Il ne s'agit pas d'être rassuré ou pas rassuré car toutes ces mesures seront dictées par une épidémie. Ça dépasse notre champ de compétence. Nous sommes des entrepreneurs, nous ne sommes ni médecins, ni personnels soignants, donc on ne peut que prendre acte des mesures et des contraintes que le gouvernement nous impose, qu'on soit simple citoyen, qu'on soit entrepreneur ou salarié. Avant l'arrivée d'un vaccin, il faudra toujours continuer à vivre et donc à travailler avec ces contraintes des mesures barrières.

Ce dont il faut être bien conscient, c'est que rien ne se passera comme avant. Le fait de devoir d'abord protéger tous vos salariés, c'est indiscutable. C'est non négociable.

François Asselin, président de la CPME

Est-ce que toutes les entreprises PME, PMI que vous représentez vont pouvoir reprendre une activité normale le 11 mai ?

Vous avez différents cas. Vous avez déjà des entreprises qui ont continué à avoir une activité. Vous en avez d'autres, certains commerces, qui pourront rouvrir. On attendra le "go" définitif le 7 mai. Si vous n'avez pas de masques, vous n'aurez pas de salariés au travail. Quand bien même on peut respecter la distanciation sociale, comme l'employeur est responsable de la santé du salarié, il lui faut impérativement avoir ces éléments de protection individuelle. Et il y a le fait de contingenter les clients dans un magasin, dans une surface de vente, le fait par exemple, dans le bâtiment, de réorganiser complètement l'activité du chantier. Là où il y avait 20 personnes, il n'en faudra peut-être plus que cinq. Et ce qui était à faire en six mois se fera peut-être en neuf ou dix mois. Ce qui veut dire que le niveau de productivité, le niveau de chiffre d'affaires des entreprises, avant qu'ils ne redeviennent ce qu'ils étaient, il faudra beaucoup de temps. Ça veut dire que les salariés qui aujourd'hui sont au chômage partiel, malheureusement, ne pourront peut-être pas tous être réintégrés dans nos entreprises.

Est-ce que vous demandez d'ores et déjà des aides supplémentaires ?

Il ne s'agit pas d'aides. Il s'agit tout simplement d'accompagner les éléments nécessaires à la vie du pays qui ne doivent pas s'effondrer. Le Premier ministre l'a dit, il ne veut pas que l'économie s'effondre. Et l'économie, c'est qui, c'est quoi ? Ce sont les entreprises, et parmi elles, les très petites entreprises et les PME. C'est 99% du tissu économique de notre pays. Cela veut dire qu'effectivement, ce sont des coûts directs immédiats. Il va y avoir des mairies qui vont être soutenues à 50% de ses investissements en masques pour protéger leur population. On pourrait très bien imaginer que les entreprises puissent aussi avoir accès à ces aides, parce que ce sont des coûts supplémentaires. Les mesures que vous devez mettre en place dans votre activité vont vous coûter énormément de temps et cela, ce n'est pas de la production. C'est du temps que vous devez passer pour assurer la sécurité et la santé de vos salariés, mais aussi de vos clients.

Comment est vécu le télétravail dans les entreprises ?

On vit le télétravail par une contrainte. On arrive à s'organiser autour du télétravail. Mais dans le mot télétravail, vous avez le mot travail et malheureusement, il ne restera plus que la télé. Dans la mesure où, si vous n'arrivez pas à retrouver votre niveau d'activité par le passé, quand bien même vous avez des personnes en télétravail, au bout d'un moment, vous n'aurez plus de quoi les occuper. Et puis, vous avez beaucoup d'entreprises où pétrir le pain, ça ne peut pas se faire à distance ou servir des clients, il faut être devant eux. Ou tout simplement aller sur un chantier de construction, c'est compliqué en restant en télétravail. Donc, pour toutes ces raisons très objectives, le télétravail ne concernera pas tous les salariés français après le confinement. Ça peut encore en concerner une grande partie, mais encore faut-il qu'il y ait de l'activité. Et c'est ça le plus important, l'activité.

Certains commerces pourront rouvrir dès le 11 mai, a annoncé Edouard Philippe, mardi 28 avril, mais pour les cafés et restaurants, la décision est reportée à la fin du mois (de mai).
Certains commerces pourront rouvrir dès le 11 mai, a annoncé Edouard Philippe, mardi 28 avril, mais pour les cafés et restaurants, la décision est reportée à la fin du mois (de mai). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)