Déconfinement : l'Association des maires de France "attend avec une certaine impatience le protocole sanitaire"

Agnès Lebrun appelle l'Etat à entendre "les maires qui, pour des raisons de bon sens, diront qu'ils ne peuvent pas" rouvrir les écoles dès le 11 mai.

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Radio France
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Agnès Lebrun, lors d'un congrès des maires de l'Isère, le 13 octobre 2018. (MICHEL THOMAS / MAXPPP)

"Nous attendons avec une certaine impatience le protocole sanitaire", affirme la porte-parole de l'Association des maires de France, Agnès Le Brun. La maire de Morlaix réagit favorablement à l'intervention du Premier ministre Édouard Philippe auprès des maires, mais reste prudente sur la mise en place des mesures de déconfinement.

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franceinfo : Est-ce que le Premier ministre a répondu à l'inquiétude des maires ? Notamment en ce qui concerne l'ouverture des écoles ?

Agnès Le Brun : C'est une question que nous avions déjà posé à maintes reprises et en temps ordinaire. C'est toujours difficile pour un maire d'avoir la configuration exacte de ce qui peut engager sa responsabilité personnelle et pénale. Parce qu'il ne faut pas oublier que ce n'est pas la responsabilité de la commune mais bien la responabilité personnelle du maire qui peut être engagée. Donc on s'y prend en général à deux fois pour engager certains travaux ou certaines décisions. Oui, c'est rassurant d'une certaine façon mais nous attendons avec une certaine impatience le protocole sanitaire que le Premier ministre va proposer et je crois qu'ensuite il faut aussi garder un objectif commun. D'abord, la peur n'écarte pas le danger et d'autre part, affronter le danger ensemble aide normalement à être plus fort. C'est-à-dire que nous travaillerons sur la base d'un couple préfet-maire et plus spécifiquement sous-préfet-maire. Et puis évidemment avec les autorités académiques qui ont disposition de nos locaux, pour pouvoir nous dire ce qu'ils souhaitent faire d'un point de vue académique. Ensuite nous, maires, pourrons leur dire ce que nous pouvons faire. Et si nous ne pouvons pas faire, nous pourrons le dire de la façon la plus paisible et la plus simple possible mais il faudra aussi entendre les maires qui, pour des raisons de bon sens, diront qu'ils ne peuvent pas.

Dans quels cas de figure des maires diront qu'ils ne peuvent pas, selon vous ?

Ce qui vaut dans un endroit ne vaut pas dans un autre. C'est pour ça que nous avons demandé la différenciation territoriale. On voit bien que l'architecture générale de l'école a une grande importance. Les écoles très récentes sont souvent très faciles à entretenir, très faciles à nettoyer. Il faut le personnel, les produits, l'organisation. Dans des écoles plus anciennes, construites d'une autre façon, peut-être que ce sera plus difficile. Cette appréciation sera in fine celle du maire, mais le maire ne sera pas un obstacle, ce n'est pas l'idée de faire obstacle. Nous en avons tous conscience et la volonté de réintégrer le plus vite possible la population scolaire tant il est vrai que l'école est un lieu d'émancipation, et il ne faut pas oublier les enfants dans cette affaire. Évidemment, prioritairement la santé des enfants. Mais bien évidemment aussi le fait que l'école pour un enfant, particulièrement après cette période d'instabilité très angoissante, et bien elle est un lieu de sécurité, de sérénité, d'apprentissage, et aussi de partage avec des camarades du même âge, c'est très important aussi de faire collectivement ensemble ce qu'il faut pour les accueillir dans de bonnes conditions. Mais encore une fois, si le maire dit qu'il ne peut pas c'est qu'il aura de bonnes raisons de le dire.

C'est une façon de vivre qu'il va falloir envisager autrement durablement et ça ne passera pas par autre chose que le consentement à des règles nouvelles et la population devra s'investir pleinement.

Agnès Lebrun, porte-parole des maires de France

D'autres problèmes que les écoles vous inquiètent ?

Les écoles cristallisent beaucoup parce que c'est un sujet cristallisant par nature. Il y a aussi les transports scolaires, la restauration scolaire, tout l'enjeu social qu'il y a autour de l'école, la cartographie des départements verts et rouges. Il faut que tout le monde comprenne bien la responsabilité individuelle aussi qui est engagée. C'est-à-dire qu'il y a des degrés de responsabilité. Celle de l'État qui pose un cadre général, un référentiel commun. Notre responsabilité de maire qui gérons en quelque sorte les affaires courantes dans un maillage très étroit avec la population. Mais ça n'exonère personne d'une responsabilité individuelle parce que cette crise n'est pas une parenthèse que l'on ouvre, aussi brutalement qu'elle a été ouverte, et que l'on referme tout aussi brutalement. Il y a bien sûr l'histoire des masques, la distinction entre vert et rouge pour les départements. Chacun doit comprendre aussi que 'vert' aujourd'hui peut devenir 'rouge' demain. Et que finalement, l'élargissement des contraintes et les libertés retrouvées seront proportionnelles à la discipline que chacun s'imposera. Sinon on n'y arrivera pas.

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