Déconfinement : ce que l'on sait (et ce que l'on ne sait pas encore) sur les vacances d'été

Beaucoup de zones d'ombre planent encore sur les congés de juillet et août, dans un contexte inédit marqué par l'épidémie de coronavirus. Seule certitude : il faudra privilégier les destinations françaises et locales. 

Les habitants de Pornichet (Loire-Atlantique) profitent de la plage pendant le premier week-end de déconfinement, le 16 mai 2020. 
Les habitants de Pornichet (Loire-Atlantique) profitent de la plage pendant le premier week-end de déconfinement, le 16 mai 2020.  (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP)

La semaine de déconfinement progressif, entamé le lundi 11 mai, s'est accompagnée d'une note d'espoir pour les "juillettistes" et "aoûtiens" : Edouard Philippe a annoncé, jeudi 14 mai, que "les Français pourr[aient] partir en vacances en France" cet été, en dépit du Covid-19. En présentant son plan de soutien au secteur du tourisme, dont le "sauvetage est une priorité nationale", le Premier ministre a fixé un cap pour l'été, tout en admettant qu'il "n'y a[vait] pas beaucoup de certitudes" sur le sujet. 

Si beaucoup de questions restent encore suspendues à l'hypothèse d'une deuxième vague de l'épidémie, quelques précisions sont données peu à peu par les ministres concernés et les principaux acteurs du secteur touristique. Voici ce que l'on sait et ce que l'on ignore encore sur l'été à venir.

>> Suivez les dernières actualités sur le déconfinement dans notre direct

Ce que l'on sait 

- On pourra voyager en France… mais peut-être pas partout 

Une certitude : l'été 2020 sera "'bleu blanc rouge !", assure Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat chargé du Tourisme, dans une interview au Journal du dimanche (JDD). Les Français pourront partir, que ce soit sur le territoire métropolitain ou en outre-mer, a annoncé le Premier ministre. Sous réserve toutefois "de possibles restrictions très localisées", prévient-il, en fonction de l'évolution de l'épidémie. 

Le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme invite les vacanciers à privilégier un "tourisme de proximité", dans la limite des 100 kilomètres, précisant qu'une "offre culture-nature rouvre dans les départements verts." Il dit compter sur les Français pour se répartir de façon "harmonieuse sur l'ensemble du territoire" et ne pas se ruer sur les côtes. 

Jean-Baptiste Lemoyne n'exclut toutefois pas que les vacanciers puissent partir au-delà du fameux périmètre des 100 kilomètres, affirmant que "ce cercle pourra augmenter de façon concentrique", en fonction de l'évolution de l'épidémie. 

- Le train et la voiture devront être privilégiés 

La SNCF est en ordre de bataille pour assurer les grands départs en vacances. "Nous nous préparons à proposer 100% des trains cet été", assure Jean-Pierre Farandou, le patron de la SNCF, dans le JDD. Depuis vendredi, il est possible de réserver ses billets pour les TGV et Intercités pour les vacances d'été. Les billets sont échangeables ou remboursables sans frais, en cas de reconfinement, et la compagnie continuera pour l'instant à ne vendre qu'une place sur deux dans ses trains.

Techniquement, nous sommes prêts à faire rouler sur la période estivale la totalité de nos trains, soit 50 000 trains, ce qui est considérable.Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat chargé du Tourismeau "Journal du dimanche"

Les estivants pourront également se déplacer en voiture. Les trajets en avion, eux, seront très limités. "L'aérien sera sûrement encore pénalisé, du fait de frontières sûrement encore fermées", prévient Jean-Baptiste Lemoyne, même s'il admet qu'il est "indispensable" pour "des destinations insulaires comme la Corse ou les outre-mer."

- Il est d'ores et déjà possible de réserver un hôtel 

Le gouvernement encourage même fortement les réservations dès maintenant, pour relancer l'économie du secteur. Pour faire face aux incertitudes, Edouard Philippe a indiqué que "les acteurs du tourisme, de l'hôtellerie, se sont engagés à faire en sorte [que les réservations] soient intégralement remboursées, dans l'hypothèse où l'évolution de l'épidémie ne rendrait pas possible le départ en vacances".

- Il ne sera sûrement pas possible de faire bronzette sur la plage 

La plupart du littoral français a rouvert ce week-end, sur décision des élus locaux et des préfets. Mais leur accès est réservé aux activités physiques et cela devrait encore être le cas cet été, à en croire le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme.

"On ne va plus s'entasser les uns à côté des autres. L'usage de la plage, pour un temps, va évoluer", indique Jean-Baptiste Lemoyne au JDD. Les activités permises l'été devraient donc être les mêmes que pour cette fin de printemps : il sera permis de marcher, courir, nager et de faire du sport, comme le longe-côte ou la marche aquatique. Les sports collectifs seront sans doute encore prohibés. Pour limiter l'affluence sur les plages les plus touristiques, certains maires réfléchissent à un système de réservation.

"Il est évident qu'il faudrait, sur certaines plages prisées, mettre en place un numerus clausus pour ne pas excéder le nombre de plagistes et donc mettre en place un système de comptage", a ainsi expliqué Antoine Parra, le maire d'Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) sur BFMTV. "Nous réfléchissons à une réservation par voie numérique, qui serait gratuite et ouverte à tous pour réguler les pics de fréquentation", a-t-il précisé.

- Les destinations dans les grands espaces naturels seront privilégiées 

Pour éviter l'engorgement des plages et des zones touristiques du littoral, les départs dans les grands espaces, en pleine nature, devraient être privilégiés. "Ce que l'on voit, c'est vraiment un désir d'espace, de pleine nature, avec beaucoup moins de monde. On le voit aussi pour les locations de maisons, et notamment les locations de maisons avec piscine, qui sont plébiscitées", constate ainsi Didier Arino, directeur de Protourisme, sur Europe 1

Les départements ruraux, à faible densité démographique, comme la Creuse, la Lozère ou les Cévennes espèrent ainsi faire le plein de visiteurs.

Ce que l'on ne sait pas encore

- Si l'on pourra partir à l'étranger 

Rien n'est moins sûr à ce jour. "Le déplacement à plusieurs milliers de kilomètres, il est exclu", a tranché Jean-Baptiste Lemoyne sur franceinfo, indiquant que le "tourisme [allait] reprendre par cercles concentriques". 

Par ailleurs, la question des frontières complique la donne, y compris au sein de l'espace Shenghen. La circulation est actuellement très restreinte, voire interdite, entre les pays européens mais elle devrait reprendre à partir du 15 juin entre la France, la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche, si tant est que la situation sanitaire le permette. L'Union européenne appelle ainsi globalement ses membres à rouvrir leurs frontières intérieures, pour faciliter le tourisme.

Mais la coordination semble difficile à se mettre en place. L'Italie a ainsi décidé unilatéralement de rouvrir ses frontières et d'annuler la quarantaine obligatoire dès le 3 juin, l'Espagne a au contraire décidé d'imposer une quatorzaine à tout voyageur venant de l’étranger. 

- S'il sera possible d'aller au camping ou dans les villages vacances 

Fermés depuis le 15 mars, les campings ont élaboré un protocole sanitaire strict afin de protéger les campeurs du coronavirus. Mais ils doivent encore rester fermés car aucune autorisation de réouverture n'a pour l'instant été communiquée. Même situation pour les villages vacances, qui se disent oubliés par les différentes mesures de déconfinement. 

La date de reprise de ces deux secteurs sera a priori connue fin mai.

- Quand et comment les restaurants et les bars rouvriront 

A ce jour, les restaurants et les bars restent fermés partout en France. Pour les départements classés en vert sur la carte du déconfinement, l'objectif du gouvernement est qu'ils rouvrent dès le 2 juin, sous réserve que la "capacité à contenir l'épidémie soit démontrée." Cette date devrait être confirmée au cours de la semaine du 25 mai. En cas de réouverture, la distanciation sociale sera de mise.

"Les professionnels souhaiteraient une distance d'un mètre entre les tables", explique Jean-Baptiste Lemoyne, ce qui risque de fortement pénaliser les petits établissements, reconnaît le secrétaire d'Etat. Pour inciter les Français à se rendre au restaurant, le gouvernement a décidé de doubler le plafond des tickets restaurants, soit 38 euros, et de permettre leur utilisation les week-ends et jours fériés jusqu'à fin 2020, ce qui n'est actuellement pas le cas. 

- S'il sera possible d'envoyer les enfants en colonie de vacances 

En théorie, les "colos" devraient rouvrir leurs portes, d'autant que Gabriel Attal, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale, a dit à Libération vouloir "développer l'accès aux colonies de vacances, avec le renforcement éducatif qu'a annoncé Jean-Michel Blanquer". 

Mais aucune date de reprise n'a pour l'instant été communiquée. Les structures attendent les prochaines annonces concernant les vacances, fin mai ou début juin, pour en savoir plus les concernant. Leur réouverture est notamment compromise par la nature même de leurs séjours, qui implique du collectif et de la promiscuité.