Déconfinement : à quoi faut-il s'attendre dans les collèges et les lycées à partir du 2 juin ?

Tous les collèges de France métropolitaine rouvriront en juin, tout comme les lycées des départements situés en zone verte. Mais cette reprise des cours s'annonce complexe, selon les syndicats. 

Des élèves d\'un collège de Lyon (Rhône) retournent dans leur établissement après le déconfinement, le 18 mai 2020.
Des élèves d'un collège de Lyon (Rhône) retournent dans leur établissement après le déconfinement, le 18 mai 2020. (JEFF PACHOUD / AFP)

"Nous voulons qu'aucun élève, que ce soit au collège ou au lycée, et bien entendu à l'école, ne se trouve en situation d'être sans lien physique avec l'école entre le mois de mars et le mois de septembre." C'est ce qu'a expliqué Jean-Michel Blanquer sur franceinfo, vendredi 29 mai, au lendemain de la présentation de la deuxième phase du déconfinement. Cette étape prévoit la réouverture de tous les collèges et lycées en zone verte et celle des lycées professionnels en zone orange, sans pour autant alléger le protocole sanitaire. Le ministre de l'Education a également annoncé l'annulation de l'oral du bac de français. Si cette mesure est saluée par les syndicats, ils sont plus réservés sur l'accueil d'un nombre plus important d'élèves dans les établissements. Explications. 

>> Retrouvez les dernières infos sur l'épidémie de Covid-19 dans notre direct

Dans les collèges

Ce qui est prévu. Après une réouverture partielle des collèges dans les zones vertes depuis le 18 mai ("à 95,5%", selon le ministre de l'Education nationale), c'est désormais "l'ensemble des collèges qui vont ouvrir, que ce soit en zone verte ou en zone orange". Jusqu'à présent, seules les classes de sixième et de cinquième étaient prioritaires (soit 28% des collégiens accueillis) dans les zones vertes. Les établissements vont désormais accueillir également les élèves de quatrième et de troisième, tout en maintenant les règles du protocole sanitaire et donc la présence par alternance. "Chaque semaine, tous les élèves de collège, et particulièrement les plus fragiles, doivent être allés au moins une fois au collège", peut-on lire sur le site du ministère de l'Education.

En zone orange, c'est-à-dire en Ile-de-France, à Mayotte et en Guyane, les deux premiers niveaux restent prioritaires. Les 4e et 3e n'entreront donc qu'après les 6e et les 5e dans les établissements concernés, et uniquement si "les conditions matérielles sont réunies". Si tel n'est pas le cas, Jean-Michel Blanquer assure que "les élèves de quatrième et de troisième pourront avoir un contact avec leur collège, même en zone orange, pour des entretiens individuels avant les vacances d'été qui commencent le 4 juillet". 

Le ministre de l'Education mise également sur le développement d'activités "sport, santé, civisme et culture (2S2C)" par les collectivités locales, pour permettre un accueil complémentaire des collégiens en-dehors du cadre scolaire. Concernant les élèves en situation d'handicap, les classes Ulis reprendront totalement dès la semaine du 2 juin

Ce qu'en pensent les syndicats. Interrogée sur franceinfo, Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, "a du mal à voir comment concrètement", dès mardi 2 juin, "tous les niveaux, de la 6e à la 3e, pourraient être accueillis" dans un collège en zone verte. Car le protocole sanitaire "doit être appliqué strictement" dans les établissements. "Accueillir tout le monde ne sera pas possible à partir de mardi", tranche de son côté sur franceinfo Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN).

"Les capacités maximum d'accueil vont être très vite atteintes", confirme Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN chargé de la communication. Ce proviseur d'une cité scolaire à Vincennes s'était par exemple organisé pour accueillir de nouveaux élèves en "croisant les demandes des familles et les publics prioritaires".

L'idée de devoir potentiellement faire revenir tout le monde change considérablement la donne. Je ne sais pas comment je vais faire.Bruno Bobkiewicz

Quant au dispositif "sport, santé, civisme et culture" censé pallier l'absence de cours pour certains, seule une centaine de communes ont signé une convention pour sa mise en place, affirme Agnès Le Brun, porte-parole de l'Association des maires de France (AMF), en charge de l'éducation. "Il ne faut pas oublier qu'on est dans un entre-deux électoral et que les communes n'ont que très peu de temps pour mettre en place ce dispositif", note-t-elle.

Dans les lycées 

Ce qui est prévu. La réouverture des lycées sera également différenciée. Dans les départements en zone verte, les lycées généraux, technologiques et professionnels rouvriront la semaine prochaine avec l'accueil de tous les élèves sur au moins un des trois niveaux. "La plupart des proviseurs sont prêts" à rouvrir les portes de leurs lycées mardi 2 juin dans les zones vertes, "puisque ça fait un mois que nous disons qu'il est fort possible que nous ouvrirons" à cette date, a assuré Jean-Michel Blanquer sur franceinfo. Néanmoins, "il peut y avoir des exceptions" dans des lycées qui vont organiser une pré-rentrée mardi, donc les élèves "n'arriveront que le lendemain, le 3 juin, ou le surlendemain le 4 juin", a reconnu le ministre de l'Education.

En zone orange, les établissements professionnels seront prioritaires. Car ces lycées connaissent, d'après le ministre, "plus de décrochage" et ont "des besoins particuliers en ce mois de juin". Ces derniers accueilleront en priorité les classes en cours de "certification", c'est-à-dire les élèves en terminale et en CAP. Les élèves des lycées généraux et technologiques seront accueillis sur convocation de l'équipe éducative pour des entretiens individuels ou un travail en petits groupes. D'ici à la fin de l'année, tous les élèves devraient avoir bénéficié de cet entretien afin de faire le point sur leur scolarité, leur projet d'orientation et leur suivi de Parcoursup, précise le ministère sur son site.

Quant à l'oral du baccalauréat de français, seule épreuve de l'examen à ne pas avoir été remplacée par le contrôle continu jusque-là, il est à son tour annulé. "J'ai entendu les inquiétudes face à une situation exceptionnelle qui entraînait une inégale préparation" de cette épreuve, a expliqué Jean-Michel Blanquer. L'évaluation se fera donc à partir des "notes des deux premiers trimestres de l'année".

Ce qu'en pensent les syndicats. Pour Philippe Vincent, cette reprise "envoie un signal positif". Il estime toutefois que les établissements ne sont pas prêts. "On était tous en train de bâtir des scénarios divers et variés, mais il nous manquait quelques éléments, a-t-il expliqué sur franceinfo. Par conséquent, je pense qu'on aura plutôt des retours partiels d'élèves en petits groupes à compter de jeudi et vendredi, voire de la semaine d'après." S'agissant de voir tous les élèves de tous les niveaux, de toutes les classes, au moins une fois, tel que l'a suggéré le ministre, "je ne suis pas certain que ce soit le bon choix à faire", estime le secrétaire général du SNDPEN, qui s'interroge sur "l'intérêt d'avoir vu une fois tous les élèves une heure".

Si on veut que cette reprise soit positivement porteuse, je pense qu'il faut laisser les établissements cibler les élèves qui en ont vraiment le plus besoin. D'autant plus que ce sera forcément sur un temps court.Philippe Vincentsur franceinfo

Il lui semble par ailleurs impossible d'accueillir ne serait-ce que tous les élèves d'un même niveau : "Sur un effectif de classe qui tourne plutôt autour de 35, il faut accueillir des groupes plutôt de 12. (...) Ça va quand même nous obliger à des accueils très partiels parce qu'on ne pourra pas de toute façon accueillir ensemble tous les élèves d'un même niveau. C'est impossible avec le protocole sanitaire."

La décision d'annuler l'oral du bac de français est en revanche unanimement saluée. "Cela faisait plusieurs semaines maintenant que tout le monde réclamait cette annulation", souligne Sophie Vénétitay, évoquant les conditions sanitaires. "L'attente devenait insupportable pour tout le monde, pour les élèves, les familles, les professeurs, ajoute la secrétaire générale adjointe du Snes-FSU. Enfin, Jean-Michel Blanquer a écouté et entendu les organisations syndicales."