Covid-19 : trois signes qui montrent que les remontées mécaniques dans les stations de ski ne rouvriront pas cet hiver

Les professionnels de la montagne, déjà privés d'activité pendant les fêtes de fin d'année, seront fixés sur leur sort mercredi, mais ne se font guère d'illusions.

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Des remontées mécaniques à l'arrêt sur le domaine skiable alpin de la Mauselaine, à Gérardmer (Vosges), le 9 janvier 2021. (MAXPPP)

La date est cochée sur l'agenda, mais les espoirs sont bien minces. Déjà privées d'un quart de leur activité annuelle avec la fermeture des remontées mécaniques à Noël, en raison de l'épidémie de Covid-19, les stations de ski, qui veulent à tout prix sauver leur saison en rouvrant début février, seront fixées sur leur sort mercredi 20 janvier. Mais il n'y a pas vraiment de suspense autour des annonces du gouvernement dans ce dossier, alors que deux semaines de couvre-feu à 18 heures viennent d'être imposées à l'ensemble du pays.

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Franceinfo a relevé trois signes qui montrent que les remontées mécaniques ne rouvriront pas dans les stations de ski pour les vacances de février et, au delà, d'ici la fin de saison hivernale.

La situation sanitaire est loin de s'améliorer

C'était il y a un peu plus d'un mois, et cela semble pourtant remonter à un siècle. A l'issue d'une visioconférence avec plusieurs élus et acteurs de la montagne, le 11 décembre, le secrétaire d'Etat au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, déclarait que les remontées mécaniques dans les stations de ski pourraient être remises en marche "à partir du 7 janvier, sous réserve que les conditions sanitaires le permettent", c'est-à-dire "si le reflux" de l'épidémie "se [poursuivait]".

Mais de reflux, il n'y a pas eu. Le nombre de contaminations quotidiennes au Covid-19, qu'Emmanuel Macron espérait voir chuter à 5 000 au début du mois de décembre, s'est stabilisé autour de 12 000 cas durant les fêtes de fin d'année, avant de remonter à environ 18 000 ces derniers jours

Les autorités sanitaires sont loin de s'attendre à une amélioration sur ce front. Redoutant une flambée des contaminations, notamment à cause du variant du virus plus contagieux identifié au Royaume-Uni, le gouvernement a choisi de prolonger le 7 janvier la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels avant de généraliser le 16 janvier un couvre-feu avancé à 18 heures sur l'ensemble du territoire métropolitain.

"Nous restons sur un plateau haut, avec près de 20 000 cas de contamination par jour et des services hospitaliers toujours sous tension, donc il faut rester vigilant", indique au Monde un conseiller de l'exécutif. Le quotidien du soir ajoute, sans réelle surprise, que "plusieurs sources" au sommet de l'Etat affirment désormais que "la situation sanitaire" ne permet pas d’envisager un retour massif des Français sur les pistes pour les vacances de février.

Le gouvernement ne laisse que peu d'espoir aux professionnels

Face à cette situation dégradée, les membres du gouvernement ne se risquent pas à laisser miroiter aux professionnels de la montagne une remise en marche rapide des remontées mécaniques, qui serait synonyme d'une forte reprise d'activité en février. Les éléments de language utilisés par les membres du gouvernement de Jean Castex lors de leurs interventions médiatiques ne laisse guère d'espoir aux amateurs de sports d'hiver.

Le ministre délégué aux PME, Alain Griset, a insisté dimanche sur Radio J sur les risques liés au "brassage de populations (...) quand on a fini de faire du ski à 16 heures ou 16h30". "On sait combien le mois de février est important, mais on doit aussi composer avec ces variants qui n’étaient pas prévus au mois de décembre et sont apparus fin décembre, début janvier", a de son côté prévenu Jean-Baptiste Lemoyne lundi, au micro de France Culture, ajoutant que "la situation sanitaire devra guider les décisions".

Jean Castex ne dit pas autre chose. Invité lundi soir de l'émission "C à vous" (France 5), le Premier ministre a évoqué le sort des stations. "Quand je parle avec certains de mes homologues, [on m'évoque] des autorités décentralisées qui privilégient des considérations économiques à des considérations sanitaires. Ça, pas question", a assené le chef du gouvernement.

S'il a reconnu que les "questions psychologiques, sociales et économiques" restaient cruciales au moment de décider ou non de mettre en place de nouvelles restrictions sanitaires, Jean Castex n'a pas fait mystère de son état d'esprit face à l'épidémie. "Aujourd'hui, malheureusement, le match n'est pas terminé."

Certaines stations ont déjà décidé de tourner la page

Ces derniers jours, de nombreuses voix ont poussé l'exécutif à dissiper les incertitudes sur le sort des stations. Dans une lettre ouverte à Jean Castex publiée par le Journal du dimanche, le PDG du Club Med, Henri Giscard d'Estaing, a exhorté le gouvernement à rouvrir les stations de ski pour les vacances d'hiver afin de "sauver" la montagne du "désespoir". 

"Si on loupe les vacances de février [du 6 février au 1er mars], c'est une saison noire" qui se profile, prévient Jean-Luc Boch, président de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM), interrogé par l'AFP. "Le système économique de la montagne a mis 60 ans à se mettre en place et, en quelques mois, on va le détruire", assure-t-il, en rappelant que 250 000 à 400 000 personnes travaillent, directement ou indirectement, pour le secteur. "On demande de la visibilité : les vacances de février, c'est 45% du chiffre d'affaires", déclare à l'AFP Guillaume Roger, directeur opérationnel de la société N'Py, qui regroupe huit stations du massif pyrénéen. "Les conditions sont idéales, il y a de la neige partout. Tout est prêt."

En attendant que le couperet tombe, d'autres acteurs du secteur anticipent déjà la suite. La pandémie de Covid-19 pourrait ainsi permettre d'accélérer la transition vers un modèle économique moins dépendant du ski alpin et de la saison hivernale.

Maire d'Habère-Poche (Haute-Savoie), où se situe la station familiale des Habères (1 600 m d'altitude), Vincent Letondal indique ainsi à l'AFP qu'il verrait comme "un échec" l'abandon du ski alpin, mais admet que "si on était dans le tout-ski, on serait morts". Cette année, la station a construit une piste de VTT et rêve de créer une tyrolienne. Il espère que la crise convaincra l'Etat d'aider les stations à financer ces "investissements conséquents".

La grande station de Val d'Isère mise de son côté sur la saison estivale et veut valoriser son patrimoine et ses églises. Cécile Ferrando, en charge de la promotion de la station savoyarde, assure avoir été pour la première fois contactée par des tour-opérateurs étrangers pour y organiser des séjours cet été, ce qu'elle interprète comme un "signal fort" qui va dans le sens de "faire découvrir une autre facette" de la montagne. Et qui accélère un repositionnement rendu inéluctable par le changement climatique et le coût de production de la neige de culture.

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