Covid-19 : trois questions sur la "reprise épidémique" observée en France, boostée par le nouveau variant Eris

Les indicateurs de surveillance maintenus dans le pays font état d'une hausse du nombre d'actes médicaux et de passages aux urgences pour suspicion de Covid-19, sans atteindre des niveaux alarmants.
Article rédigé par franceinfo
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Deux personnes masquées descendent d'un train en gare de Lyon, à Paris, le 9 août 2023. (DELPHINE GOLDSZTEJN / MAXPPP)

Le Covid-19 refait parler de lui. Quelques semaines après l'allègement, par les autorités sanitaires, du système de surveillance de la pandémie, la France est confrontée à "une reprise épidémique", affirme l'épidémiologiste Mircea Sofonea, jeudi 10 août, dans Le Parisien. Le virus s'invite de nouveau dans la liste des 10 pathologies les plus fréquemment observées dans le réseau SOS Médecins. Franceinfo fait le point sur la situation, qui n'est cependant pas source d'inquiétude.

1Quelle est l'ampleur de ce rebond ?

Du 31 juillet au 6 août, 920 passages aux urgences pour suspicion de Covid-19, tous âges confondus, ont été enregistrés, contre 702 une semaine plus tôt, soit une hausse de 31%, selon les données de Santé publique France. Les régions les plus concernées par cette hausse sont les Pays de la Loire (+210%), la Normandie (+71%) et la Bourgogne-Franche-Comté (+67%). Ces effectifs restent toutefois "modérés", souligne l'agence. A titre de comparaison, le total hebdomadaire était supérieur à 4 000 fin juillet 2022, ou encore en décembre 2022.

Du côté de SOS Médecins, "les actes médicaux pour suspicion de Covid-19 sont en hausse dans toutes les classes d'âges", ajoute Santé publique France. La progression est de 84% sur une semaine, avec 1 512 actes signés début août, contre 822 fin juillet. La Nouvelle-Aquitaine est la plus touchée par cette dynamique, avec une hausse de 284%.

Tout en sachant qu'elle est "sous-estimée", l'incidence est passée en une semaine de 11 cas recensés pour 100 000 habitants à 19, ajoute le chercheur Mircea Sofonea. Ces indicateurs font partie des "rares éléments objectifs" qui permettent encore de suivre l'épidémie, déplore-t-il. "Nous avons aujourd'hui à peu près la même visibilité sur le virus qu'avant le premier confinement ! On sait qu'il circule, qu'il y a des poches de contamination, mais il est impossible, avec les moyens actuels, de connaître son ampleur exacte." Depuis la fin juin, les données personnelles de dépistage issues du système SI-DEP ne sont plus exploitées, en application de la loi mettant fin aux mesures d'exception sanitaires, comme l'avait annoncé Santé publique France.

2Comment peut-on expliquer cette hausse ?

L'une des hypothèses avancées est l'apparition d'un nouveau variant dominant, baptisé EG.5 ou Eris. Ce nouveau venu et ses sous-lignages ont été ajoutés, mercredi, à la liste des variants "à suivre" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Eris représente un tiers des infections séquencées en France, selon la base de données internationale Gisaid. Il "fait partie de la grande famille des sous-lignages d'Omicron", avec une mutation "qui lui permet d'échapper un peu plus aux anticorps", affirme à Ouest-France le responsable du Centre national de référence des virus respiratoires, Etienne Simon-Lorière. "Pour dominer à leur tour, les nouveaux variants doivent être plus transmissibles que les précédents et c'est ce qui semble se produire à nouveau avec Eris", abonde l'épidémiologiste Antoine Flahault auprès de La Dépêche.

Les vacances d'été et leur lot de retrouvailles et de rassemblements peuvent également jouer un rôle dans ce léger regain estival. Dans les Pyrénées-Atlantiques, les Fêtes de Bayonne ont ainsi entraîné une ruée vers les tests, comme l'a rapporté France 3 Nouvelle-Aquitaine. A l'échelle nationale, "le fait que la météo soit mauvaise, avec la vie un peu en communauté à l'intérieur, a favorisé la propagation", avance aussi le médecin urgentiste Gérald Kierzek, sur France 2.

Enfin, le déclin immunitaire de la population vient s'ajouter à ce terreau propice à un rebond. "En clair, l'efficacité du vaccin s'étiole avec le temps et donc protège moins bien", souligne l'épidémiologiste Mircea Sofonea.

3Faut-il s'en inquiéter ?

Bien que difficile à évaluer, la situation épidémique actuelle reste sous contrôle, sans impact notable sur les services hospitaliers, notamment en réanimation. Le variant Eris présente un risque de santé publique "faible", selon l'OMS, qui ne l'a pas classé parmi les variants "préoccupants""Il n'y a aucun indicateur inquiétant en termes de symptômes ou de virulence", abonde le chercheur Etienne Simon-Lorière.

Pour autant, "le Covid nous a appris qu'il ne fallait pas le regarder de façon immédiate", insiste Mircea Sofonea. "Projetons-nous sur l'automne : s'il continue de gagner du terrain, que des épidémies de grippe et de bronchiolite s'ajoutent, la répercussion sur l'hôpital sera réelle", prévient-il. L'épidémiologiste appelle surtout à "réinstaurer un système de surveillance plus réactif" en France.

Son confrère Antoine Flahault milite aussi en ce sens et rappelle l'enjeu de la protection des personnes vulnérables, qu'elles soient âgées ou immunodéprimées. "Il convient chez elles de pratiquer des tests afin d'instituer, en cas de positivité, un traitement antiviral précoce", souligne-t-il dans Le Figaro. "Le Paxlovid ou le Remdésivir sont insuffisamment utilisés en France et beaucoup de formes graves et de décès chez ces personnes vulnérables seraient évitables si elles avaient un meilleur accès à ces médicaments efficaces chez elles."

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