Covid-19 : quatre questions sur les campagnes de dépistage massif qui vont être organisées à Lille, au Havre et à Saint-Etienne

A la demande de professionnels de santé, des campagnes de tests à grande échelle vont être mises en place dans trois métropoles françaises pour prévenir une troisième vague épidémique. 

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Des tentes sont installées à Paris pour le dépistage du Covid-19, en novembre 2020. (PHILIPPE LABROSSE / HANS LUCAS / AFP)

Feu vert pour le lancement d'un nouveau dispositif de dépistage contre le Covid-19. Pour prévenir une troisième vague épidémique, le gouvernement va expérimenter des campagnes de dépistage massif dans trois métropoles françaises : Lille (Nord), Le Havre (Seine-Maritime) et Saint-Etienne (Loire), selon les informations de franceinfo obtenues mercredi 2 décembre auprès de sources parlementaires concordantes. Un peu plus tôt, le Premier ministre, Jean Castex, avait annoncé sur BFMTV le lancement de ces opérations "peut-être dans le Nord, peut-être en Normandie, peut-être en région Auvergne-Rhône-Alpes". 

La mesure avait été évoquée par le Conseil scientifique et soutenue par plusieurs spécialistes et médecins. Le Premier ministre entend tirer de cette expérimentation, déjà menée dans plusieurs pays européens, "des enseignements préventifs et curatifs" sur l'épidémie, notamment sur les personnes et lieux les plus touchés.

Les dates précises ne sont pas encore connues, mais Jean Castex a évoqué une campagne réalisée autour des fêtes de fin d’année, peut-être même avant. Jean Castex pourrait préciser le déroulement de ces campagnes jeudi 3 décembre, lors de son point sur la stratégie vaccinale française.

1En quoi consistent les campagnes de dépistage massif ? 

L'objectif consiste à tester le maximum d'individus sur un territoire donné, de manière très rapide, de façon à avoir une vision plus exhaustive du nombre réel de personnes contaminées. Car les cas asymptomatiques continuent de passer sous les radars des tests réalisés.

Le dépistage serait réalisé sur la base du volontariat. "Un dépistage, c'est un package complet. Le dépistage, c'est le test, mais également le 'tracing' qui suit derrière, et enfin l'isolement qui doit en résulter. Si vous n'avez pas ces trois éléments, c'est juste mesurer la fréquence du virus dans la population, il n'y a donc pas d'apport en termes de santé publique", a estimé Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, jeudi 3 décembre au micro de franceinfo. Les modalités de ces campagnes restent à préciser, tout comme celles de l'isolement des personnes détectées positives.

Selon les informations de France 3 Normandie, la campagne de dépistage aurait lieu au Havre "avant les vacances de Noël". Les élèves infirmiers de la ville seraient mobilisés et formés "la semaine prochaine pour les assurer (tests antigéniques et PCR)". Une "quinzaine de sites" seraient prévus. A Lille, "ces tests seraient réalisés en trois ou quatre jours, en pharmacie, mais aussi dans de grands espaces qui seront mis à disposition des laboratoires, comme le Zénith de Lille", avance Europe 1.

2Pourquoi ces trois métropoles ?

Lille, Le Havre et Saint-Etienne, trois métropoles de tailles distinctes. Comment ont-elles été choisies ? "Ce sont des villes dans lesquelles le pourcentage de tests positifs est très différent. Au Havre, on est à 5% à 10% de positivité des tests. A Lille, c'est 10% à 15%. A Saint-Etienne, c'est 15% à 20%", avance Philippe Amouyel. Cela permettrait aux autorités de déterminer "s'il est plus intéressant de dépister une ville à faible incidence ou au contraire une ville à forte incidence", explique-t-il.

D'autres pistes permettent de comprendre le choix du gouvernement : dans un document transmis à l'Elysée, une dizaine de scientifiques préconisaient la mise en place d'un dépistage national, en commençant par une expérience pilote dans la métropole de Lille, rapporte BFMTV. L'agglomération lilloise est par ailleurs la plus importante des Hauts-de-France. Jean Castex a dit mercredi vouloir privilégier les zones où il "y a pas mal de population et surtout une densité", sans énoncer d'autres critères de sélection.

Quant à Saint-Etienne, il s'agit de la métropole d'Auvergne-Rhône-Alpes ayant été la plus touchée par la deuxième vague épidémique. La région entière doit être au centre d'une vaste campagne de dépistage promise mi-novembre par le président LR de la région, Laurent Wauquiez. Ce dernier a annoncé vouloir tester avant Noël 8 millions de personnes.

Mercredi, après que le Premier ministre a évoqué l'implication de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans le programme de dépistage massif, le député LREM de la Loire Jean-Michel Mis lui a écrit pour que la métropole de Saint-Etienne soit retenue, explique France 3 Auvergne-Rhône-Alpes : "Le territoire de Saint-Etienne Métropole pourrait être un choix judicieux dans cette campagne de tests massifs eu égard à l'épisode que nous venons de traverser", affirmait-il. Début novembre, Gaël Perdriau, président LR de la métropole, avait adressé un courrier au ministre de la Santé, Olivier Véran, pour demander la mise en place d'un tel dispositif.

Enfin, la métropole du Havre, si elle devance ses voisines normandes en nombre d'habitants, n'est pas la plus densément peuplée, relève France 3 Normandie. A cette heure, l'Agence régionale de santé de Normandie n'a pas encore répondu à franceinfo pour expliquer le choix de cette ville.

3Comment cela s'est-il déroulé à l'étranger ?

De telles campagnes ont déjà été mises en place dans plusieurs pays d'Europe : à l'échelle d'un pays entier, comme en Slovaquie et en République tchèque, ou bien à l'échelle d'une ville, comme à Liverpool (Royaume-Uni). La Slovaquie a déployé fin octobre quelque 45 000 professionnels de santé pour effectuer des tests antigéniques sur les 5,4 millions d'habitants du pays. L'opération s'est déroulée en trois phases et les taux de positivité observés ont décru à chaque nouvelle phase. Toute personne testée positive devait se mettre en quarantaine pendant dix jours. Ce dépistage massif, combiné aux restrictions déjà en place dans le pays, s'est révélé efficace, conclut une étude (en anglais) du Centre du modélisation mathématique des maladies infectieuses, basé à Londres.

Au Royaume-Uni, une campagne de dépistage massif s'est tenue dans la ville de Liverpool du 6 au 27 novembre. Cette vague de tests a permis de faire baisser considérablement le nombre de cas positifs au Covid-19, rapporte la BBC (en anglais). Considérée comme un succès par le gouvernement britannique, l'opération devrait être renouvelée.

4Quel est l'objectif visé ?

"Les tests massifs ont une valeur pédagogique et permettent de savoir exactement ce qu'il se passe à l'instant 0 et de préparer l'avenir", explique Philippe Froguel, professeur au CHU de Lille et signataire de la note à l'Elysée, sur BFMTV. Toutefois, pour avoir une vue exhaustive de la situation épidémique, il faudrait réaliser plusieurs dépistages massifs dans un même lieu à plusieurs moments donnés.

Le dépistage massif ne permettra pas non plus de stopper la progression de l'épidémie, note Mahmoud Zureik, professeur de santé publique et d’épidémiologie à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, dans Le JDD. Les métropoles concernées par des campagnes de tests "ne sont pas des îles", rappelle-t-il dans une tribune.

Pour le professeur Philippe Amouyel, il faut bien définir la "finalité" d'une telle campagne : "Si on regarde ce qui est proposé actuellement en France, on est plus dans une approche d'analyse épidémiologique précise de la diffusion du virus dans certaines populations", explique-t-il, et non dans une optique de réduction de l'épidémie, comme la Slovaquie a pu le faire.

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