Covid-19 : pourquoi la majeure partie de l'Italie est-elle reconfinée à partir de ce lundi ?

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Un touriste devant le Colisée, à Rome (Italie), le 10 février 2021. (MATTEO TREVISAN / NURPHOTO / AFP)

Le pays, qui a recensé plus de 100 000 morts liées au Covid-19 depuis le début de l'épidémie, fait face à une troisième vague.

Nouveau tour de vis en Italie. Le Premier ministre Mario Draghi a annoncé, vendredi 12 mars, que l'essentiel du pays allait être reconfiné à partir de lundi, pour tenter d'endiguer la troisième vague de l'épidémie de Covid-19. Le nord de la péninsule, notamment, sera soumis à un confinement strict, quand la plupart des autres régions voient les mesures de restriction renforcées. Comment l'Italie, qui avait rouvert bars, restaurants et musées en février, en est-elle arrivée là ? Eléments de réponse.

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Tous les indicateurs sont dans le rouge

"Plus d’un an après le début de la crise sanitaire, nous nous retrouvons malheureusement face à une nouvelle vague de contagions, a déploré le Premier ministre italien Mario Draghi lors d'une conférence de presse. Au cours de la dernière semaine, 150 175 nouvelles contaminations ont été enregistrées contre 130 816 la semaine précédente, soit une augmentation de presque 15%."

Lors de la même semaine, l'Italie est devenue le premier pays d'Europe à recenser plus de 100 000 décès liés au Covid-19. Les régions les plus touchées se trouvent toutes dans le nord : la Lombardie, dont la principale ville est Milan, déplore près de 30 000 morts, suivie par l'Emilie-Romagne (près de 11 000 morts), puis le Piémont et la Vénétie (environ 10 000 décès chacun). Près de 300 personnes meurent chaque jour du Covid-19 en Italie.

Au niveau national, le taux d'incidence est passé de 194,87 pour 100 000 habitants, sur la période du 22 au 28 février, à 225,64 entre le 1er et le 7 mars, rapporte La Repubblica (en italien). Près d'une dizaine de régions, la plupart se trouvant dans le nord du pays, ont vu ce taux dépasser le seuil d'alerte de 250, note le quotidien italien. Et le taux de reproduction du virus (soit le nombre moyen de personnes infectées par un malade) est désormais de 1,14 au niveau national.

Conséquence, les services de santé italiens sont à nouveau sous tension. Plus de 22 000 malades du Covid-19 sont désormais hospitalisés, selon les chiffres cités par La Repubblica vendredi 12 mars. Le nombre d'admissions en unités de soin intensif a grimpé de 25% en un mois et "la moitié des régions de la Péninsule ont déjà annoncé avoir franchi le seuil d'alerte" du taux d'occupation dans les services de réanimation, ajoute Le Point. Ainsi, en Ombrie, 60% des lits de réanimation sont actuellement occupés, selon l'hebdomadaire.

Dans le même temps, la vaccination contre le Covid-19 progresse lentement. Les retards de livraison de vaccins en Europe ont eu de lourdes conséquences sur la campagne de vaccination en Italie, lancée sur les chapeaux de roue fin décembre. Seulement 1,8 million de personnes, sur une population de 60 millions, ont reçu les deux doses de produit nécessaires pour être immunisé.

Des mesures sanitaires assouplies trop tôt

Comment expliquer ce violent rebond épidémique ? Certains experts y voient une conséquence de la levée d'une partie des mesures sanitaires début février. Alors que la plupart de ses voisins durcissaient les restrictions par peur d'une troisième vague, Rome avait annoncé la réouverture des bars et des restaurants jusqu'à 18 heures dans la plupart des régions. Dans les régions en "zone jaune" (ce qui correspond à un risque sanitaire modéré), les musées pouvaient à nouveau accueillir du public, mais uniquement en semaine, pour limiter les risques d'affluence. Un couvre-feu était toutefois maintenu, entre 22 heures et 5 heures du matin.

A l'époque, l'Organisation mondiale de la santé avait averti qu'il était "trop tôt pour assouplir" les restrictions, en raison de la circulation "encore très élevée" du virus. "Je considère que la troisième vague arrive à un moment où d'autres variants, en particulier le variant britannique plus contagieux, sont arrivés. Qui plus est dans une situation où les restrictions n'étaient pas clairement suffisantes", a ainsi critiqué le directeur des maladies infectieuses de l'hôpital Luigi Sacco, à Milan, interrogé par LCI.

"L’Italie a voulu trop vite desserrer les mesures, alors que le virus circulait encore très activement. Le pays n’en a jamais réellement fini avec la seconde vague", abonde l'épidémiologiste Antoine Flahault, contacté par 20 Minutes. Le quotidien remarque toutefois qu'il est difficile d'attribuer la hausse du nombre de cas en Italie à ce seul assouplissement. Les zones les plus en tension ne correspondent en effet pas nécessairement à celles où bars, restaurants et musées ont rouvert en février.

Autre facteur qui pourrait expliquer l'accélération de la propagation du coronavirus : le variant britannique, considéré comme plus contagieux, représente désormais la majorité des cas recensés. "Les Italiens connaissaient ce risque et ont quand même décidé d’amoindrir les restrictions, ce qui est d’autant plus précipité", juge Antoine Flahaut dans 20 Minutes.

Le gouvernement forcé de serrer la vis

Face à cette troisième vague, le gouvernement italien a décidé de reconfiner la majeure partie du pays. De nouvelles mesures de restriction ont été adoptées en Conseil des ministres, vendredi 12 mars, pour la période allant du 15 mars au 6 avril. Les régions enregistrant plus de 250 nouveaux cas par semaine pour 100 000 habitants passeront automatiquement en "zone rouge" et devront donc adopter les restrictions les plus drastiques : fermeture des écoles, collèges, lycées et universités, ainsi que des bars et des restaurants sauf pour la vente à emporter. Les déplacements seront aussi limités aux impératifs de travail, à l'achat de produits de première nécessité et aux urgences de santé.

Les grandes régions du nord (Lombardie, Piémont, Vénétie, Emilie-Romagne), ainsi que le Latium (la région de Rome) et les Pouilles (le talon de la Botte au sud), rejoignent ainsi les régions méridionales de la Campanie (Naples), la Basilicate et le Molise en rouge. Les autres régions de la péninsule sont en "zone orange" : les établissements scolaires restent ouverts et les déplacements sont autorisés uniquement dans sa commune, mais les restaurants et bars sont fermés sauf pour la vente à emporter ou les livraisons, détaille La Repubblica (en italien). Seule la Sardaigne échappe à ces restrictions, souligne Le Point. Les habitants de la région, classée en zone blanche, doivent uniquement respecter le port du masque et la distanciation sociale.

L'exécutif a par ailleurs annoncé que l'ensemble du pays sera classé en "rouge" durant le week-end du 3 au 5 avril, durant lequel nombre d'Italiens célèbreront Pâques. "J'ai conscience que ces mesures auront des conséquences sur l'éducation des enfants, sur l'économie et notre état psychologique à tous, a reconnu le chef du gouvernement, Mario Draghi. Mais elles sont nécessaires pour éviter une aggravation qui rendrait inévitables des mesures encore plus strictes."

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