Covid-19 : mauvaise gestion du stock de masques, pression pour modifier un rapport... Ce que l'on sait des accusations visant Jérôme Salomon

Dans un rapport publié jeudi, la commission d'enquête du Sénat sur la crise du Covid-19 pointe la responsabilité du directeur général de la santé dans la pénurie de masques.

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Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, lors d'une conférence de presse sur l'épidémie de Covid-19, le 7 décembre 2020 à Paris.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Il est l'une des figures de la stratégie gouvernementale de lutte contre l'épidémie de Covid-19 et se retrouve désormais accusé d'être responsable de la pénurie de masques dont a souffert la France au début de l'épidémie. Jérôme Salomon est au centre des critiques formulées par la commission d'enquête du Sénat sur la crise du coronavirus, dont le rapport a été rendu public jeudi 10 décembre. Franceinfo vous détaille ce qui lui est reproché. 

Quelle est cette commission d'enquête à l'origine des accusations ?

En juin dernier, le Sénat – où l'opposition de droite a la majorité – a voté la création de cette commission d'enquête sur la crise sanitaire, demandée par son président Gérard Larcher. Elle est également présidée par un élu LR, Alain Milon.

Mise en place pour six mois, elle a commencé ses auditions en juillet, et a notamment entendu l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn. "Il ne s'agit pas de régler des comptes, il s'agit de tirer des leçons", avait souligné Gérard Larcher, cité par l'AFP. Elle a ainsi rendu ses conclusions jeudi 10 décembre.

Elle est à ne pas confondre avec la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, pilotée aussi par une figure de l'opposition, Eric Ciotti (LR).

Qu'est-il reproché à Jérôme Salomon ?

Dans un rapport rendu public jeudi, la commission d'enquête pointe la responsabilité du directeur général de la santé dans la pénurie de masques : sur ses choix, ayant conduit à cette situation, mais également sur la pression qu'il aurait exercée pour modifier un rapport préconisant un stock élevé de masques.

La commission impute ainsi "directement cette pénurie à la décision, prise en 2018 par le directeur général de la santé (Jérôme Salomon) de ne pas renouveler le stock de masques chirurgicaux", même si "elle est également la conséquence de choix antérieurs".

Concernant l'accusation de pression, il aurait, selon les sénateurs, fait "modifier a posteriori les conclusions d'un rapport d'experts" qui préconisait la constitution d'un "stock élevé, probablement d'environ un milliard de masques chirurgicaux". Tout cela dans le but de "faire disparaître la référence à la taille du stock", assure la commission. Cette intervention constitue "un dysfonctionnement grave des pouvoirs publics de notre pays", a commenté l'un des trois rapporteurs, Bernard Jomier (PS).

Quels ont été ses choix sur le stock de masques ?

"Alors qu'il s'établissait à 754 millions d'unités fin 2017, le stock stratégique de masques chirurgicaux n'en contenait plus que 100 millions fin 2019", écrivent les sénateurs dans le rapport. Selon eux, le tournant se produit en octobre 2018. François Bourdillon, alors patron de l'agence Santé publique France, informe le Pr Salomon que "613 millions de masques chirurgicaux sans date de péremption acquis au mitan des années 2000 sont non conformes et ne peuvent en conséquence être utilisés"

"Il lui est indiqué que le stock se compose désormais de 99 millions de masques chirurgicaux, dont 63 millions périment fin 2019", toujours selon le rapport. "Informée de la situation des stocks en 2018, le DGS a pourtant choisi de ne pas les reconstituer, sans en informer la ministre", qui était alors Agnès Buzyn.

Selon la commission, Jérôme Salomon a "ordonné l'achat de seulement 50 millions de masques (50 millions supplémentaires si le budget le permettait), soit moins que la quantité nécessaire ne serait-ce que pour renouveler ceux arrivant à péremption fin 2019".

Quelles sont les réactions après ces accusations ?

"Cette crise aura révélé une sorte de toute-puissance de la bureaucratie française qui se protège", alors que "le gouvernement accuse systématiquement les Français de ses propres faiblesses", a commenté sur Europe 1 Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.

Le directeur général de la santé et l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn "sont responsables et coupables et ils devront en rendre compte devant la justice", a expliqué ce jeudi sur franceinfo Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des personnels infirmiers (SNPI). "Il y a des milliers de morts derrière ces décisions", dénonce-t-il.

"Nous avons fait des erreurs de communication", a reconnu le numéro un de LREM Stanislas Guerini sur Public Sénat, affirmant que la communauté scientifique n'était pas unanime sur l'efficacité du port du masque. C'est aussi ce qu'avait déclaré en juin dernier Jérôme Salomon lors de son audition par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale.

"Qu'il y ait eu des intentions de dissimuler des informations, j'en serais très étonné", a cependant déclaré Stanislas Guerini sur les accusations de pression visant Jérôme Salomon.

Que répond Jérôme Salomon ?

La direction générale de la santé a assuré, dans la soirée de jeudi, qu'"aucune pression" n'avait été exercée par Jérôme SalomonDans un communiqué de la DGS, Jérôme Salomon "tient à préciser qu'il a lui-même fourni l'ensemble des échanges de mails aux membres de la commission d'enquête du Sénat", une démarche qui "participe d'une volonté totale de transparence".

Les recommandations faites à l'époque par Jérôme Salomon sur les masques auprès de Santé publique France "s'inscrivent dans le cadre d'une relation entre un établissement public sous tutelle et son autorité publique dans le cadre de ses missions", poursuit le texte. "A la suite de ces échanges, le directeur général de Santé publique France a apporté des modifications (...) qui ont été acceptées par l'ensemble des contributeurs du rapport".

"Par conséquent, aucune pression n'a été exercée sur le groupe d'experts", assure la DGS, qui ajoute avoir "répondu à toutes les questions relatives à ce sujet devant le Sénat et a fourni tous les éléments demandés par la commission d'enquête".

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