Covid-19 : le SNUipp-FSU craint "un craquage de l'école", faute de personnel

La porte-parole du principal syndicat enseignant du primaire réclame un retour à la règle de la fermeture des classes dès qu'il y a un cas positif, pour limiter l'explosion des contaminations dans les écoles. 

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Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, a avancé que jusqu'à 15% des enseignants pourraient être contaminés par le Covid-19 et absents simultanément dans les prochaines semaines (Image d'illustration). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"On craint fort un craquage de l'école, tout simplement parce que nous n'aurons plus suffisamment de personnel pour accueillir les enfants", prévient la co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat SNUipp-FSU Guislaine David jeudi 6 janvier sur franceinfo, avant que les syndicats de l'éducation nationale ne soient reçus par leur ministre de tutelle Jean-Michel Blanquer en visioconférence dans l'après-midi. Le SNUipp-FSU va lui demander de revenir à la règle selon laquelle une classe ferme dès la découverte d'un cas de Covid-19 chez les élèves.

franceinfo : Jean-Michel Blanquer dit que 7% des enseignants sont absents en ce moment, notamment en raison du Covid-19, et que cela risque de monter à 15%. Avez-vous les mêmes chiffres ?

On n'a pas les chiffres parce que le ministère ne nous les rapporte pas, mais on sait qu'on a énormément d'enseignants qui, depuis la rentrée, sont absents. Lorsqu'un enseignant est absent et qu'il n'est pas remplacé, puisqu'il n'y a plus de moyens de remplacement, et puisque les enfants ne peuvent pas être brassés, la classe est fermée. Ce qui est étonnant dans les chiffres annoncés par Jean-Michel Blanquer, c'est qu'on ne sait pas sur quoi il se base pour donner ce taux de 15%.

"Je pense qu'il a une boule de cristal pour gérer le ministère, parce qu'on ne peut pas savoir qui sera absent dans les prochains jours et qui sera malade."

Guislaine David, porte-parole du syndicat enseignant SNUipp-FSU

à franceinfo

Ce sont des cas de Covid-19, des malades qui ne peuvent pas se rendre à l'école. On a aussi des gens qui sont cas contacts et qui doivent aller se faire tester. Ils peuvent avoir une journée d'absence parce que parfois, il faut du temps pour se faire tester dans les pharmacies ou les laboratoires.

Beaucoup de parents d'élèves disent que c'est la "pagaille" en ce moment dans les écoles. Partagez-vous le même constat ?

Oui, il y a une certaine pagaille. Ce qu'on vit dans les écoles est une usine à gaz, parce qu'il faut signaler les cas de Covid-19 aux parents, les inciter à aller faire des tests, les faire revenir avec des tests négatifs, les récupérer, puis récupérer ces attestations sur l'honneur à J+2 et J+4, disant que les enfants ont fait des autotests. Il faut aussi gérer les absences des enseignants, et celles des personnels non enseignants dans les communes. Parce que dans les écoles, on a aussi des Atsem, des personnels de nettoyage, des personnels qui gèrent la cantine le midi. Ça commence à devenir compliqué. On craint fort un craquage de l'école, tout simplement parce que nous n'aurons plus suffisamment de personnel pour accueillir les enfants. Les écoles seront ouvertes sans personnel.

Qu'allez-vous dire à Jean-Michel Blanquer lors de votre réunion ce jeudi ? 

On va lui demander de revenir à la règle selon laquelle on ferme la classe pendant sept jours dès qu'il y a un cas positif. On met les enfants à l'isolement pendant sept jours. C'est ce qui se passe d'ailleurs pour les enfants des collèges qui ne sont pas vaccinés. Ils sont mis à l'isolement pendant sept jours quand ils sont cas contact. On demande à revenir à cette règle pour permettre d'éviter les contaminations à J+3, J+5. Il faut vraiment revenir à une règle plus stricte. Ça éviterait la contamination. C'est-à-dire que les 30 000 cas qu'on peut avoir par jour, on ne les aurait peut-être pas si on avait fermé les écoles. Là, on a des classes qui parfois fonctionnent avec quatre ou cinq élèves le temps de revenir avec un test négatif.

"Est-ce que c'est un bon fonctionnement pour nos classes d'avoir quatre ou cinq élèves une journée, puis 10, puis peut-être 15 ?"

Guislaine David, porte-parole du syndicat enseignant SNUipp-FSU

à franceinfo

On a un fonctionnement vraiment très chaotique. On demande aussi des protections pour les enseignants puisque nous ne sommes toujours pas protégés par des masques chirurgicaux.

Jean-Michel Blanquer dit avoir distribué 160 millions de masques depuis le début de la pandémie. Cela fait, en théorie, 150 masques par enseignant. Est-ce exact ?

Oui, mais les masques distribués par l'Education nationale ne sont pas des masques chirurgicaux ou FFP2. Ce sont des masques en tissu qui ne sont pas adaptés parfois à la forme du visage de l'enseignant, et donc qui ne sont pas utilisables. Ce sont des masques lavables. Plus personne n'utilise ce type de masques en tissu. Donc les enseignants se fournissent eux-mêmes en masques. Parfois, des FFP2 pour être mieux protégés. En maternelle, on a des enseignants qui ont face à eux des enfants qui ne sont pas masqués, qui sont souvent malades, et donc beaucoup d'enseignants de maternelle utilisent des masques FFP2. Contrairement à ce que dit Jean-Michel Blanquer, c'est possible de faire classe toute la journée avec un masque FFP2, donc il faut pouvoir en avoir au moins pour les enseignants qui souhaitent faire classe avec des FFP2. Sans même parler de ceux-là, je pense qu'il ne reste plus que l'Education nationale qui n'est pas pourvue en masques chirurgicaux.

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