Le choix franceinfo:, France info

Covid-19 : le Portugal fait face à un nombre de décès "absolument dramatique"

Relativement épargné par la pandémie de Covid-19 au printemps dernier, le Portugal est devenu en quelques semaines l'un des pays les plus touchés au monde. Les hôpitaux sont submergés. Jeudi, 303 patients sont morts de la maladie en 24 heures. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Devant l\'hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus important du Portugal, les files d\'attente des ambulances s\'allongent.
Devant l'hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus important du Portugal, les files d'attente des ambulances s'allongent. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)

L'ambiance est lugubre dans Lisbonne désertée mais où retentissent les sirènes des ambulances qui s’accumulent aux portes de l’hôpital Santa Maria, le plus vaste du Portugal. Le pays accumule de tristes records : épargné au printemps par la pandémie de coronavirus, le pays est durement frappé depuis Noël. Jeudi 28 janvier, on comptait 303 morts en 24 heures. A l'échelle du pays, c'est énorme : c’est comme si, en France, on comptait 2 000 morts par jour, un chiffre jamais atteint, même au printemps. Le nombre de cas pour 100 000 habitants bat lui aussi tous les records mondiaux et les hôpitaux lisboètes sont submergés.

Les autorités ont tardivement organisé un reconfinement, il y a 15 jours, et fermé les écoles il y a une semaine. La promesse des vaccins, qui tardent, était trop belle, alors que les variants anglais, brésilien, sud-africain gagnent du terrain. 

"On a peur"

À l'hôpital Santa Maria, impossible d’interviewer les soignants, trop occupés : la presse est refoulée. "On a en ce moment 55 lits de soins intensifs, explique Pedro Marquès, responsable de la communication de l’hôpital. Et on est sur le point d’en ouvrir quatre de plus. On a 270 lits en infirmerie, ce qui veut dire qu’en à peine deux semaines, on a doublé nos capacités. Après un an de pandémie, la fatigue est immense alors que c’est maintenant le plus dur." Manuel, infirmier dans un autre hôpital de la ville, est épuisé. "On a peur, mais c’est comme ça tous les jours, depuis presque un an, dit-il. On ne s’arrête jamais : cela fait 20 jours d’affilée que je travaille. On porte une combinaison complètement hermétique pendant des heures, des jours, des semaines, des mois. C’est un grand stress, une immense fatigue. On est les seuls à faire face au Covid les yeux dans les yeux."

Ma colère est immense parce que je me sens trompé, trahi, méprisé... J’ai été testé deux fois en huit mois ! C'est cela la vérité. Pas celle de la télé ou des politiciens.

Manuel, infirmier

à franceinfo

On entend cet infirmier mettre durement en cause les politiques. Ces derniers concèdent que "les choses se passent très mal", de l'aveu même du Premier ministre Antonio Costa. "Nous observons une croissance exponentielle des nouveaux cas, souligne-t-il, ce qui provoque une pression gigantesque sur le système de santé avec un nombre de décès absolument dramatique."

La prise de conscience est bien tardive, regrette Ricardo Mexia, président de l’Association nationale des médecins du secteur public. "On a décidé à Noël de lever les restrictions, ensuite, on aurait dû rééquilibrer parce qu’on savait que les cas allaient augmenter. On aurait dû prendre cette décision plus tôt, prévenir et pas réagir après coup. Aujourd’hui on en paie le prix."

Ricardo Mexia, président de l’Association nationale des médecins du secteur public.
Ricardo Mexia, président de l’Association nationale des médecins du secteur public. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)

L'économie touristique durement touchée

Taxis, restauration, hôtellerie, logements Airbnb : on compte dans la région 200 000 emplois directs liés au tourisme, soit 20% du PIB. Survivre sans la manne touristique pendant encore de longs mois n'est pas un problème pour Chakall, très médiatique chef cuisinier qui reçoit à domicile. Ses huit restaurants sont en effet fermés, mais grâce au chômage partiel, aucun de ses 120 salariés n’a été licencié. "C'est vraiment le plus important pour moi. J'ai de la chance ! dit-il. Mon restaurant n'est pas dans un endroit touristique, donc je ne souffre pas vraiment de l'absence de touristes... Je suis au Portugal alors je travaille pour les Portugais !"

Mais c’est bien grâce au tourisme que le Portugal a redécollé après la crise de 2008. Une renaissance brutalement entravée par une pandémie qui fait office de révélateur. "Cela fait déjà deux ou trois ans que les chercheurs le disent : Lisbonne et sa région sont trop tournées vers le tourisme, indique Gonçalo Antunes, enseignant chercheur en géographie urbaine. Aujourd’hui, beaucoup de gens, y compris les politiques, affirment que le Covid est une opportunité pour changer de stratégie. Mais les choix sont faits : les gens ont monté des entreprises. Reconvertir tout cela, qui a contribué à la richesse du pays, c’est possible mais c’est difficile..."  Et en attendant une très hypothétique reconversion, l’économie portugaise doit faire face à des frontières qui se referment : le gouvernement annonce pour dimanche le retour des contrôles sur les routes vers l’Espagne et tous les voyages à l’étranger seront strictement limités.  

Devant l\'hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus important du Portugal, les files d\'attente des ambulances s\'allongent.
Devant l'hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus important du Portugal, les files d'attente des ambulances s'allongent. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)