Covid-19 : le Crous a versé "deux fois plus" d'aides d'urgence aux étudiants que l'année précédente

Le directeur des projets du Centre national des œuvres universitaires et scolaires craint que cette précarité ne s'installe dans le long terme et encourage les familles à déposer des dossiers de bourse pour l'an prochain.

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Radio France
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"En un an, on a versé deux fois plus d'aides d'urgence aux étudiants que l'année précédente", a affirmé jeudi 11 février sur franceinfo Clément Cadoret, le directeur des projets du Cnous, le Centre national des œuvres universitaires et scolaires. Selon lui, "le phénomène de précarité étudiante a été décuplé depuis la rentrée scolaire" et risque de "s'inscrire sur du long terme" en raison de la crise sanitaire du Covid-19.

franceinfo : Est-ce que vous constatez que la précarité étudiante s'est réellement accentuée ces derniers mois ?

Clément Cadoret : Le phénomène de la précarité étudiante et la précarité des jeunes de manière générale n'est pas un phénomène nouveau. Il y a déjà eu un mouvement étudiant à l'automne dernier. Cela avait conduit le gouvernement à prendre un certain nombre de mesures, à faciliter l'attribution des aides d'urgence, à mettre en place une plateforme d'appel unique pour toutes les demandes d'aides et une revalorisation des bourses à la rentrée. Cela datait d'avant la crise sanitaire et des réformes successives des bourses.

"Ce n'est donc pas un phénomène nouveau mais en revanche c'est un phénomène qui s'est amplifié durant la crise."

Clément Cadoret, le directeur des projets du Cnous

à franceinfo

Est-ce que cette situation a pris de cours vos services ?

Ça ne nous a pas surpris dans la mesure où nous, historiquement, on travaille avec les associations de lutte contre la précarité alimentaire, y compris avec les associations étudiantes. On avait "des habitudes de travail". Mais le phénomène a été décuplé, en particulier depuis la rentrée. En un an, on a versé deux fois plus d'aides d'urgence aux étudiants que l'année précédente. En novembre dernier, le Premier ministre a d'ailleurs annoncé un doublement de ces aides pour la nouvelle année qui s'ouvre donc on s'apprête à verser encore plus d'aides d'urgence pour venir en aide aux étudiants. C'est inévitable.

La précarité étudiante est multiple, vous avez assez de bras pour gérer toutes ses facettes ?

C'est vrai. La précarité alimentaire, par exemple, n'est qu'un aspect de la précarité étudiante. Ce qui compte, c'est un accompagnement vraiment global des étudiants et c'est ce que font historiquement les différentes associations et les services sociaux des Crous. Mais il faut encore pouvoir améliorer l'accès au droit de santé des étudiants pour qu'ils soient correctement remboursés par l'Assurance maladie. On doit effectivement pouvoir lutter contre leur surendettement, contre les impayés de loyers. Ce sont effectivement des missions qui nous sont dévolues et qui sont dévolues en particulier aux services sociaux des Crous. Ils sont vraiment à pied d'œuvre depuis un an. Ils ont été plus que jamais mobilisés car ils sont vraiment au cœur de l'accompagnement global des étudiants pour essayer de résoudre toutes les difficultés qui se posent ou, a minima, pour les orienter correctement vers le bon interlocuteur. Et ça, c'est hyper important.

Vous pensez que c'est une situation qui va durer ou, à la rentrée prochaine, cela ira déjà mieux ?

On a pris conscience durablement de l'installation d'une précarité et parfois d'une pauvreté durable des étudiants et la nécessité d'un accompagnement global. Je pense que c'était déjà sensible avant et je pense que là, effectivement, c'est quelque chose qui s'inscrit dans du long terme. Et, même s'il est difficile de se projeter pour les étudiants, je rappelle qu'on a lancé la campagne des bourses pour l'an prochain. Or on constate qu'il y a peu d'étudiants qui font leur demande, qui remplissent leur dossier social étudiant pour demander une bourse pour l'an prochain, donc je dis aux familles et aux étudiants qu'ils doivent le faire, c'est extrêmement important de pouvoir se dire que c'est dès maintenant qu'on prépare ses études.