Covid-19 : la crise sanitaire "a été un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales", affirme la députée Fiona Lazaar

La présidente du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale note que le nombre de bénéficiaires du RSA a augmenté de 6%. 

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Radio France
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Fiona Lazaar, en octobre 2018.  (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

"Cette crise, véritablement, a été à la fois un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales de la pauvreté", a déclaré la députée Fiona Lazaar qui préside le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, jeudi 13 mai sur franceinfo. Le rapport du CNLE publié mercredi pointe une explosion des inégalités et des situations de précarité, qu'elle soit économique, psychologique ou encore scolaire. Cette crise sanitaire "va avoir un impact avec des conséquences à plus long terme", alerte-t-elle.

franceinfo : Quels sont les profils des personnes qui ont été frappées par la pauvreté durant cette crise sanitaire ?

Fiona Lazaar : Il n'y a pas de vaccin contre la pauvreté. Cette crise a eu un triple impact en matière de pauvreté. C'est d'une part qu'elle a entravé les sorties de la pauvreté. Donc, il y a eu des ruptures de parcours, des ruptures dans les processus d'insertion professionnelle. On a par exemple une augmentation de 6% des personnes bénéficiaires du RSA entre janvier 2020 et janvier 2021 parce que les personnes n'ont pas réussi à sortir du RSA et à se réinsérer sur le marché professionnel. On a également eu la précipitation dans la pauvreté de gens qui était proches de la pauvreté, qui vivaient sur le fil, mais qui s'en sortaient. Avec l'arrêt, par exemple, des cantines scolaires d'un certain nombre de services publics ils se sont retrouvés dans la pauvreté. Et puis, troisième élément, c'est l'arrivée de personnes inattendues, des personnes que nous n'avions pas l'habitude de connaître, de rencontrer dans les permanences sociales, dans les permanences des associations. Je pense par exemple aux indépendants qu'on a retrouvés parmi les bénéficiaires des aides.

Votre rapport pointe d’autres inégalités. Quelles sont-elles ?

Cette crise, véritablement, a été à la fois un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales de la pauvreté. Et cela, à plusieurs titres. On l'a vu, par exemple avec les chiffres de la mortalité liée aux Covid-19 en Seine-Saint-Denis. Ils sont bien plus élevés que ceux du reste de la France métropolitaine. Il y a eu un impact monétaire qui est très clair, un impact économique sur les publics fragiles, mais elle a eu également un impact en termes d'inégalité face à l'accès à l'éducation, en termes de souffrance psychologique, de souffrance psychiatrique, liée notamment à l'isolement. Cette crise a eu un impact immédiat sur ces personnes les plus précaires, sur ces personnes les plus pauvres, mais va avoir un impact avec des conséquences à plus long terme qu'il convient d'avoir à l'esprit et qu'il va falloir accompagner pour éviter que cela s’accroisse davantage encore.

De nouvelles personnes sont-elles tombées durablement dans la pauvreté ?

Je pense qu'on a tiré un certain nombre d'enseignements de la crise de 2008. Des dispositifs ont été mis en œuvre, je pense au chômage partiel par exemple, pour éviter que la déflagration ne soit trop grande. On a évité un certain nombre de personnes dans notre pays de perdre leur emploi et d'entrer dans la pauvreté. C’est quelque chose de très positif qu'il faut souligner. En revanche, le nombre de personnes qui ont été affectées reste important et finalement, on se rend compte que les aides ont davantage touché les personnes qui étaient déjà en emploi, qui avaient déjà dans des situations relativement satisfaisantes et que les personnes les plus précaires, elles, ont finalement été moins aidées. Si on regarde les chiffres des données bancaires, les taux d'endettement des personnes les plus aisées ont diminué et les taux d'endettement des personnes les plus fragiles ont augmenté, donc véritablement un accroissement des inégalités durant cette crise.

Que dit votre rapport sur la jeunesse qui, elle aussi, a été touchée par la pauvreté ?

On parle beaucoup de la jeunesse avec cette crise comme si c'était une nouvelle forme de pauvreté. Ce n'est pas le cas. Avant la crise, déjà, les jeunes étaient pour beaucoup victimes de pauvreté. Un jeune sur cinq avant la crise était déjà victime de pauvreté. Mais ces difficultés ont été aggravées. Cela a été un révélateur. On a tous été marqués, frappés par les images de ces jeunes qui ont eu besoin de l'aide alimentaire. Ces images nous ont choqués. C'était nécessaire que l’aide alimentaire soit mise en œuvre. Mais je ne pense pas qu'on puisse se satisfaire que nos jeunes ne vivent que par l'aide alimentaire. La jeunesse aujourd'hui, c'est la seule partie de la population qui n'a pas accès à un filet de sécurité. Le RSA n'est accessible qu'à partir de 25 ans. On a un certain nombre de jeunes qui se sont retrouvés sans rien puisque les petits boulots n'étaient plus disponibles. Et quand on ne peut pas bénéficier de la solidarité familiale, comment est-ce que vous faites? Vous finissez dans les files d'attente pour l'aide alimentaire. Ce qui n'est pas acceptable. 

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