Covid-19 : indicateurs en hausse, hôpitaux saturés, vaccination faible... Pourquoi la situation en Guyane est alarmante

En une semaine, "21 Guyanais ont succombé au Covid-19", a annoncé vendredi l'Agence régionale de santé. Un chiffre jamais atteint jusque-là alors que la tension hospitalière devient difficilement supportable.

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A Maripasoula, en Guyane française, le dispensaire a installé un barnum permettant d'effectuer des dépistages du COVID, le 18 août 2020.  (THIBAUD VAERMAN / HANS LUCAS / AFP)

Lits saturés, personnel soignant éreinté... Et des chiffres qui ne font qu'augmenter. "Jamais la Guyane n'avait enregistré autant de décès et d'admissions en réanimation" depuis le début de l'épidémie de Covid-19, a alerté, vendredi 24 septembre, l'agence Santé publique France (SPF) à propos de ce département d'outre-mer. Signe que la situation est jugée "préoccupante", le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, est arrivé vendredi après-midi en Guyane. Voici ce que l'on sait de la situation sur place.

Parce que tous les indicateurs épidémiologiques sont en hausse

Plusieurs indicateurs épidémiologiques sont en forte hausse, à commencer par celui du nombre de morts liées au Covid-19. Lors des sept derniers jours, "21 Guyanais ont succombé au Covid-19", soit "un chiffre jamais atteint" auparavant, a averti l'Agence régionale de santé de Guyane (ARS) dans un communiqué publié vendredi. Ce niveau de décès dépasse celui atteint lors du pic de la première vague, a souligné l'ARS. Les autorités recensent depuis le début de la pandémie plus de 250 décès liés au Covid-19 dans ce territoire, dont un quart ont eu lieu ces 45 derniers jours.

Autre chiffre alarmant, le taux d'incidence, c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas pour 100 000 habitants par semaine. Il est désormais supérieur à 500, comme le montre ce tableau d'indicateurs publié par l'ARS de Guyane sur Twitter. 

A titre de comparaison, dans l'Hexagone, le taux d'incidence n'a cessé de diminuer dans toutes les régions ces dernières semaines et il est désormais inférieur à 100, à l'exception de Provence-Alpes Côte d'Azur (152), relevait l'agence Santé publique France dans son dernier point épidémiologique du 23 septembre. Au niveau national, il se situe à 62,7 cas pour 100 000 habitants (au 22 septembre).

Du côté des hospitalisations, si leur nombre a atteint le niveau du pic de la troisième vague la semaine dernière, il reste encore inférieur au pic de la première vague. Le variant delta a été soupçonné dans 99% des tests positifs criblés la semaine dernière. Santé publique France relève toutefois, dans son dernier point épidémiologique régional sur la Guyane (portant sur la semaine du 13 au 19 septembre), qu'une "hausse des hospitalisations Covid en pédiatrie est constatée depuis trois semaines". "Les moins de 20 ans représentent 9% des hospitalisations, le double de leur taux en troisième vague", écrit-elle.

Parce que la situation hospitalière est "très tendue"

Selon les derniers indicateurs communiqués vendredi par l'ARS, 113 patients sont hospitalisés, dont 31 en réanimation, pour des cas sévères. Avec pour conséquence la saturation des trois hôpitaux de la région, comme celui de Cayenne (CHC), celui de Kourou (CHK) ou celui de l'ouest guyanais (Chog) à Saint-Laurent-de-Maronie, situé à la frontière avec le Suriname et où les équipes de France 2 ont posé leur caméra. Dans ce secteur, le taux d'incidence est passé de 331 à 555 la semaine dernière (+68%).

Sur le plan sanitaire, la quatrième vague de Covid-19 fait des ravages en Guyane. Jamais, depuis le début de l'épidémie, ce territoire n'avait enregistré autant de décès et d'admissions en réanimation.
FRANCE 2

"Depuis deux semaines, il n'y a aucun lit disponible au Chog, en pédiatrie, à la maternité car il y a beaucoup de naissances, aucun lit en service de médecine polyvalent, qui reçoit des patients Covid pas très graves, et surtout aucun lit en réanimation", liste ainsi le chef des urgences du Chog, Crépin Kezza, interrogé par Guyane La 1ère. "Tout ceci entraîne une stagnation des patients au niveau des urgences que je dirige." Du côté du centre hospitalier de Cayenne, son directeur, Christophe Robert, décrit une situation "très tendue, dans la mesure où nous sommes confrontés au pic de la vague"L'établissement tourne à "99% de ses capacités", ce qui engendre "des attentes insupportables aux urgences", a-t-il lui aussi expliqué.

"Nous tournons avec un personnel qui est usé, qui fonctionne avec des heures supplémentaires. Et on commence à avoir beaucoup de casse, beaucoup d'arrêt maladie qu'il faut remplacer au pied levé."

Christophe Robert, directeur du centre hospitalier de Cayenne

sur franceinfo

"Cela devient très compliqué", a-t-il estimé, en expliquant que, dans l'attente de renforts, l'hôpital de Cayenne commence à évoquer "le tri" des patients. Selon lui, une "réflexion éthique" est en train de s'engager "pour définir des critères. On ne va pas avoir le choix". Pour pouvoir ouvrir des lits supplémentaires, Christophe Robert évalue les besoins à "70 professionnels de santé" supplémentaires. Il a lancé un appel en direction de la métropole.

Parce que le taux de vaccination est "le plus faible de France"

Cette flambée épidémique redoutable s'inscrit dans un contexte de faible vaccination. En Guyane, le taux est en effet "le plus faible de France", comme le souligne Christophe Robert. Dans ce territoire où un habitant sur deux à moins de 25 ans, seuls 27% des habitants de la Guyane (soit 77 901 personnes) avaient reçu au moins une dose de vaccin le 23 septembre, contre près de 75% en moyenne au niveau national, comme le montre notre tableau de bord.

En ce qui concerne le personnels soignant, seule la moitié a reçu au moins une première injection, a précisé le directeur du centre hospitalier de Cayenne. "C'est incompréhensible", se désole-t-il, en évoquant une "défiance de la population" et surtout, un "phénomène que nous ne comprenons plus". Interrogé sur Guyane La 1ère, le directeur du Chog, Didier Guidoni, a fait écho à ses propos.

"J'essaie de comprendre pourquoi les gens ne veulent pas être vaccinés alors que nous subissons des vagues de plus en plus graves."

Didier Guidoni, directeur du centre hospitalier de l'ouest guyanais

à Guyane La 1ère

Quelque "29%" de la population majeure se dit "certaine de ne pas se faire vacciner", affirmait ainsi une enquête de l'Institut Pasteur de Guyane publiée en mai dernier. Principal motif invoqué : "l'incertitude liée à l'efficacité du vaccin", dont on sait pourtant qu'il protège contre les formes graves de la maladie.

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