Covid-19 : "Il faut rétablir la gratuité des tests pour tous", réclame un épidémiologiste

Selon Antoine Flahault, invité mardi de franceinfo, la stratégie vaccinale ne permet pas de juguler complètement la cinquième vague et doit être associée à d'autres mesures, comme le port du masque, la ventilation et les tests gratuits pour tous.

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Radio France
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L'épidémiologiste Antoine Flahault lors d'une conférence au Cirque d'hiver à Paris, le 1er octobre 2021. (GABRIELLE FERRANDI / CHAM)

"Le vaccin contre le Covid-19 ne tient pas toutes ses promesses en matière de protection contre les transmissions", a estimé sur franceinfo mardi 23 novembre l'épidémiologiste Antoine Flahault, selon qui "il ne faut pas se contenter uniquement de la stratégie de renforcement vaccinal" via la troisième dose. Le directeur de l'Institut de santé globale à la faculté de médecine de l'université de Genève a assuré qu'il "faut d'autres mesures pour pouvoir juguler cette cinquième vague", parmi lesquelles la gratuité des tests pour tous.

franceinfo : Faut-il, selon vous, élargir voire généraliser la dose de rappel du vaccin ?

Antoine Flahault : Oui, car nous voyons que le vaccin ne tient pas toutes ses promesses en matière de protection contre les transmissions. Il est possible que, grâce à la troisième dose, cela améliore un petit peu la protection. La protection contre les formes graves est bien maintenue par le vaccin, même avec deux doses, car elle est de 80% ou 90%. C'est parce qu'elle n'est pas de 100% qu'il y a des gens vaccinés dans les hôpitaux, y compris en soins intensifs. Très clairement, chez les plus de 65 ans, mais aussi chez les plus de 40 ans, nous pouvons penser que cette dose de rappel peut être efficace pour augmenter l'immunité. Cependant, il ne faut certainement pas se contenter uniquement de la stratégie de renforcement vaccinal. Il faut aussi d'autres mesures pour pouvoir juguler cette cinquième vague.

Quelles mesures prendre de façon assez urgente aujourd'hui en France ?

Nous pouvons nous tenir à la feuille de route que le directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a proposé à tous les pays et tous les gouvernants européens pour voir si les pays cochent toutes les cases. Pour les vaccins, nous pouvons dire que la France a bien vacciné car la troisième dose est en route. À côté de cela, le port du masque en milieu intérieur pourrait être renforcé. En France, il pourrait être rendu totalement obligatoire, même chez les gens vaccinés ou ayant le pass. Il faut que tout le monde mette le masque en milieu intérieur à chaque fois que c'est possible. L'autre mesure, c'est la ventilation, qui est la grande oubliée des politiques de prévention un peu partout en Europe, étonnamment. Pourtant, une ventilation des lieux clos qui reçoivent du public est un impératif, même à son propre domicile. Cela peut permettre plus facilement d'avoir des interactions sociales, de revoir sa famille dans des conditions sécurisées en milieu intérieur. La dernière mesure que propose le directeur régional de l'OMS, c'est l'utilisation des médicaments. Nous avons des nouveaux médicaments qui ont été approuvés par l'Agence européenne des médicaments et qui peuvent être très efficaces, très utiles pour les personnes elles-mêmes, avec un bénéfice direct individuel qui les empêche d'avoir des formes sévères quand elles prennent très tôt ces médicaments dans l'épidémie, mais aussi pour éviter un engorgement des hôpitaux.

Faut-il s'attendre à une hausse du nombre de décès liés au Covid-19 en France ?

Malheureusement, oui, parce que nous pouvons presque dire que c'est arithmétique. On sait qu'il y a une diminution du risque de décès grâce à la vaccination mais il n'est pas de 100%. De plus, il y a des gens qui ne sont pas vaccinés et qui sont à risque. Il y a donc un risque d'augmentation des décès, qui peut être contenu par rapport aux vagues précédentes. D'un autre côté, quand on voit que l'Allemagne, voisine de la France, a aujourd'hui trois fois plus de contaminations que dans les plus hautes des vagues qu'elle a connues jusqu'à présent, on peut se dire que cela va augmenter le nombre de décès. Ce que vit l'Allemagne, malheureusement, c'est aussi ce que vivent les Pays-Bas, qui sont aussi vaccinés que les Français. Cette vague est extrêmement puissante. Nous voyons que l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique souffrent beaucoup. Si l'on ne coche pas toutes les cases, on peut s'attendre à ce que les pays d'Europe du Sud connaissent une vague aussi forte.

Des voix s'élèvent actuellement pour demander le rétablissement de la gratuité des tests. Est-ce que cela changerait quelque chose ?

Si l'on reprend la préconisation de l'utilisation des médicaments que propose l'OMS, oui. Pour utiliser les médicaments, il faut les utiliser très précocement, c'est-à-dire dans les cinq premiers jours après un test PCR positif. Il faut donc avoir un PCR le plus facilement possible. Je suis donc très favorable à rétablir la gratuité des tests pour tous. Nous avons déjà la gratuité des tests pour les gens vaccinés, donc pour l'immense majorité. Cela ne changera donc pas énormément. Mais pour ceux qui ne sont éventuellement pas vaccinés aujourd'hui, il faut qu'ils puissent se tester très facilement et sans aucune entrave, au moins pendant cette vague épidémique.

Le gouvernement écartait encore la semaine dernière l'idée de renforcer le télétravail. Le gouvernement a-t-il tort, selon vous ?

Le télétravail est une première marche vers des mesures de confinement. Je peux donc comprendre que le télétravail généralisé soit une mesure à prendre en dernier ressort. Je préfère avoir des bureaux bien ventilés où l'on a des capteurs de CO2.

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