Covid-19 : Il faut "probablement encourager à nouveau le télétravail" en France, estime un épidémiologiste

"Toutes les démarches qui visent à ce qu'il y ait moins de contact social seront utiles pour lutter contre l'épidémie", argumente Mahmoud Zureik.

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Une unité dédiée aux patients Covid à l'hôpital central de Montpellier, le 5 novembre 2021. (PASCAL GUYOT / AFP)

Mahmoud Zureik, professeur en épidémiologie et en santé publique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et directeur d’Epi-Phare, invité de franceinfo vendredi 19 novembre, estime qu’il faut "probablement encourager à nouveau le télétravail" en France. La cinquième vague de l’épidémie de Covid-19 est désormais bien installée en Europe, mais de manière différente selon les pays.

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En Autriche, le gouvernement a annoncé vendredi un confinement généralisé dès lundi, alors que le pays avait déjà reconfiné les non-vaccinés depuis le début de la semaine. Les Autrichiens auront également l’obligation d’être vaccinés à compter du 1er février 2022. Dans le même temps, en France, le ministère du Travail indique jeudi ne pas envisager, à ce stade, de renforcer les règles en matière de télétravail.

franceinfo : Comment expliquez-vous que l'Autriche en vienne à se reconfiner ?

Il y a un nombre très élevé de contamination en Autriche, 15 000 nouveaux cas par jour. Nous, on est à 13 000 cas par jour actuellement en France. Il y a deux raisons, à mon sens qui expliquent cette situation en Autriche. La première, c’est que le pays a été un petit peu moins touché que la France dans les vagues précédentes, ce qui laisse beaucoup de gens non immunisés par le virus. La deuxième, c’est que le pourcentage de vaccination est faible. Ils sont à 65 %, en France on est à 75 %. Mais ce ne sont pas seulement ces 10 % de différence qui jouent, c’est aussi que le pourcentage de personnes âgées et fragiles vaccinées en Autriche et en Allemagne est deux à trois fois inférieur à celui de la France. Ces deux éléments pourraient expliquer la flambée du nombre de cas dans ces pays. Le fait qu'il y fasse plus froid peut aussi expliquer la remontée des contaminations. À la fois parce qu’il y a un effet saisonnier et à la fois parce que le mode de vie change, on est de plus en plus en lieu clos, il n'y a pas d'aération, il est difficile de respecter les gestes barrières. Les modélisations de l'Institut Pasteur en France montrent que le froid et les conditions climatiques pourraient faire augmenter d’environ 30 % le taux de transmission du virus [par rapport à l'été dernier].

L'Allemagne a-t-elle eu tort de ne pas imposer d'obligation vaccinale aux soignants et de ne pas imposer un pass sanitaire ?

En France, il y a effectivement eu l'instauration du pass sanitaire qui a, quand même, incité beaucoup de gens à se faire vacciner et à limiter les intéractions sociales parmi les gens susceptibles d'être contaminés. Il y a également eu l'obligation vaccinale pour les soignants qui permet de se protéger et de protéger les patients. Si on analyse ces résultats en France, alors oui, on peut penser que l'Allemagne aurait dû instaurer le pass sanitaire. Surtout que le pass sanitaire dans d'autres pays comme le Danemark a très bien marché. Mais quand le Danemark a décidé de ne plus l'appliquer, la vague est revenue et d'une violence importante. On ne connaît pas l'évolution de la situation en France. Mais il y a vraiment trois grands piliers pour lutter contre l'épidémie. La première, et de loin la plus importante, c'est la vaccination, d'où l'importance de se faire vacciner et faire le rappel pour les personnes âgées et personnes fragiles. La deuxième, c'est tout ce qui est autour des gestes barrières, que ce soit le pass sanitaire, que ce soit le port du masque à l'intérieur, l'aération. Le troisième pilier, c’est tout ce qui est autour des tests de dépistage et de traçage des gens qui sont positifs.

Est-ce que le message de la vaccination n’est pas suffisamment bien passé ou bien expliqué ?

Le message qui n'est pas très bien passé, c’est, qu’avec le temps, l'efficacité de ces vaccins sur l'infection et sur sa transmission est bien moindre. C’est au maximum de l’ordre de 50 % au bout de quelques mois de vaccination. S’il y a 50 millions de Français qui sont vaccinés, cela veut dire qu’avec ces 50 %, il y a 25 millions de personnes en France vaccinées qui peuvent être infectées et qui peuvent transmettre le virus, c’est donc un réservoir énorme. C'est pour cela qu’il y aura beaucoup de cas d'infection, et on entend des témoignages partout de personnes vaccinées qui ont attrapé le virus. Quand vous avez un réservoir de cette nature, il est également normal qu'il y ait un nombre encore plus élevé de formes graves, même si cela protège de 90 %. Cela ne suffit donc pas de dire qu'on est protégés des formes graves, mais le fait qu'il y ait beaucoup de gens qui puissent être contaminés engendrera des gens qui peuvent développer des formes graves, même si c'est dix fois moins. Je pense que cela, on ne l’a pas assez dit. Si on prend également le cas du pass sanitaire, on a l'impression qu'on peut aller au restaurant et qu'il n'y a aucun problème. Non, on peut être infecté, et on peut transmettre le virus. L’idéal est de mettre le masque avant et après, ou peut-être d’éviter, dans ce contexte de reprise épidémique importante, tout ce qui est des contacts et des endroits où il y a beaucoup de monde.

Faut-il revenir au télétravail ?

Pour lutter contre l’épidémie, il faut utiliser tous les outils qui ont montré leur utilité. On est très loin de la situation de confinement ou de de couvre-feu, le nombre de cas en France actuellement, il est autour de 13 000, il est loin des 40 000, voire 50 000 que l’on a connus. On a parlé de pass sanitaire, de l'importance de l'aération, de distanciation sociale, du port de masques, mais il faut aussi probablement encourager à nouveau le télétravail. Toutes les démarches qui visent à ce qu'il y ait moins de contact social seront utiles pour lutter contre l'épidémie.

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