Covid-19 : fermer les universités "serait très dangereux" pour "une classe d'âge qui risquerait d'être sacrifiée", alerte le président de Sorbonne Université

Jean Chambaz assure que les contaminations se font dans "les réunions privées" et que les universités ne sont pas "des foyers de contamination". "Nous traçons nos étudiants et nos agents", de là vient une interprétation biaisée des chiffres, selon lui.

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Le hall Saint-Jacques à Paris I Panthéon-Sorbonne Universités (photo d'illustration). (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Fermer les universités "serait très dangereux" pour "une classe d'âge qui risquerait d'être sacrifiée et de décrocher massivement", alerte Jean Chambaz, président de Sorbonne Université, mercredi 14 octobre sur franceinfo, alors qu'Emmanuel Macron doit annoncer de nouvelles mesures contraignantes pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Avec Thomas Clay, administrateur provisoire de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Jean Chambaz signe également une tribune dans Le Monde appelant le gouvernement à laisser les campus universitaires ouverts pour "assurer la réussite des étudiants et leur insertion". "Nous ne sommes pas des foyers de contamination", martèle-t-il. "Nous déclarons [des cas] parce que nous traçons nos étudiants et nos agents."

franceinfo : Vous lancez donc cet avertissement dans les colonnes du Monde. Cela veut dire que vous avez des indications que les universités pourraient fermer ?

Jean Chambaz : Nous n'avons aucune indication. Mais devant le risque de décrochage massif des étudiants si les universités étaient refermées, nous avons choisi d'alerter sur cette option. Soyons clairs, cela ne veut pas dire que nous ne prenons pas en compte l'évolution de la situation épidémique : il faut des mesures. Les mesures que va annoncer le président de la République sont attendues ce soir, elles sont nécessaires pour ralentir la circulation du virus. Mais fermer les universités n'y contribuerait pas particulièrement et serait très dangereux au plan social, au plan pédagogique, pour la formation d'une classe d'âge qui risquerait d'être sacrifiée et de décrocher massivement.

Vous avez passé ce message à la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Est-elle sur la même ligne que vous ?

Je crois, oui. Depuis la rentrée, nous tenions beaucoup à reprendre en présentiel parce que les étudiants ont été coupés de l'université pendant cinq mois pendant le confinement, avant les vacances. Les lycéens qui arrivent à l'université pour la première année, c'est pire encore, ils ont le choc de l'arrivée à l'université, plus le confinement quand ils étaient lycéens, et ils ont besoin de ces interactions avec les enseignants, de refaire du lien social, du lien pédagogique pour apprendre à travailler par eux-mêmes. Cette période de début d'année universitaire est absolument capitale.

Les amphis de la Sorbonne bondés à la rentrée, c'était donc nécessaire, selon vous ?

Pour nous, c'était nécessaire. Et je vous rassure, sur Sorbonne Université, tous les amphis ne sont pas bondés. Maintenant, les amphis sont bondés dans nos universités en première année depuis une trentaine d'années, donc il n'y a rien de nouveau sous le soleil. On a tenu à les accueillir pour leur permettre de remettre le pied à l'étrier, pour travailler efficacement, prendre des habitudes des méthodes de travail.

Pour cela, nous avons appliqué un protocole sanitaire très strict. Et nous ne sommes pas des foyers de contamination. 

Jean Chambaz, président de Sorbonne Université

à franceinfo

Il y a eu un rapport de Santé publique France qui rapportait que 40% venaient des milieux scolaire et universitaire. Mais ils ne viennent pas des milieux scolaire et universitaire, ils sont déclarés par le milieu scolaire, par les rectorats et par les universités. Nous déclarons parce que nous traçons nos étudiants et nos agents. Mais nous ne sommes pas les lieux où se déclare le Covid. Nous, à Sorbonne Université, depuis début septembre, on a eu 147 cas, dont 102 étudiants, pour 55 000 étudiants et 9 000 personnels. On s'est contaminés dans des réunions privées.

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