Covid-19 : fermer les écoles aurait "un effet délétère sur la santé" mentale des enfants "pour un bénéfice pas forcément spectaculaire", prévient la Société française de pédiatrie

Elle recommande à l'inverse de nombreux scientifiques de ne pas fermer les écoles et de maintenir le protocole sanitaire actuel. Il faut vacciner "tous les professionnels autour de l'enfance", ajoute-t-elle.

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Un enfant hossitalisé dans l'unité de pédopsychiatrie de l'hôpital Robert Debré à Paris, le 10 novembre 2020. (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

"Fermer les écoles, ce serait avoir des effets délétères sur la santé des enfants pour un bénéfice qui ne sera pas forcément spectaculaire compte tenu de ce virus qui les infecte finalement assez peu", a déclaré mardi 30 mars sur franceinfo la professeure Christèle Gras-Le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie. La cheffe du service des urgences pédiatriques du CHU de Nantes raconte voir "des enfants très jeunes qui consultent pour de l'anxiété, des idées noires, parfois des tentatives de suicide". Elle estime qu'il faut maintenir le protocole actuel avec des fermetures d'établissement "au cas par cas". Contrairement aux pédiatres, de nombreux scientifiques appellent à la fermeture des établissements scolaires. La question sera étudiée en conseil de défense sanitaire mercredi.

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franceinfo : Pourquoi vous opposez-vous à la fermeture des écoles alors que l'épidémie semble s'intensifier en France ?

L'expérience dont on dispose est extrêmement inquiétante quant aux effets délétères de cette fermeture des classes.

"On a observé l'année dernière un rebond de violences intrafamiliales ou de tensions intrafamiliales. On a observé un creusement des inégalités sociales. Et aujourd'hui on sait que l'état de la santé mentale des enfants n'est pas bon."

Pr Christèle Gras-Le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie

à franceinfo

On le constate tous les jours aux urgences, avec un afflux massif d'enfants qui vont mal. Depuis la fin du mois d'octobre, on voit des enfants qui consultent de plus en plus, de tous les âges, parfois des enfants très jeunes pour de l'anxiété, des idées noires, des idées suicidaires, parfois des tentatives de suicide. Et ce phénomène est observé à l'échelle de toute la France. Et dans ce contexte, fermer les écoles, ce serait avoir des effets délétères sur la santé des enfants pour un bénéfice qui ne sera pas forcément spectaculaire compte tenu de ce virus qui les infecte finalement assez peu.

Que répondez-vous à votre confrère épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, qui estime qu'avoir un collégien ou un lycéen à la maison accroît de 30 % le risque d'être contaminé pour les parents ?

Effectivement, ce virus n'affecte pas la population de manière équivalente en fonction de l'âge. Ce qui a été montré, c'est qu'il infecte vraiment très peu les jeunes enfants et en particulier les enfants qui fréquentent les crèches, les maternelles, les écoles primaires. Et ça devient plus fréquent chez les collégiens et chez les lycéens, ça se rapproche progressivement de ce qu'on observe chez l'adulte jeune. Donc, dans les fermetures d'écoles qui seront peut-être nécessaire dans certains endroits, il faut distinguer les cas de figure en fonction des régions, de la circulation du virus, mais aussi de l'âge des enfants. On ne peut pas mettre "dans le même sac" tous les moins de 19 ans, il faut vraiment faire des distinctions.

Donc, vous seriez prête à accepter la fermeture des lycées et des collèges mais pas celle des écoles primaires ?

Si un lycée est obligé de fermer toutes ses classes les unes après les autres parce qu'il y a du virus, il faut le fermer. Mais ce qu'il faut prendre en compte, ce n'est pas tant la fermeture des lycées, mais d'un lycée au cas par cas lorsque la situation l'exige. Parmi toutes les mesures anti-Covid pour lutter et venir à bout de cette maladie, on sait que l'efficacité de ces fermetures sera très modeste par rapport à d'autres mesures. On sait par exemple aujourd'hui que les gens se contaminent au contact de sujets encore asymptomatiques et qu'il y a beaucoup de gens qui ne se font pas tester, qui ne s'isolent pas. Il y a donc des mesures qui seront plus efficaces que celles-là. Et celles qu'on attend en première ligne bien évidemment, c'est la vaccination.

Que dites-vous aux personnels de l'Éducation nationale qui sont au contact des enfants et qui craignent pour leur santé ?

Il faut effectivement pouvoir les rassurer sur les mesures barrières et sur le fait qu'ils puissent accéder à la vaccination. C'est un préalable qui paraît évident. On a vacciné les soignants il y a quelques semaines, il faut qu'ils puissent bénéficier aussi de cette vaccination, et pas que les enseignants, vraiment tous les professionnels autour de l'enfance pour permettre justement de continuer à fréquenter la collectivité et de ne pas se retrouver avec des enfants isolés, et avec les effets délétères extrêmement graves qu'on a observés.

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