Covid-19 : faut-il craindre une neuvième vague à trois semaines des vacances de Noël ?

Avec le cap des 50 000 contaminations quotidiennes en moyenne qui devrait être franchi d'ici quelques jours et un sous-variant BQ 1.1 plus transmissible, le gouvernement est inquiet.
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Une tente de tests au Covid-19 sur les Champs-Elysées, à Paris, le 21 novembre 2022. (MAGALI COHEN / HANS LUCAS / AFP)

"Je lance un appel solennel : respectons les gestes barrières, portons le masque dès que nous sommes avec des personnes fragiles ou dans des zones de promiscuité comme les transports en commun." La Première ministre, Elisabeth Borne, a tiré la sonnette d'alarme lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi 29 novembre. Face à la remontée des cas de Covid-19 et des hospitalisations, le virus refait parler de lui, moins d'un mois avant Noël. Avec la baisse des températures et un nouveau sous-variant, faut-il craindre une neuvième vague pendant les fêtes ? Franceinfo fait le point sur la situation.

Le seuil des 50 000 cas quotidiens bientôt franchi

L'épidémie, qui a connu une brève accalmie après une vague au début de l'automne, repart. Selon les derniers chiffres publiés vendredi par Santé publique France, 48 629 nouveaux cas ont été enregistrés, contre 33 177 le vendredi précédent, soit une hausse de 46%. La moyenne glissante sur sept jours s'élève à 47 924 nouveaux cas. Les 50 000 contaminations quotidiennes pourraient être atteintes d'ici quelques jours.

"Le fameux R, le taux de reproduction du Covid, est supérieur à 1 depuis plusieurs jours, ce qui signifie que l'incidence du nombre de cas augmente, explique à l'AFP Pascal Crépey, épidémiologiste à l'Ecole des hautes études de santé publique.

"Ce n'est pas très étonnant car cette période de l'année est la plus favorable aux transmissions de virus."

Pascal Crépey, épidémiologiste

à l'AFP

Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 connaît un rebond depuis au moins une semaine. (SANTE PUBLIQUE FRANCE / FRANCEINFO)

Le nombre d'hospitalisations repart à la hausse

Le rebond actuel se traduit déjà par une "reprise à la hausse des nouvelles hospitalisations et admissions en soins critiques", après "quatre semaines de baisse", observe Santé publique France dans son dernier point hebdomadaire. Plus de 4 500 hospitalisations ont été enregistrées sur les sept derniers jours, soit une moyenne de 914 par jour.

Plus de 4 500 hospitalisations ont été enregistrées sur les sept derniers jours; (SANTE PUBLIQUE FRANCE / FRANCEINFO)

Le nombre d'admissions en soins critiques augmente lui aussi et a franchi la barre des 1 000 patients. Le nombre de décès à l'hôpital et en Ehpad est en revanche en légère baisse, s'établissant à 351 la semaine dernière, contre 374 la semaine d'avant.

Le nombre d'admissions en soins critiques a franchi la barre des 1 000 patients. (SANTE PUBLIQUE FRANCE / FRANCEINFO)

Vague ou rebond ? "On est sur un plateau haut"

Brigitte Autran, la présidente du Covars (l'organisme qui a succédé au Conseil scientifique), refuse de trancher pour le moment entre "rebond" ou "nouvelle vague". Mais "on est sur un plateau haut", a-t-elle jugé lundi auprès de l'AFP. Pour le professeur Yves Buisson, interrogé sur franceinfo, "nous sommes en train d'aborder la neuvième vague. Tous les indicateurs épidémiologiques vont (...) dans le sens d'une recrudescence des cas", souligne le président de la cellule Covid-19 à l'Académie nationale de médecine.

Cette neuvième vague n'est toutefois pas "comparable avec celles de 2021". Il évoque "des vaguelettes qui sont limitées dans le temps et dans leur amplitude" en raison d'une "certaine immunité collective" de la population française, avec un taux de vaccination "de plus de 80% des Français". Il ajoute que "la plupart des Français ont rencontré plusieurs fois le virus".

"Si on se base sur les années précédentes, on peut s'attendre à ce que la courbe continue de monter et que les vacances de Noël offrent un premier répit", grâce aux congés scolaires, précise de son côté l'épidémiologiste Pascal Crépey.

Un sous-variant BQ.1.1 est plus transmissible

Cette nouvelle vague est "mue en France par le sous-variant BQ.1.1 d'Omicron, responsable de l'augmentation récente des contaminations mais aussi des hospitalisations", pointe auprès de l'AFP l'épidémiologiste Antoine Flahault. Selon lui, BQ.1.1 est en train de remplacer progressivement BA.5 (Omicron).

Ce sous-variant, en passe de devenir majoritaire, est-il plus ou moins transmissible ou résistant aux anticorps issus de la vaccination ou d'une infection antérieure ? Selon une publication du Lancet et une étude française menée par l'Institut Pasteur, citées par Libération, ses capacités évolutives lui permettent de mieux résister à l'immunité humaine.

Les niveaux de vaccination ne sont "pas suffisants"

Si la population française est largement vaccinée, elle est en retard pour les deuxièmes rappels. Chez les 60-79 ans, seulement 37% sont considérés comme protégés par la vaccination ou une précédente infection. Chez les 80 ans et plus, ils sont 21%, selon le ministère de la Santé et de la prévention. Les niveaux de vaccinations ne sont aujourd'hui "pas suffisants", a signalé mardi le ministère. Et de lancer : "Il reste trois semaines de mobilisation avant Noël, c'est maintenant que ça se joue."

>> Covid-19 : "Si vous voulez être en forme pendant les fêtes, c'est maintenant qu'il faut se protéger", prévient l'infectiologue Anne-Claude Crémieux

Le professeur Yves Buisson appelle "les personnes de plus de 80 ans dont le dernier rappel date de plus de trois mois" à se faire vacciner. De même, "les personnes de plus de 60 ans, dont le dernier rappel date de plus six mois, qu'elles aillent vite se faire vacciner avec les vaccins bivalents" qui protègent contre la souche initiale du Sars-CoV-2 et contre le variant Omicron.

"Un retard considérable à combler très vite si on veut vraiment passer de bonnes vacances de Noël."

Yves Buisson, président de la cellule Covid à l'Académie nationale de médecine

à franceinfo

La grippe saisonnière fait craindre l'impact d'une triple épidémie

Cette reprise de l'épidémie de Covid-19 risque de percuter un système de santé déjà en difficulté. L'hôpital est éprouvé par une épidémie de bronchiolite d'une ampleur sans précédent, alors que la grippe saisonnière qui se profile fait craindre l'impact d'une triple épidémie.

"La prudence s'impose pendant les fêtes, car on va voir coïncider la neuvième vague de Covid avec le pic épidémique de grippe, analyse sur France 2 le journaliste et médecin Damien Mascret, précisant qu'une co-infection est possible et augmente les risques d'admission en réanimation, même si ce cas de figure reste rare. "Ça veut dire qu'il faut dès maintenant faire son rappel Covid si on est concerné, mais aussi se faire vacciner contre la grippe." Seuls cinq millions de Français sont pour l'heure vaccinés contre la grippe.

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