Covid-19 : comment les autorités justifient-elles le non-confinement de l'Ile-de-France le week-end malgré des chiffres alarmants ?

Le gouvernement exclut pour le moment de prendre de nouvelles mesures pour Paris et les départements qui entourent la capitale. Une décision qui étonne.

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Des médecins au chevet d'un patient hospitalisé en réanimation, le 8 mars 2021 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). (ALAIN JOCARD / AFP)

Des départements dans le rouge, des activités médicales et chirurgicales déprogrammées, des médecins qui dénoncent une perte de contrôle... A mesure que la situation sanitaire se dégrade en Ile-de-France, la question d'une différence de traitement entre la région capitale, jusqu'ici épargnée par les nouvelles "mesures de freinage" décidées par le gouvernement pour endiguer l'épidémie de Covid-19, et d'autres territoires, comme le Pas-de-Calais, se fait de plus en plus aiguë. A tel point que le maire du Touquet (Pas-de-Calais), Daniel Fasquelle (LR), n'hésite pas à dénoncer un "deux poids, deux mesures".

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Voici comment les autorités sanitaires et politiques justifient cette décision de ne pas mettre en place de nouvelles mesures de restriction en Ile-de-France.

Une situation hospitalière pas (encore) désespérée

C'est l'argument de Jérôme Salomon. Invité mardi 9 mars sur RTL, le directeur général de la santé a expliqué que "le confinement de l'Ile-de-France n'[étai]t pas d'actualité parce que cette mesure de dernier recours sera proposée au gouvernement si nous avions l'impression que l'hôpital ne pourrait pas tenir et que nous serions devant un risque majeur de ne pouvoir accueillir les malades graves à l'hôpital". Un propos déjà esquissé vendredi 5 mars par le ministre de la Santé. "La charge sanitaire hospitalière n'est pas la même dans la région Hauts-de-France et en Ile-de-France", justifiait Olivier Véran.

Le taux d'incidence et le taux de positivité sont sous surveillance, mais "ces deux indicateurs sont plutôt en baisse", observe-t-on auprès de franceinfo au plus haut sommet du gouvernement, où l'"on peut espérer tenir sans prendre de nouvelles mesures". Cette baisse n'est pas visible dans les derniers chiffres dont nous disposons, qui s'arrêtent au 6 mars.

Une région trop grande

Interrogé sur le fait que certains départements de la région parisienne présentent un taux d'incidence plus élevé que le Pas-de-Calais, Olivier Véran avait estimé vendredi 5 mars qu'il ne fallait pas raisonner à l'échelle départementale sur ce territoire. "La Seine-Saint-Denis, c'est toute l'Ile-de-France, parce qu'il y a de telles interactions sociales entre un département francilien et un autre que mettre en place des mesures le week-end en Seine-Saint-Denis ça voudrait dire les mettre en place dans toute l'Ile-de-France. Or si cela pouvait se discuter dans le département de la Seine-Saint-Denis, dans un certain nombre de départements limitrophes ce n'était pas indispensable à ce stade", a expliqué le ministre de la Santé.

Un risque d'inégalités 

D'autres arguments sont avancés par les députés de la majorité. "Il n'y a pas de volonté politique de confiner l'Ile-de-France pour des raisons économiques, psychologiques, politiques", a estimé mardi 9 mars le député de la Vienne Sacha Houlié. "Si on confine l'Ile-de-France le week-end, on sait très bien qu'il y en aura qui pourront la quitter et pas d'autres. Et là on créé des inégalités", remarque-t-il.

Une économie à préserver

Dans la soirée, sa collègue Anne Genetet, députée des Français établis à l'étranger, a estimé que "l'Ile-de-France est une plaque tournante, on n'est pas tout à fait comme à Dunkerque", évoquant un "poumon économique". "La région doit tenir dans son ensemble, il n'y a pas que le sanitaire, il y a aussi l'économie, les écoles, tout un ensemble de secteurs qui doivent tenir ensemble, a-t-elle argumenté. Il faut voir le problème dans son ensemble".

Une opposition des élus locaux

Lors de sa traditionnelle conférence de presse post-Conseil des ministres, mercredi 10 mars, le porte-parole du gouvernement a été assailli de questions sur la situation dans la région capitale. "Oui, la situation est préoccupante en Ile-de-France", a reconnu Gabriel Attal, en défendant "l'équilibre" tenu par le gouvernement "entre la nécessité de tenir compte des spécificités territoriales et la lisibilité au niveau national".

Relancé sur le fait de savoir si l'opposition affichée au reconfinement le week-end de la maire de Paris, Anne Hidalgo, avait joué un rôle, il a laissé entendre que oui : "Quand on fait une concertation locale, on tient compte des avis des acteurs locaux".

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