Covid-19 : cinq questions sur la possibilité d'une nouvelle fermeture des écoles en France

Alors qu'un nouveau conseil de défense sanitaire a lieu mercredi, les chiffres de Santé publique France montrent une augmentation plus importante du taux de positivité des tests chez les enfants et adolescents de 0 à 19 ans.

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Une école élémentaire à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 11 mai 2020.  (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)

Parmi les nombreuses mesures prises pour limiter la propagation du Covid-19 depuis le début de la pandémie, la fermeture des écoles est l'une des plus controversées. Mais alors que le niveau de contaminations repart à la hausse en France, avec l'apparition de nouveaux variants, et que le taux de positivité augmente chez les moins de 20 ans, cette possibilité agite de nouveau le débat public. 

Si elle n'est pas encore à l'ordre du jour, pas plus qu'un reconfinement national, une nouvelle fermeture des établissements scolaires ne devrait pas être absente des discussions lors du conseil de défense sanitaire, mercredi 12 janvier, à la veille d'une nouvelle conférence de presse du gouvernement jeudi. Franceinfo fait le tour des questions qui se posent à ce sujet.

1 Pourquoi les jeunes sont-ils plus souvent positifs en ce moment ?

Plusieurs facteurs inquiètent actuellement les autorités : l'effet de Noël et du Nouvel An, qui n'est pas encore bien évalué, et la présence sur le territoire du variant britannique "VOC 202012/01", plus contagieux. Ces deux éléments conjugués sont-ils en cause dans l'augmentation plus importante du taux de positivité des tests chez les enfants et adolescents relevée par Santé publique France ? Dans la semaine du 2 au 8 janvier, ce taux était de 10% chez les plus petits (0-9 ans) et de 8,5% chez les 10-19 ans, contre 6,4% dans la population générale. 

Comme le relève Le Parisien, ces résultats proviennent des tests effectués le week-end du Nouvel An et durant les quatre premiers jours du retour à l'école. Cette hausse observée des contaminations chez les plus jeunes ne serait donc pas liée à la rentrée mais bien aux contacts sociaux pendant les vacances.

En outre, les dépistages chez les enfants sont moins préventifs que chez les adultes et ont le plus souvent lieu lors d'une suspicion de contamination (symptômes et cas contact), ce qui explique qu'ils soient plus souvent positifs. Ce taux doit ainsi être comparé au taux d'incidence, c'est-à-dire au nombre de malades pour 100 000 habitants. Ce dernier reste beaucoup moins élevé chez les 0-9 ans. Il est un peu inférieur à la moyenne, tous âges confondus, chez les 10-19 ans.

S'agissant du variant qui provoque une flambée épidémique au Royaume-Uni, il est trop tôt pour dire s'il est en cause dans cette hausse du taux de positivité. Les chercheurs britanniques restent prudents sur la plus grande transmissibilité du "VOC 202012/01" chez les plus jeunes, pointées par certaines études encore limitées. En France, les résultats d'une enquête nationale sur la présence du dit variant sont attendus en milieu de semaine.  

2Qu'en pensent les spécialistes ?

A l'instar de l'exécutif, soignants et épidémiologistes voient dans la fermeture des écoles l'ultime recours. "Si les chiffres allaient croissant cela pourrait justifier des mesures plus dures, ce qui serait vraiment éminemment regrettable par ailleurs", a convenu mardi sur France Inter Alain Fischer, pédiatre, immunologue et président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19 

Selon le "monsieur vaccin" du gouvernement, cette option "a des conséquences assez dramatiques pour les enfants, notamment les enfants fragiles, on l'a vu au printemps dernier. Après, c'est une question d'analyse avantages-inconvénients".

"Si, à un moment donné, il s'avérait que la circulation du virus chez les enfants est telle que ceux-ci deviennent vraiment dangereux, il faudrait s'y résoudre. Mais ce ne serait vraiment pas de gaieté de cœur."

Alain Fischer

sur France Inter

Un avis partagé par des confrères dans Le Parisien : "On dit tous que ce serait une erreur. Il est très important qu'ils continuent leur scolarité", observe ainsi le pédiatre Georges Thiebault. "Pendant le premier confinement, le décrochage scolaire a fortement augmenté, comme les violences familiales, ça ne doit pas se reproduire", abonde Christophe Batard, membre de l'Association française de pédiatrie ambulatoire. 

Reste que selon l'épidémiologiste Antoine Flahault, interrogé dans Le Figaro fin décembre, "les vacances scolaires constituent un frein très puissant sur les maladies à virus respiratoires, et le Covid-19 ne devrait pas faire exception. La question du rôle des écoles dans la transmission mérite encore d'être posée".

3D'autres pays ont-ils pris cette décision ?

Plusieurs pays européens, confrontés à une seconde vague plus difficile, n'ont pas hésité à refermer leurs écoles, pour certains dès la mi-décembre, comme le Danemark, les Pays-Bas et l'Autriche. D'autres n'ont pas rouvert leurs établissements à la rentrée scolaire, comme l'Allemagne, qui a décidé de prolonger et renforcer son confinement partiel jusqu'au 31 janvier.

"Les mesures que nous avons décidées sont drastiques", a admis la chancelière allemande Angela Merkel. Idem en Angleterre, où les écoles ont refermé leurs portes jusqu'à au moins fin février. L'Ecosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord ont également décidé de laisser les enfants à la maison. Alain Fischer souligne que le contexte est différent en Allemagne et au Royaume-Uni et d'aprés lui, "la circulation du virus est plus élevée qu'elle ne l'est en France aujourd'hui". 

L'Hexagone semble en effet encore bénéficier des décisions prises à l'automne, avec la mise en place d'un deuxième confinement plus strict que chez ses voisins européens. Mais si la reprise épidémique actuellement observée s'emballe, les autorités françaises pourraient regarder de près les résultats d'une étude suisse, qui révèle que la décision de fermer les écoles au printemps 2020 a été l'une des mesures les plus efficaces pour réduire la circulation du Sars-CoV-2.

4Ce scénario est-il à l'étude en France ? 

Le gouvernement se prépare à "toutes les hypothèses" mais veut "éviter jusqu'au bout un confinement des écoles", a confié l'un des participants à une réunion, lundi, du comité de liaison parlementaire, où le Premier ministre Jean Castex a fait le point avec les chefs de groupes à l'Assemblée et au Sénat. Lors de sa conférence de presse jeudi dernier, le chef du gouvernement français avait semblé écarter cette hypothèse.

"Il faut vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour envisager la fermeture des écoles."

Jean Castex

en conférence de presse

Un temps évoqué, le prolongement des vacances scolaires de février n'est plus à l'ordre du jour. Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, a en revanche indiqué dimanche que la jauge de 50% imposée dans les lycées serait sûrement prolongée au-delà du 20 janvier. Il a rejeté, pour l'heure, l'idée d'un report des premières épreuves du bac prévues en mars.

5Quelles sont les autres options ? 

La première étape, avant une éventuelle fermeture des écoles, est d'observer si la plus forte contagiosité du variant britannique concerne également les enfants. Pour cela, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué jeudi qu'"une surveillance accrue dans les écoles", comprenant des "opérations de dépistage", devrait être mise en place. Jean-Michel Blanquer avait de son côté annoncé "un million de tests en milieu scolaire" en janvier.

Plusieurs autres pistes ont été évoquées dans les médias, dont la fermeture des cantines, lieu de contact privilégié entre les élèves, qui retirent leur masque au moment du repas. L'hypothèse d'une suppression des activités sportives et des sorties scolaires est également mentionnée par BFMTV et Le FigaroCes scénarios ne sont pas confirmés auprès de franceinfo par le ministère.

Dans Le Parisien, plusieurs acteurs de la communauté éducative jugent toutefois une fermeture des cantines peu réaliste, tant d'un point de vue social que d'un point de vue pratique.

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