Covid-19 : ce que l'on sait des cas de réinfections officiellement identifiés dans le monde

Une vingtaine de réinfections ont été scientifiquement prouvées sur les 37,5 millions de cas positifs diagnostiqués dans le monde. Si ces cas restent peu nombreux, ils soulèvent d'importantes questions. 

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Une chercheuse de l'Institut Pasteur travaille sur des échantillons en laboratoire le 1er octobre 2020, à Lille. (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS / AFP)

La science tâtonne toujours sur le sujet de l'immunité autour du Sars-CoV-2. Mais une nouvelle étude parue lundi 12 octobre vient étayer le fait qu'il est possible d'attraper deux fois le Covid-19. C'est ce qui s'est passé pour un Américain dans le Nevada.

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Selon ces travaux publiés dans la revue médicale The Lancet Infectious Diseases (en anglais), cet homme de 25 ans a contracté deux fois le Covid-19, à un mois et demi d'intervalle, et la deuxième infection était plus sévère que la première. Si ces cas documentés restent peu nombreux, ils soulèvent de nombreuses questions. Voici ce qu'ils nous enseignent à l'heure actuelle. 

Une proportion infime de cas

Le cas de cet Américain de 25 ans, diagnostiqué dans le Nevada, est le cinquième officiellement recensé dans le monde, selon la revue médicale. Le premier avait été annoncé à Hong-Kong le 24 août. Ont suivi trois cas en Belgique, aux Pays-Bas et en Equateur. Mais d'autres cas ont été décrits en Corée du Sud ou en Israël, ce qui donne au maximum moins d'une vingtaine de réinfections scientifiquement prouvées sur 37,5 millions de cas positifs diagnostiqués dans le monde depuis le début de la pandémie.

"Cela ne veut pas dire qu'il n'y en a pas davantage", prévient l'auteur principal de l'étude, le professeur Mark Pandori. D'abord parce que de nombreuses personnes infectées par le Covid-19 n'ont pas de symptômes, ce qui les rend difficiles à repérer. La deuxième infection du patient de Hong-Kong avait d'ailleurs été découverte par hasard, grâce à un test de dépistage à l'aéroport alors qu'il revenait d'Europe.

Ensuite, pour être sûr qu'il s'agit d'une réinfection, il faut faire une analyse génétique des prélèvements réalisés à chacune des deux infections pour vérifier qu'on est bien en présence de deux souches différentes de virus. Ce qui est lourd à mettre en œuvre à grande échelle.

Des réinfections plus ou moins graves

Chez deux patients, la deuxième infection a été plus grave que la première, alors que cela n'était pas le cas pour les trois autres. Pour les scientifiques, le fait que le patient de Hong-Kong n'ait pas développé de symptôme la seconde fois est une bonne nouvelle : c'est le signe que son système immunitaire a appris à se défendre contre le Sars-CoV-2.

A l'inverse, le patient du Nevada a dû être hospitalisé aux urgences et recevoir de l'oxygène lors de sa seconde infection, alors qu'il avait eu des symptômes plus légers la première fois. Il ne présentait aucun désordre immunitaire ni une autre maladie préexistante à son infection au Covid-19. Une analyse génétique a montré que ces deux infections successives avaient été causées par deux souches différentes du virus.

Les auteurs de l'étude sur le patient américain dressent des hypothèses pour expliquer pourquoi la deuxième infection était plus grave. Cela pourrait venir par exemple du fait qu'il "ait été exposé à une dose de virus très importante la seconde fois, qui aurait provoqué une réaction plus aiguë". La seconde infection pourrait aussi avoir été facilitée par la présence d'anticorps due à la première (cela peut être le cas dans d'autres maladies, comme la dengue).

Enfin, des chercheurs néerlandais ont récemment décrit le cas d'une femme de 89 ans décédée après une réinfection. Mais elle souffrait par ailleurs d'un cancer rare et ses défenses immunitaires étaient très basses.

Des enseignements à en tirer...

Ces réinfections relancent la lancinante question qui remonte au début de l'épidémie : quels sont le niveau et la durée de l'immunité contre le Sars-CoV-2 ? Les réinfections recensées ont eu lieu dans un laps de temps relativement court, quatre mois et demi entre la première et la seconde infection pour le patient de Hong-Kong et même 48 jours pour celui du Nevada.

"Les exemples d'autres coronavirus, responsables de banals rhumes mais aussi du Sras et du Mers [épidémies qui ont éclaté en 2002 puis 2012], montrent qu'il n'y a pas d'immunité à vie", a récemment souligné une experte de l'OMS.

"Les gens qui ont été testés positifs au Sars-CoV-2 devraient continuer de prendre des précautions, comme la distanciation physique, le port du masque et le lavage des mains."

Le professeur Mark Pandori

à l'AFP

Par ailleurs, les scientifiques cherchent à comprendre pourquoi certaines personnes peuvent être réinfectées. "Ces cas sont très étudiés pour savoir s'ils n'ont pas un petit facteur différent qui pourrait justifier" leur réinfection, expliquent Frédéric Altare, spécialiste d'immunologie à l'Inserm. Mais quelle que soit leur cause, "les réinfections nous montrent que nous ne pouvons pas nous appuyer sur l'immunité acquise par l'infection naturelle pour atteindre une immunité de groupe", écrit la professeure Akiko Iwasaki, interrogée par The Lancet. Pour elle, "cette stratégie est non seulement mortelle pour de nombreuses personnes mais aussi inefficace".

... notamment pour un futur vaccin

"Le fait que des réinfections soient possibles pourrait vouloir dire qu'un vaccin ne serait pas totalement protecteur. Mais dans la mesure où le nombre de cas est minuscule, cela ne doit pas nous dissuader d'en développer", avance prudemment le professeur Brendan Wren, cité par l'organisme britannique Science Media Centre (SMC).

"Malgré toutes ces inconnues, la vaccination reste notre meilleur moyen de protection contre le Covid-19, même s'il s'avère que les vaccins ne procurent pas une immunité à vie et que des rappels sont nécessaires", souligne pour sa part l'Alliance pour les vaccins (Gavi) sur son site internet.

"Le problème avec les anticorps contre les coronavirus, c'est qu'ils déclinent vite et qu'on peut être réinfecté", déclare de son côté Lia van der Hoek, spécialiste de cette famille de virus à l'université d'Amsterdam. "Il se pourrait donc qu'on ait besoin de répéter la vaccination tout le temps", poursuit-elle, en se risquant à une prédiction : ce coronavirus "restera avec nous jusqu'à la fin de l'humanité".

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