Covid-19 : 40% des morts avaient des "problèmes de poids", l'obésité est une "urgence vitale" estime un collectif d'associations

Le collectif national des associations d'obèses demande à ce que "l'obésité soit reconnue comme une grande cause nationale". 

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Radio France
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Des soignants dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 8 février 2020. (BERTRAND GUAY / AFP)

"Il faut que l’obésité soit reconnue comme une grande cause nationale", comme une "pathologie chronique" a déclaré Anne-Sophie Joly, la présidente du collectif national des associations d’obèses, jeudi 4 mars sur franceinfo. Alors que les hôpitaux font face à l'épidémie de Covid-19, elle insiste sur l'importance de cette question alors que le "47% des gens qui occupent la réanimation" et "40% des décès" sont des personnes "qui ont des problèmes de poids".

franceinfo : L'obésité est une épidémie qualifiée de mondiale par l'OMS, mais ce n’est pas reconnu comme une pathologie en France ?

Anne-Sophie Joly : C'est un peu le souci. C'est effectivement reconnu par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), alors que l'État français prend en charge les soins à pas mal de niveaux. Nous participons à l'écriture de la feuille de route "obésité" au ministère de la Santé. Il y a aussi un plan national "nutrition santé", cadre qui est très ambitieux, sur lequel on a beaucoup d'espérance, et nous allons pousser pour qu'il soit réalisé, mais effectivement, c'est un peu l'incompréhension de ne pas avoir la reconnaissance de l'obésité comme maladie. Cela changerait la perception du grand public sur ce que c'est. Ce n’est pas un problème esthétique, ce n'est pas une volonté, c'est un problème de santé publique nationale et mondiale. Cela permettrait d’avoir de la formation en cursus initial pour les professionnels de santé.

Il faut un plan de lutte contre l'obésité, comme on a un plan de lutte contre le cancer ?

Il faut que l’obésité soit reconnue comme une grande cause nationale, qu'on reconnaisse l'obésité comme étant une pathologie chronique avec la création de la spécialité de médecine, faire enfin de la prévention avec un plan décennal. Le Covid-19 a été un accélérateur. Le Covid tue malheureusement les personnes d'âge mûr, mais aussi les personnes qui ont des problèmes de poids, et ça, on ne pourra pas dire à la prochaine pandémie qu'on n’était pas au courant, ce n’est pas entendable.

Dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche, vous rappelez que les personnes obèses sont les grandes oubliées de la campagne de vaccination ?

C’était compliqué parce qu’on a fait partie des personnes qui étaient à protéger, parce que nous sommes en grande vulnérabilité. Et puis, on a été oublié, mais c’est surtout qu’on n’avait pas de vaccins, pas assez. Cela a été rectifié il y a 10 jours. Les personnes atteintes de surpoids et surtout d'obésité peuvent aller se faire vacciner. Il faut se pencher sur cette question puisque 47% des gens qui occupent la réanimation ont des problèmes de poids et 40% des décès sont des personnes qui ont des problèmes de poids. C'est une urgence vitale. Nous, on ne lâchera rien. Il faut une volonté forte au niveau du président et du Premier ministre.

Il n’y a pas que les pouvoirs publics. Il faut tout revoir dans notre société, notre façon de s'alimenter. L'alimentation elle-même est bourrée de sucres par les industriels et c'est ça souvent qui fait qui fait grossir. Il est temps de prendre le taureau par les cornes ? De sanctionner ?

Il est temps de légiférer. Au niveau européen et international, il n’est pas entendable que sur un produit, par exemple la sauce tomate, il y ait trois tonnes de sucre dedans. Si on en arrive - je fais un très grand raccourci - à dire "fumer tue", est-ce qu'à un moment donné, on va arriver sur des paquets alimentaires à dire "manger tue" ? Ça revient à ça. On a besoin de transparence et on a besoin d'informations, donner des outils à la population pour qu'on soit effectivement en capacité de faire un choix éclairé.

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