Coronavirus : six questions sur le dépistage massif qui va être mis en œuvre en Ile-de-France

"Près de 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d’Ile-de-France vont recevoir des 'bons' de l’Assurance-maladie leur proposant d’aller faire un test virologique", a expliqué le ministre de la Santé, Olivier Véran, jeudi 25 juin.

Une infirmière effectue un test de dépistage du Covid-19 à Sedan (Ardennes), dans la région Grand Est, le 18 mai 2020.
Une infirmière effectue un test de dépistage du Covid-19 à Sedan (Ardennes), dans la région Grand Est, le 18 mai 2020. (VIKTOR POISSON / HANS LUCAS / AFP)

"Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez. Testez tous les cas suspects." La consigne lancée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le 16 mars pour juguler la pandémie de coronavirus va-t-elle enfin être appliquée ? Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a en effet annoncé au Monde, jeudi 25 juin, qu'"une campagne" de dépistage "de grande ampleur" allait être lancée en Ile-de-France. Un choix qui ne doit rien au hasard : il s'agit, avec le Grand Est, de la région la plus touchée dans l'Hexagone. Retour en six questions sur cette opération annoncée comme massive.

1De quoi s'agit-il ?

"Près de 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d'Ile-de-France vont recevoir des 'bons' de l'Assurance-maladie leur proposant d'aller faire un test virologique dans n'importe quel laboratoire public ou privé, même s'ils n'ont pas de symptômes", a détaillé Olivier Véran dans Le Monde. Réalisés avec des écouvillons, les tests virologiques permettent de déterminer si une personne est porteuse du virus au moment du test grâce à un prélèvement par voie nasale ou salivaire.

2Comment cela va-t-il se passer ?

Cette opération menée dans la région parisienne s'organisera de deux façons, explique la Direction générale de la santé à franceinfo. D'une part, il s'agit de multiplier les "opérations de dépistage de proximité", qui se pratiquent déjà et "ont montré leur intérêt et leur succès dans la population". D'autre part, le ministère de la Santé va "expérimenter l'envoi de bons de prescription par l'Assurance maladie pour des personnes vivant dans des zones où circule le virus, ou à proximité de cas groupés".

3Quel est le but de cette opération ?

"L'objectif, a expliqué le ministre au Monde, est d'identifier les éventuels clusters [foyers épidémiques] dormants, c'est-à-dire des foyers invisibles de personnes asymptomatiques. Il s'agit également de regarder s'il y a des différences entre les territoires sur la circulation et l'impact du virus." Les autorités sanitaires ont effet constaté la présence de "clusters sans dissémination communautaire, c'est-à-dire limités à quelques milieux professionnels, et nous voulons regarder l'impact autour", a précisé Olivier Véran sur Europe 1, vendredi 26 juin.

Pourquoi est-il important de dépister les personnes sans symptômes ? "Si vous voulez avoir un impact sur les chaînes de contamination, vous devez aussi attraper les gens asymptomatiques", explique à France 3 le médecin épidémiologiste Martin Blachier.

"Même s'ils [les gens sans symptômes] transmettent un peu moins [le virus] que les cas symptomatiques, si vous voulez contrôler la situation, vous devez avoir une idée de ce qui se passe partout. Pas uniquement quand il y a un voyant qui s'allume et que les gens sont malades", poursuit-il. Les personnes asymptomatiques risquent en effet de transmettre la maladie sans le savoir, d'où l'intérêt de les tester et de prendre ensuite, le cas échéant, les mesures qui s'imposent.

4Est-ce une stratégie nouvelle ?

Oui, bien que le ministre s'en défende. "Au ministère de la Santé, on ne parle pas de changement de stratégie, mais de nouvelle étape dans le dépistage", explique  France 3 dans la vidéo ci-dessus.

Mais il s'agit bien d'un changement, poursuit la chaîne. "Désormais, on va traquer les asymptomatiques, ceux qui ont le virus sans le savoir et qui peuvent donc contaminer d'autres personnes. Cette campagne est menée en Ile-de-France puis éventuellement dans d'autres régions. Une nouveauté, puisque jusqu'ici, les tests étaient réservés aux personnes présentant des symptômes et aux cas contacts."

5Quels territoires sont concernés ?

Comment seront déterminées les communes testées en priorité ? A priori, une trentaine de villes sont concernées. "Elles ont été choisies en fonction de leur proximité avec des foyers de cas identifiés, où l'on sait qu'il y a un fort réservoir viral", répond la Direction générale de la santé, interrogée par franceinfo. Avant de compléter : "Nous avons déjà lancé cette stratégie autour de cinq zones de cas groupés, notamment en Ile-de-France, dans le Val-d'Oise."

L'agence régionale de santé n'a pas encore communiqué la liste des trente communes en question. Selon les informations du Parisien, Paris n'en fait pas partie. Une dizaine de villes testées seraient situées en Seine-Saint-Denis, et quatre autres se trouveraient en Essonne : Corbeil-Essonnes, Les Ulis, Etampes et Athis-Mons.

6Comment les élus réagissent-ils ?

Les élus locaux estiment qu'il s'agit d'une "bonne mesure", tout en soulignant qu'ils la réclamaient depuis longtemps. Rappelant que la Seine-Saint-Denis est considérée comme un désert médical, le président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, déclare à franceinfo qu'il "réclamait déjà depuis de nombreuses semaines un dépistage massif et simplifié, notamment sans l'obstacle que peut représenter pour certaines populations la prescription, l'ordonnance. Si elle est levée et si l'accès aux tests est facilité, ça va dans le bon sens."

"J'étais parmi les premiers à souhaiter des tests au milieu de la crise", renchérit le président Les Républicains du département de l'Essonne, François Durovray, joint par franceinfo. Il estime que seront testées en priorité, dans son département, "les villes où il y a le plus de densité et une population qui n'a pas totalement l'habitude de fréquenter le service public de santé." Selon lui, "il y aura des dépistages dans des lieux publics au sein desquels la population pourra se faire dépister librement."

"Les tests annoncés contribuent à rassurer la population", estime aussi Françoise Marhuenda, maire sans étiquette des Ulis (ville qui serait concernée), même si elle n'est "pas vraiment au courant" de ce qui pourrait se passer dans sa commune.