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Coronavirus : "Si on demande l'aide de l'État, il est légitime" de "se priver cette année de dividendes", estime un spécialiste

Toutefois, Loïc Dessaint du cabinet Proxinvest pense que la majorité des entreprises du CAC 40 n'auront "pas besoin" de ces garanties bancaires de l'État. 

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Radio France
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L'attribution de dividendes se décide au cours d'assemblées générales (photo d'illustration). (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Si on demande l'aide de l'État, il est légitime, même pour des actionnaires de long terme, de se priver cette année de dividendes", estime le directeur général du cabinet de conseil Proxinvest Loïc Dessaint samedi 28 mars sur franceinfo, alors que le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé vendredi une "interdiction" de verser des dividendes pour les entreprises aidées par l'État à traverser la crise économique provoquée par l'épidémie de coronavirus.

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franceinfo : Quelques entreprises sont assez solides pour pouvoir verser des dividendes, malgré la crise économique qui s'annonce ?

Loïc Dessaint : Je pense que dans le CAC 40, il y a au moins la majorité qui n'ont pas besoin de ces garanties bancaires de l'État. On voit bien que les secteurs qui sont principalement touchés, affaiblis, sont les secteurs de l'énergie, de l'aérien, le secteur bancaire risque de souffrir parce qu'il a besoin de capital aussi, le secteur éventuellement de la distribution de textile, non alimentaire. Il y a certains secteurs particulièrement touchés, pour eux effectivement, la question se pose. Pour d'autres, il faut prendre le temps de réfléchir, peut-être reporter l'assemblée générale et la décision en juin sur les dividendes, peut-être qu'elles n'auront pas besoin de la garantie de l'État. Donc, en fait, il y a vraiment ces deux catégories de sociétés qui vont se dessiner, celles qui sont gérées de façon privée, sans intervention étatique, et qui n'en n'ont pas besoin, et celles qui vont un peu plus mal, et là, honnêtement, si on demande l'aide de l'État, il est légitime, même pour des actionnaires qui sont responsables de long terme, de se priver cette année de dividendes et de voir dans le futur si les affaires vont mieux.

Avant l'annonce du ministre de l'Économie et des Finances, la BNP Paribas avait annoncé maintenir les dividendes. Pensez-vous que cette décision peut encore changer ?

Il y a une recommandation de la Banque centrale européenne qui incite désormais à suspendre les dividendes et les rachats d'actions jusqu'au 1er octobre dans les banques afin de garantir leur solvabilité et leur capacité à financer l'économie. C'est vrai que les résultats 2019 sont parfois très bons dans des entreprises, donc ça peut sembler légitime de verser des dividendes lorsque l'exercice était très bon. Mais l'environnement actuel ces dernières semaines a tellement bougé que finalement, il vaut mieux ne pas se précipiter. Et je comprends aussi que la BCE demande aux banques effectivement de faire un effort de prudence cette année.

BNP Paribas est la plus grande banque européenne, donc se considère très solide. Est-ce que c'est vraiment prudent ? Je pense qu'elle pourrait peut-être réduire au moins son dividende pour préserver le capital, parce que les créances douteuses risquent d'être quand même assez élevées cette année. 

Loïc Dessaint, directeur général du cabinet de conseil Proxinvest

à franceinfo

Est-il possible de contourner le dispositif de l'État en rémunérant les actionnaires par d'autres biais ?

C'est difficile. Il y a un moyen assez facile mais qui est un peu un dividende papier, qu'on appelle le dividende en actions. On crée des actions mais il n'y a pas de sortie de trésorerie de la part des entreprises, donc ça permet éventuellement de maintenir un dividende, au moins sur le plan artificiel, mais de ne pas sortir de trésorerie, donc ça c'est plutôt un instrument assez intéressant. Il faut y réfléchir. Sinon, effectivement, non, il y a peu de moyens de contourner le paiement des dividendes. Le gouvernement aussi semble s'intéresser aux rachats d'actions qui sont une façon pour les entreprises de verser de la trésorerie à des actionnaires qui auraient envie de vendre. Donc je pense que ça sera bien encadré. En conséquence, non, il y aura relativement peu de moyens de contourner ça.

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