Coronavirus : "Rien ne marche, les espaces numériques sont saturés", témoigne un enseignant

"Le site plante complètement, on n'est plus en contact ni avec nos élèves, ni avec nos collègues", confie ce professeur de maths du Tarn. L'Education nationale promet une résolution rapide des pannes. L'enseignement à distance est la norme depuis lundi, pour limiter la progression du coronavirus.

Un élève travaille via un smartphone (illustration).
Un élève travaille via un smartphone (illustration). (THIERRY GACHON / MAXPPP)

"Rien ne marche, les espaces numériques de travail sont saturés", témoigne sur franceinfo lundi 16 mars Christophe Fradiani, professeur de maths dans un lycée de Gaillac (Tarn). Dans une vidéo postée dimanche, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer avait pourtant assuré que malgré "cette situation totalement inédite, tous les élèves pourraient travailler". Douze millions d'élèves sont concernés par la fermetures des écoles, collèges ou encore lycées depuis lundi matin, en pleine crise de coronavirus Covid-19. Les espaces numériques de travail (ENT) sont les outils habituellement utilisés dans l'Education pour communiquer et travailler à distance.

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"Le site plante complètement, on n'est plus en contact ni avec nos élèves, ni avec nos collègues ni avec nos directions", explique le professeur. "Dans mon lycée, pour les élèves de Terminale, ce qui était prévu cette semaine, c'était un bac blanc, donc on leur a envoyé les sujets ce matin pour qu'ils le fassent chez eux, mais ils ne les ont jamais reçus, donc là ils sont désœuvrées."

Même constat pour Sophie Vénétitay, professeur de SES dans l’Essonne et secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, syndicat national des enseignants du second degré : "Hier soir, il m’a fallu 1h30 pour me connecter à mon environnement numérique de travail et envoyer un message, témoigne-t-elle. Et ce matin, impossible de me connecter et de savoir si mes élèves ont bien reçu mes informations. J’ai également voulu tester la classe virtuelle et ça m’a été impossible puisque l’on m’a indiqué que le service était en maintenance."

Edouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire, reconnaît sur franceinfo "une certaine forme de saturation" des espaces numériques de travail et promet une résolution "rapide" des problèmes de connexion.

"Cela fait plusieurs semaines qu'on nous annonce l'enseignement à distance"

"Les collègues enseignants ne vivent pas très bien la situation", déplore Sophie Vénétitay. "Cela fait plusieurs semaines qu'on nous annonce l'enseignement à distance à grands renforts de discours extrêmement optimistes."

Christophe Fradiani rappelle que les enseignants "ont l'habitude d'avoir des soucis techniques avec les ENT, même si ça fait longtemps qu'on travaille avec, on sait que ce ne sont pas des outils infaillibles."

On avait été très surpris d'entendre notre ministre dire que tout était prêt que tout allait bien se passer. Sa parole a été démentie dès le premier jour de confinement.Christophe Fradiani, professeur de mathsà franceinfo

"Il y a des possibilités d'arrangements techniques"

Dans un communiqué, le ministère de l'Éducation répond ceci : "Il est normal que des phénomènes de saturation et des difficultés de connexion surviennent en ce premier jour de mise en place de continuité pédagogique. En ce qui concerne les ENT, des permanences existent dans les établissements et les recherches de solutions se font au niveau local".

Des microcoupures de quelques minutes peuvent se produire, elles sont dues à des opérations de maintenance permettant le fonctionnement optimal du service.Communiqué du ministère de l'Education nationale

 

"Le ministre de l'Éducation avait pourtant affirmé qu’on pouvait avoir un système supportant plus de sept millions de connexions simultanées. Il y a des possibilités d'arrangements techniques, comme enlever certaines modalités de l’environnement numérique de travail pour soulager les serveurs. Il est regrettable que cela n'ait pas été fait en temps et en heure", regrette Sophie Vénétitay, qui espère que "les choses vont très rapidement rentrer dans l'ordre".

"L'Outil du CNED 'Ma classe à la maison' est lui accessible"

"On est en train de faire ce qu’il faut", assure Etienne Geffray, le directeur général de l'Education nationale. "L’outil du Cned 'Ma classe à la maison' est lui accessible. Le dimensionnement des tuyaux est le bon, il est largement supérieur au nombre d’inscrits actuellement." Sauf que bon nombre de parents n’ont pas encore à disposition les codes qui permettent d’avoir accès à ces cours à distance. "Les adresses URL de l’outil du Cned sont diffusées par les directeurs d'école et les chefs d’établissement, répond le directeur général de l’enseignement scolaire. Elles ont également été mises en ligne sur le site de l'Education nationale. Pour s’y connecter, les parents doivent utiliser une adresse mail pour pouvoir ensuite créer une session. Tout ça est disponible."