Coronavirus : pourquoi sommes-nous loin des 700 000 tests par semaine promis par le gouvernement ?

Le ministère de la Santé avait annoncé vouloir effectuer au moins 700 000 tests virologiques de dépistage du Covid-19 par semaine dès le 11 mai. Pourtant, les chiffres officiels en sont encore loin. Il y a plusieurs raisons à cela. 

Un test virologique est effectué sur un homme , le 13 mai 2020 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).
Un test virologique est effectué sur un homme , le 13 mai 2020 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). (ALAIN JOCARD / AFP)

À l’annonce du déconfinement, le gouvernement avait annoncé vouloir mettre en place une stratégie de dépistage du Covid-19 massive. Le 28 avril, devant l’Assemblée nationale, Edouard Philippe voulait effectuer "au moins 700 000 tests virologiques par semaine" dès le 11 mai. Pourtant, les chiffres annoncés par Santé publique France sont loin de l’objectif du Premier ministre : 216 891 tests RT-PCR, détectant la présence du virus dans l’organisme, ont été réalisés du 18 au 24 mai. Pourquoi il y a un tel écart entre l’objectif du gouvernement et la réalité ? La Cellule Vrai du Faux vous explique.

Parce que c’est un chiffre basé sur une estimation aujourd’hui erronée

Devant l’Assemblée nationale, Edouard Philippe a expliqué vouloir atteindre les 700 000 tests par semaine pour correspondre au modèle épidémiologique du Conseil scientifique du 20 avril. Ce dernier prévoyait entre 1 000 et 3 000 nouveaux cas de Covid-19 par jour à compter du 11 mai. En suivant la stratégie du gouvernement qui est de tester systématiquement chaque personne symptomatique ainsi que son entourage, chaque nouveau cas de coronavirus engendrerait ainsi 20 à 25 tests selon le Premier ministre. Par semaine, cela correspondait à 525 000 tests, auxquels le gouvernement avait prévu une marge de 175 000 tests pour les campagnes de dépistage.

Trois semaines après le début du déconfinement, on observe que la situation est différente. Entre le 18 et le 24 mai, Santé publique France a répertorié 4 119 cas confirmés. En une semaine, cela représente un peu plus de l’estimation quotidienne sur laquelle s’était appuyé Edouard Philippe. Dans ces conditions, il est normal d’effectuer moins de tests puisque la population semble moins touchée que prévue. Au final 1,9% des dépistages se sont avérés positifs cette semaine-là.

Parce que les données officielles ont mis du temps à rassembler l’intégralité des dépistages

Dès la première semaine de déconfinement, le nombre de tests réalisés en France était bien inférieur aux 700 000 dépistages annoncés par Edouard Philippe. Cette différence s’explique par le manque d’exhaustivité du système de récupération des données de dépistage mis en place jusqu’au 18 mai. Les chiffres officiels étaient incomplets puisque Santé publique France ne recensait que les tests en laboratoires de biologie médicale du "réseau 3 labo" (Cerba, Eurofins-Biomnis et Inovie), soit 1 924 laboratoires de ville et 187 établissements de santé. Le Premier ministre était donc en incapacité de connaître le nombre exact de tests réalisés en France.

Le ministre de la Santé Olivier Véran avait lui-même prévenu des difficultés pour compter précisément le nombre de tests réalisés sur le territoire. Le 30 avril sur LCI, il avait annoncé arriver à un chiffre de 280 000 tests par semaine après avoir appelé toutes les Agences régionales de santé (ARS). Néanmoins, Santé publique France a développé depuis un nouveau système d’information de dépistage : le SI-DEP. Au 27 mai, la quasi-totalité des laboratoires en France avaient transmis leurs résultats, soit plus de 4 700 sites de prélèvements. Plus de 210 000 tests RT-PCR ont été effectués en une semaine. Quant aux tests sérologiques, effectués avec une prise de sang, ils sont beaucoup moins systématiques que les virologiques. De surcroît, ils ne sont pas comptabilisés par le SI-DEP.

Parce qu’il y a des difficultés logistiques

L'émission Envoyé spécial a révélé, le 14 mai, que les réactifs pour les tests RT-PCR n’étaient pas produits en assez grande quantité en France. Quant aux producteurs étrangers, ils réservent leur production à leur propre pays. Ce ne serait pas le seul obstacle matériel en France. Xavier Palette, président du Syndicat national des biologistes des hôpitaux (SNBH) avait expliqué à franceinfo, dès le 11 mai, que "c’est impossible d’arriver à 700 000 tests en une semaine. Il manque des surblouses, des kits de prélèvement, du personnel…" La France aurait donc eu de grandes difficultés logistiques à atteindre le chiffre annoncé par Edouard Philippe.

Bien que la France ne réalise pas 700 000 tests par semaine, le nouveau système d’information sur le dépistage permet tout de même d’avoir une estimation précise de l’évolution de l’épidémie, afin d’identifier les zones à risque. Le taux de positivité au Covid-19 ne dépasse pas les 5% en France métropolitaine, mais il s’élève à 14% en Guyane par exemple. La Vienne, les Côtes d’Armor et la Meuse sont quant à elles surveillées de près suite à l’apparition de nouveaux clusters.