Coronavirus : pourquoi la perte de l'odorat peut être un signe de contamination

Les médecins ont observé ces derniers jours "une recrudescence des cas d'anosmie" temporaire, a indiqué, vendredi 20 mars, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon.

Deux personnes marchent dans la rue avec un masque à Paris, le 20 mars 2020.
Deux personnes marchent dans la rue avec un masque à Paris, le 20 mars 2020. (HUGO PASSARELLO LUNA / HANS LUCAS)

Vous ne sentez pas les effluves du délicieux chocolat fondu que vous mitonnez pour oublier les affres du confinement ? Vous vous demandez si le coronavirus est en cause ? L'hypothèse est à envisager. Le numéro deux du ministère de la Santé, Jérôme Salomon, a ainsi évoqué, vendredi 20 mars, lors de son point quotidien sur l'épidémie, une recrudescence des cas "d'anosmie" (le nom savant de la perte d'odorat) et parfois "d'agueusie" (disparition du goût).

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Le phénomène a été relevé ces derniers jours par les médecins spécialistes des affections du nez et de la gorge. Cette anosmie sans nez bouché, décrite par plusieurs personnes atteintes du Covid-19, peut survenir de façon isolée ou avec d'autres symptômes liés au virus.

Un lien "évident" avec le virus

La société française des ORL a lancé une alerte vendredi sur la recrudescence de ces cas, partagée par des médecins sur les réseaux sociaux. "Plusieurs ORL et infectiologues français ont récemment constaté la survenue d’anosmies brutales, souvent associées à une agueusie mais sans obstruction nasale, chez des patients suspects ou confirmés Covid-19", observe l'institution.

Les indices se multiplient, note aussi sur Twitter cette journaliste qui travaille pour l'Inserm. Elle relaie un article du New York Times (en anglais) affirmant que des médecins préconisent l'isolement des personnes atteintes de ce symptôme, même s'il n'y en a pas d'autres. 

Pour Jean-Michel Klein, président du Conseil national professionnel des ORL, qui exerce à Paris, "il y a un lien évident" entre l'anosmie et le virus. "Tous les Covid-positifs ne sont pas des anosmiques, mais tous les anosmiques isolés sans cause locale, sans inflammation, sont Covid-positifs", indique-t-il à l'AFP.

Des patients plutôt jeunes

Que sait-on de ce symptôme particulier ? Selon les premiers cas remontés par le réseau professionnel des ORL, il touche des patients plutôt jeunes, entre 23 et 45 ans. Beaucoup de professionnels de la santé seraient également concernés par ce phénomène, dont font état plusieurs journaux à l'étranger (Allemagne, Etats-Unis...).

"Le 17 mars, relève ce blog médical publié dans Le Monde, c’est au tour du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung de donner la parole à un virologue indiquant que de nombreux patients maintenus en quarantaine présentent ce nouveau symptôme. Presque toutes les personnes infectées que nous avons interrogées, et cela s’applique facilement aux deux tiers, décrivent une perte d’odorat et de goût qui a duré plusieurs jours", déclare Hendrik Streeck, directeur de l’Institut de virologie de l’hôpital universitaire de Bonn.

"L'automédication" est déconseillée

Que faut-il faire si vous êtes atteint ? En cas de perte d'odorat, "il faut appeler son médecin traitant et éviter toute automédication sans avis spécialisé", a souligné, vendredi dernier, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon.

Sur son site destiné aux professionnels, la société française des ORL est plus radicale. Elle conseille "aux personnes présentant de tels symptômes [perte d'odorat, de goût] de rester confinées chez elles et de surveiller l’apparition d’autres symptômes évocateurs du Covid-19 (fièvre, toux, dyspnée)". Quant aux médecins, elle leur demande "de ne pas prescrire de corticoïdes par voie générale ou locale devant tout tableau clinique comportant une anosmie ou une dysgueusie aiguës".

Elle ajoute : "Dans l’état actuel des connaissances, on ne sait pas si les lavages de nez sont à risque de dissémination virale le long des voies aériennes. Il est donc recommandé de ne pas en prescrire dans ce contexte, ce d’autant que ces anosmies/dysgueusies ne sont pas habituellement accompagnées d’une obstruction nasale invalidante". Enfin, une note rassurante pour finir : "Selon les données préliminaires dont nous disposons, l’évolution naturelle des anosmies aiguës liées au Covid-19 semble souvent favorable". Autrement dit, au bout de quelques jours, les patients retrouvent leur odorat.

Cité par l'AFP, Jean-Michel Klein émet les mêmes recommandations. Le médecin estime également qu'il ne faut pas administrer de corticothérapie, "qui baisserait les défenses immunitaires", ou un lavage de nez qui risquerait "d'envoyer le virus de la muqueuse nasale dans les poumons". "Les personnes qui ressentent une anosmie doivent se confiner par précaution, et porter un masque, même au niveau familial".

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