Coronavirus: "On peut douter de l'efficacité" de l'application StopCovid, juge un avocat spécialiste des nouvelles technologies

"Les applications numériques ne sont pas une baguette magique", a rappelé sur franceinfo l'avocat Constantin Pavléas, alors que le Parlement vote mercredi pour ou contre StopCovid, une application pour smartphone censée aider à lutter contre l'épidémie de coronavirus.

Un aperçu de l\'application StopCovid, le 27 mai 2020.
Un aperçu de l'application StopCovid, le 27 mai 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le Parlement se prononce mercredi 27 mai sur l'application gouvernementale StopCovid pour tenter d'enrayer l'épidémie de coronavirus. StopCovid doit permettre à ses utilisateurs d'être alertés s'ils ont croisé une personne contaminée par le Covid-19, à moins d'un mètre, pendant au moins 15 minutes.

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"On peut douter de l'efficacité de cet outil", a déclaré sur franceinfo Constantin Pavléas, avocat spécialiste des nouvelles technologies. Selon lui, l'application n'a pas fait ses preuves dans les autres pays où elle a été mise en place. En revanche, il ne croit pas que cette application soit liberticide, comme certains le pensent, mais il redoute que cela soit la porte ouverte à l'arrivée d'autres applications qui risqueraient, elles, d'être dangereuses pour les libertés. "On aura franchi un seuil qu'on n'a pas encore franchi, qui est celui du traçage numérique des personnes", a-t-il prévenu.

franceinfo : Vous estimez que cette application ne servira à rien ?

Constantin Pavléas : Oui, malheureusement on peut douter de l'efficacité de cet outil qui a déjà été déployé dans d'autres pays, comme l'Autriche, l'Islande, l'Australie. Dans ces pays-là, on nous dit que ça ne sert que très marginalement. En Australie, on avait dénombré au 25 mai un seul cas contact avec cette application, malgré six millions de téléchargements.

Pour que l'application StopCovid soit efficace, il faudrait que tout le monde la télécharge et que tout le monde soit dépisté ?

Pour qu'on soit efficaces, il faudrait qu'on ait un dépistage massif de la population. Les applications numériques ne sont pas une baguette magique.

L'efficacité de l'outil est discutable. Je ne dirais pas qu'elle est liberticide.Constantin Pavléasà franceinfo

La CNIL [Commission nationale de l'informartique et des libertés] a rendu deux avis favorables, donc il y a beaucoup de précautions qui sont prises. Il faut être volontaire pour l'installer, pour l'utiliser, pour envoyer l'information à l'application si on est contaminé, pour envoyer les cas contacts. Donc si en plus une partie de la population est récalcitrante pour l'installer, si ce n'est pas interopérable avec les autres pays européens, et si dans les autres pays où cela a été utilisé, on nous dit que ce n'est pas efficace, on peut se demander pourquoi on le fait.

Vous redoutez qu'un cap soit franchi avec l'arrivée de cette application ?

Avec cette application, on aura franchi un seuil qu'on n'a pas encore franchi, qui est celui du traçage numérique des personnes. Donc on va vers une inefficacité annoncée, pour se poser ensuite la question de l'après ? Qu'est-ce qu'il y aura après ? Est-ce qu'on va revenir en arrière, ou est-ce que de manière plus probable, les GAFAM comme Apple ou Google, qui se sont engouffrés dans cette opportunité, arriveront avec des applications natives, plus faciles d'utilisation, qui permettront au Bluetooth de fonctionner en filigrane en permanence ?