Coronavirus : "nous n'avons aucune marge de manœuvre" déplore l’Association des médecins urgentistes de France

"Si la situation perdure, il est clair que l'on sera dans une situation de crise", a déclaré sur franceinfo Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France. "On n'inventera pas les infirmières qui n'existent pas pour ouvrir des lits", a-t-il expliqué.

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Radio France
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Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), lors d'une conférence de presse le 12 septembre 2019 à Paris. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

Emmanuel Macron s'est rendu ce jeudi matin à l'hôpital de La-Pitié-Salpêtrière, où un patient est décédé du coronavirus dans la nuit de mardi à mercredi. Le président a été interpellé par le docteur François Salachas, neurologue, qui lui a demandé plus de moyens. "Nous allons faire le maximum pour gérer la crise, mais nous n'avons aucune marge de manœuvre", a expliqué jeudi 27 février sur franceinfo Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF).

Etait-ce le bon moment pour interpeller Emmanuel Macron ?

Christophe Prudhomme : Oui, tout à fait. Aujourd'hui, l'hôpital est sous tension. Nous allons faire le maximum pour gérer la crise, mais nous n'avons aucune marge de manœuvre. C'est ce que nous disons depuis plusieurs mois. Les moyens supplémentaires qui vont être mobilisés ce sont des heures supplémentaires de personnels qui ont déjà fait beaucoup d'heures supplémentaires ces derniers mois. Donc, si la situation perdure, il est clair que l'on sera dans une situation de crise, voire dans le cadre d'une catastrophe, c'est-à-dire une inadéquation de moyens par rapport à l'ampleur de la situation. On n'inventera pas les infirmières qui n'existent pas pour ouvrir des lits. L'interpellation est tout à fait justifiée puisque le président de la République se déplace pour examiner la situation et soutenir les personnels.

Comment allez-vous mobiliser des moyens supplémentaires s'ils n'existent pas ?

On va mobiliser les moyens existants, mais on préfère alerter aujourd'hui pour qu'on ne soit pas de nouveau dans une situation difficile l'été prochain ou l'hiver prochain. Le ministre de la Santé, actuel, est celui que nous avons rencontré avec les collectifs, avec les syndicats au moment du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale et qui n'a pas répondu à nos attentes, ce qui crée le mouvement de révolte aujourd'hui dans l'hôpital. Donc, c'était l'occasion d'interpeller le président de la République. Quand vous n'êtes pas entendu, vous répétez les choses et vous profitez des occasions pour répéter les choses. Une des particularités de ce gouvernement c'est l'absence totale de dialogue social et d'écoute des professionnels de terrain.

Il n'y a pas de réserve de personnel ?

Non. Si on mobilise des moyens sur le coronavirus, c'est au détriment des autres activités de l'hôpital. Il faut être clair. Nous avons un problème d'afflux d'appels au Samu centre 15 parce que le numéro vert qui a été mis en place par le ministère n'est pas ouvert 24h/24.

Le ministre de la Santé a dit que 138 établissements étaient prêts à accueillir des malades. Est-ce suffisant ?

Pour l'instant c'est suffisant, mais tout dépend de l'évolution et de l'ampleur de l'épidémie. On s'adapte au fil de l'eau. Les procédures de prise en charge des patients ont évoluées par rapport à il y a quelques semaines. Aujourd'hui, les patients qui sont en bonne santé ne sont pas hospitalisés. On se donne les moyens pour les tester en les conservant au domicile et on hospitalise uniquement ceux qui présentent des signes de gravité.

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