Coronavirus : les autorités locales chinoises ont "tardé" à réagir, à cause de "l'irresponsabilité et la peur des cadres locaux", estime un spécialiste de la Chine

François Godement, historien et spécialiste de la Chine estime sur franceinfo samedi que si la réaction des autorités chinoises a tardé, la Chine n'en reste pas moins l'un des seuls pays à pouvoir assurer la mise en quarantaine effective de plusieurs millions de personnes.

Le personnel médical vérifie la température corporelle des passagers arrivés dans une gare de la ville de Yingtan dans la province du Jiangxi (centre de la Chine) mercredi 22 janvier 2020.
Le personnel médical vérifie la température corporelle des passagers arrivés dans une gare de la ville de Yingtan dans la province du Jiangxi (centre de la Chine) mercredi 22 janvier 2020. (HU GUOLIN / MAXPPP)

François Godement, historien, spécialiste de la Chine, conseiller "Asie" à l’Institut Montaigne, juge sur franceinfo samedi 25 janvier que les "autorités locales ont tardé" à réagir après l'apparition du coronavirus à Wuhan, à cause de "l'irresponsabilité et la peur des cadres locaux". Mais il note toutefois que la Chine est l'un des seuls pays à pouvoir assurer "une mise en quarantaine de dizaines de millions de personnes de façon effective" et à identifier de potentielles personnes infectées grâce à "son appareil de surveillance et son appareil informatique".

franceinfo : Comment jugez-vous en général la gestion de cette crise par les autorités chinoises ?

François Godement : La tendance à ne pas affoler les gens a prédominé. Le point de comparaison que l'on a, c'est le Sras en 2003 : on voit, comme en 2003, que les autorités locales ont tardé. En gros d'un mois et quelques jours, de début décembre au 18-20 janvier. C'est déjà trop, et cela veut dire que la maladie s'est répandue au-delà de la ville et de la province où elle avait pris naissance. Aujourd'hui, il y a 21 provinces ou municipalités spéciales qui sont en état d'alerte maximale. Ce qui veut dire que l'on a déjà identifié entre 10 et 100 cas [dans chacune]. Et donc que le blocus de Wuhan et des environs et des villes environnantes ne suffit plus. Voilà la première constatation. La deuxième, c'est que les autorités ont complétement changé d'avis le 20 janvier et sont devenues extrêmement franches sur le plan national. Brutales même, sur les précautions à prendre. Elles ne cachent plus actuellement ce qui se passe.

On peut espérer qu'il y ait enfin une vraie transparence dans ce qui est transmis au grand public ?

La population chinoise, en pleine période du Nouvel An, a viré d'un bord à l'autre : dans les grandes villes, les gens restent chez eux, beaucoup de voyages ont été annulés. Mais pas tous, car hélas, le tournant s'est produit en pleine période de migrations. L'un des problèmes est que les gens se sont précipités vers des institutions hospitalières pour se faire diagnostiquer. Or, en saturant les centres hospitaliers, on crée les conditions d'une propagation de la maladie. Il serait important qu'en dehors de l'épicentre, on donne des consignes analogues à celles que la ministre de la Santé [en France] vient de donner, c'est à dire rester dans un endroit isolé en cas de soupçon.

Quelles sont les conséquences économiques et diplomatiques de ce virus ?

Ses conséquences économiques, sociales, humaines, seront importantes. Si l'on porte un jugement sur le système chinois dans son ensemble, nous avons d'un côté, effectivement, l'irresponsabilité et la peur des cadres locaux, qui font qu'ils déclarent trop tard des événements. De l'autre côté, notons que ce pays a les moyens de procéder à une mise en quarantaine de dizaines de millions de personnes de façon effective, avec des cordons militaires et policiers. Et la Chine est train, grâce à son appareil de surveillance, à son appareil informatique, de retracer les mouvements des gens qui sont partis du Hubei [la province foyer de l'épidémie] dans les jours précédents pour les identifier par leur téléphone, par leurs dépenses, par tous les moyens dans les localités où ils sont, pour ainsi pouvoir les faire examiner. Il faut regarder les choses de façon équilibrée : la priorité n'est pas d'émettre un jugement politique, mais de contenir l'épidémie. Et de ce point de vue-là, la coopération internationale de la Chine est indispensable.