Coronavirus : le port du masque va-t-il être généralisé en entreprise ?

Alors que le taux de contamination augmente en France, selon les derniers indicateurs, le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé qu'une réflexion était engagée pour "voir comment on peut au maximum généraliser sur le lieu de travail le port du masque".

Un travailleur masqué met des poissons dans des bacs à glace, à Guilvinec (Finistère), le 3 juin 2020.
Un travailleur masqué met des poissons dans des bacs à glace, à Guilvinec (Finistère), le 3 juin 2020. (FRED TANNEAU / AFP)

Pendant l'été, l'épidémie de coronavirus reste présente. Certains indicateurs passent même désormais à l'orange, voire au rouge, avec le seuil de vigilance franchi dans 35 départements selon les derniers chiffres de Santé publique France. Dès lors, es autorités n'entendent pas assouplir les règles de sécurité sanitaire, notamment en matière de respect des gestes barrières.

Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces fréquentés de nombreuses villes. Il est aussi envisagé de généraliser son usage dans les entreprises. En visite dans l'Hérault, mardi 11 août, le Premier ministre, Jean Castex, a ainsi prévenu qu'il faudrait voir, à la rentrée, "comment on peut au maximum généraliser sur le lieu de travail le port du masque".

De son côté, Eric Caumes, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Pitié Salpêtrière, a réclamé, jeudi 13 août, que le masque soit rendu "obligatoire dans tous les lieux clos, dont les entreprises privées". Et pour cause : "49% des clusters sont enregistrés en milieu professionnel", a indiqué jeudi la direction générale de la santé. Le masque sera-t-il obligatoire au travail en septembre ? Franceinfo vous donne quelques éléments de réponse.

Quelle est la règle actuelle sur les lieux de travail ?

Mis à jour le 3 août, le protocole national de déconfinement pour les entreprises a assoupli certaines règles en vigueur pendant le confinement. Le port du masque n'est obligatoire sur le lieu de travail que si une distanciation physique d'un mètre entre salariés ne peut pas être respectée.

De façon générale, les employeurs sont tenus d'évaluer les risques de contamination et de prendre les mesures adéquates pour protéger leurs salariés, prévient en substance le ministère du Travail, sur une page spéciale dédiée à la pandémie. Vu l'hétérogénéité des entreprises qui rend impossible des consignes uniformes, le ministère a également élaboré une série de fiches-conseils par métier ou par branche professionnelle. Et il suggère aux employeurs de "consulter le site internet de leur branche professionnelle pour compléter avec les conseils et préconisations propres à leur secteur d’activité et à leur métier".

"Afin de favoriser le respect d’une distance minimale d'un mètre, il est toujours recommandé de porter une attention particulière à la coactivité, et en fonction de l’analyse des risques, de la limiter le cas échéant ou de veiller à mettre en œuvre diverses mesures barrières, comme par exemple séparation de zones, organisation des circulations et zones de travail, port du masque", indique par exemple le Guide de préconisation sanitaire (PDF) de l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics.

Que dit le gouvernement ?

Malgré ses déclarations en faveur du port du masque, le Premier ministre, a ajouté un bémol : "Il n'y a pas deux lieux de travail qui se ressemblent, et c'est pourquoi l'application de mesures absolument systématiques est parfois contraire à l'effet recherché".

Interrogé mercredi matin sur Europe 1 sur le sujet, le ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, Alain Griset, a indiqué, sans plus de précision, que "s'il faut aller au-delà [des mesures déjà en vigueur] parce que le virus se développe, les entreprises devront s'adapter". Il faut également que ces exigences se conjuguent à l'impératif de la relance économique.

Le protocole à destination des entreprises devrait être bientôt mis à jour, notamment sur la question du masque. Dirigeants syndicaux et patronaux sont conviés par le ministère du Travail "à une réunion de consultation" vendredi 14 août, avant une "concertation", qui aura lieu mardi 18 août avec les ministres Elisabeth Borne (Travail) et Olivier Véran (Santé).

Que disent les entreprises ?

"On trouve que c'est un peu excessif au vu des derniers indicateurs sur l'épidémie. Mais s'il faut le faire, nous le ferons", répond à franceinfo Stéphanie Pauzat, la vice-présidente déléguée de Confédération des petites et moyennes entreprises.

Pour cette dernière, la priorité des PME est "d'éviter un reconfinement" nuisant à la relance de l'économie. Un point d'accord, semble-t-il, avec le gouvernement.

Quelles sont les entreprises à risque ?

Difficile de répondre à cette question, en l'absence de données scientifiques précises. Dans son bulletin épidémiologique du 6 août, Santé publique France avait indiqué que 22% des clusters concernaient des entreprises privées et publiques (hors établissements de santé). Un chiffre en hausse, puisque "49% des clusters sont enregistrés en milieu professionnel", a indiqué jeudi 13 août la direction générale de la santé, sans plus de précision.

En revanche, l'agence nationale refuse de préciser davantage le type d'entreprises concernées. "Pour des raisons de confidentialité, nous ne fournirons pas d’éléments sur le secteur exact, la taille et la localisation puisque le risque d’identification serait trop élevé", explique-t-on à franceinfo.

De son côté, le ministère du Travail indique qu'"une part importante des contaminations observées dans les entreprises concerne les abattoirs et les exploitations agricoles". De multiples facteurs l'expliquent : "Conditions environnementales de température et d’humidité, promiscuité, cadences de travail, recours important à la sous-traitance, à l’intérim, salariés logés en hébergements collectifs, etc.".

Par ailleurs, certains lieux ont mauvaise réputation, comme les open space climatisés. Une étude danoise (en anglais) publiée en 2011 affirmait que ceux partageant un tel espace étaient plus souvent absents pour cause de maladie. Les chercheurs avançaient l'hypothèse que la climatisation facilite encore plus la concentration des virus respiratoires dans l'air. Néanmoins, aucun chiffre officiel ne met en cause ce type d'espace de travail dans le cas du coronavirus.