Coronavirus : pourquoi le ministre de la Santé déconseille la prise d'anti-inflammatoires, qui pourraient aggraver l'infection

Olivier Véran a recommandé, samedi, de lutter contre la fièvre avec du paracétamol, plutôt que de l'ibuprofène ou de la cortisone. Les patients sous anti-inflammatoires pour d'autres maladies sont invités à demander conseil à leur médecin.

Une femme tient une boîte d\'ibuprofène dans une pharmacie. (Photo d\'illustration)
Une femme tient une boîte d'ibuprofène dans une pharmacie. (Photo d'illustration) (AFP)

L'alerte est importante pour ceux qui pratiquent l'automédication face aux symptômes du coronavirus Covid-19. Dans un tweet, samedi 14 mars, le ministre de la Santé Olivier Véran a déconseillé la prise d'anti-inflammatoires, tels que l'ibuprofène ou la cortisone, car elle pourrait être "un facteur d'aggravation de l'infection". Pour lutter contre la fièvre, l'un des symptômes possibles du virus, il recommande de prendre du paracétamol.

Dans son message, le ministre s'adresse aussi aux personnes "déjà sous anti-inflammatoires", notamment pour traiter d'autres pathologies. "Demandez conseil à votre médecin", leur recommande-t-il.

Les défenses immunitaires affectées

"Les anti-inflammatoires ont un effet immunosuppresseur" – c'est-à-dire qui inhibe l'activité du système immunitaire – "qui favorise les infections. Ils ont un effet 'booster'", explique à franceinfo Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris. "Ils peuvent aussi masquer des symptômes et avoir des effets secondaires délétères", ajoute Astrid Vabret, cheffe du service de virologie au CHU de Caen.

Alexandre Bleitreu se souvient que des problèmes avaient été constatés "lors de l'épidémie de Mers", un autre coronavirus. "L'adjonction de corticoïdes aggravait le pronostic et entraînait des complications avec des infections bactériennes."

Des médicaments trop souvent "banalisés"

La recommandation du ministre de la santé "vaut pour toutes les infections", aussi bien virales que bactériennes, s'accordent les deux médecins. Astrid Vabret rappelle que les anti-inflammatoires, "banalisés et souvent pris en automédication", sont en réalité "à manipuler avec précaution et sur prescription médicale."

Les "AINS" (anti-inflammatoires non-stéroïdiens), famille de médicaments dont fait partie l'ibuprofène, ne sont d'ailleurs plus vendus en libre-service dans les pharmacies françaises depuis le 15 janvier, après une mise en garde de l'ANSM. L'ibuprofène est vendu sous ce nom, mais aussi sous d'autres appelations comme l'Advil ou le Nurofen.

En revanche, le paracétamol "n'agit pas sur les mêmes voies que les anti-inflammatoires non stéroïdiens", et ne présente donc pas les mêmes risques, explique Alexandre Bleibtreu. "Les seuls effets secondaires sont dans le cas de pathologies hépatiques et de dépassement des doses recommandées."