Coronavirus : "La majorité des projets qu'on avait sur le virus étaient en stand-by" faute de financement, explique un scientifique

Le monde de la recherche est appelé à la grève jeudi contre la future loi de programmation pluriannuelle, en cours de finalisation par le gouvernement.

Le laboratoire du CNR à l\'Institut Pasteur, à Paris (illustration).
Le laboratoire du CNR à l'Institut Pasteur, à Paris (illustration). (THOMAS SAMSON / AFP)

"Ce qui pose problème dans les laboratoires, c'est que nous avons des charges croissantes de travail, qui consistent à écrire des projets très faiblement financés", a dénoncé jeudi 5 mars sur franceinfo le microbiologiste Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS, alors que le monde de la recherche est appelé à la grève ce jeudi contre la future loi de programmation pluriannuelle, en cours de finalisation par le gouvernement.

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Le laboratoire d'Etienne Decroly, "Architecture et fonction des macromolécules biologiques", basé à Marseille, travaille sur le coronavirus depuis l'épidémie du Sras en 2003. "Mais la majorité des projets qu'on avait sur ce virus étaient en stand-by, en partie à cause de problèmes de financement", a-t-il regretté. "Une société moderne doit assumer le fait qu'on cherche dans différentes directions, sans savoir pour autant, au préalable, quelles vont être et d'où vont venir les avancées majeures", a souligné Etienne Decroly.

franceinfo : Travaillez-vous toujours sur le coronavirus aujourd'hui ?

Etienne Decroly : On retravaille sur le coronavirus, à la suite de l'émergence [en Chine]. Mais la majorité des projets qu'on avait sur ce virus étaient en stand-by, en partie à cause de problèmes de financement et de difficultés à renouveler les contrats de recherches pour financer ce genre d'activités. Nous avions été obligés de "shifter" une partie des projets de recherches vers des projets qui étaient financés. On n'avait donc pas complètement arrêté nos recherches, mais elles avaient été largement diminuées, et donc forcément, ces projets tournaient au ralenti.

Que demandez-vous au gouvernement qui est en train de finaliser la nouvelle loi de programmation pour la recherche ?

Ce qui pose problème dans les laboratoires, c'est que nous avons des charges croissantes de travail, qui consistent à écrire des projets très faiblement financés. Pour nous, ce qui est important pour pouvoir être efficaces, c'est de pouvoir consacrer du temps à la recherche d'une part et d'avoir des financements suffisants, d'autre part, pour qu'on ait du personnel statutaire qui puisse se remobiliser rapidement sur des nouveaux sujets de recherches, afin de pouvoir mieux répondre aux crises comme celle qui apparaît maintenant.

Les autorités de santé doivent, selon vous, s'inscrire dans des processus plus longs et ne pas réagir uniquement en cas de crise, comme avec le nouveau coronavirus ?

C'est normal qu'on réagisse quand il y a une épidémie. Mais je crois qu'il ne faut pas oublier que les processus de recherches sont des processus lents, dont on ne peut pas prédire initialement quels sont les sujets qui vont émerger. Et donc, une société moderne doit assumer le fait qu'on cherche dans différentes directions, sans savoir pour autant, au préalable, quelles vont être et d'où vont venir les avancées majeures.