Covid-19 : la fumée de cigarette propage-t-elle le virus ?

Les experts interrogés jugent d'autant plus improbable la contamination par inhalation de fumée de cigarette ou de vapoteuse que ce scénario relève d'une transmission aérienne du virus par micro-gouttelettes, une hypothèse débattue par les chercheurs.

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Un homme fume une cigarette à la terrasse d'un café de Séville (Espagne), le 13 août 2020. (CRISTINA QUICLER / AFP)

En Espagne, il est désormais interdit de fumer dans la rue lorsqu'on ne peut pas se tenir à au moins deux mètres des autres personnes. La mesure de santé publique drastique fait partie des nouvelles contraintes imposées par les autorités du pays afin de freiner le rebond de l'épidémie de Covid-19. Mais cette décision radicale soulève une question : le coronavirus serait-il transmissible par la fumée de cigarette ou de vapoteuse ?

"La fumée de cigarette n'a jamais été considérée comme un vecteur de transmission du virus", répond Anne Goffard, médecin virologue au CHU de Lille. "D'un point de vue purement scientifique, rien ne sous-tend un effet de la fumée de cigarette sur la capacité du virus à se propager", confirme Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Le spectre des micro-gouttelettes

Décider d'interdire de fumer dans l'espace public, quand la distanciation sociale requise est impossible, révèle une "hypothèse sous-jacente", analyse Alexandre Bleibtreu : la transmission aérienne du virus par des micro-gouttelettes. Elle fait actuellement l'objet d'un débat au sein de la communauté scientifique.

L'Organisation mondiale de la santé, ainsi que d'autres organismes et autorités sanitaires, considèrent que le coronavirus est principalement transmis par des gouttelettes projetées par la toux, les éternuements ou la parole d'une personne infectée. On tombe malade en les inhalant. Ces gouttelettes se déposent aussi sur les objets ou les surfaces autour de la personne porteuse du virus. On peut donc aussi être contaminé en les manipulant, puis en se touchant les yeux, le nez ou la bouche. D'où les consignes de distanciation physique (1, 1,5 ou 2 mètres selon les pays), de port du masque et de lavage des mains.

Toutefois, des experts, notamment aux Etats-Unis et au Japon (pages en anglais), ont affirmé que des gouttelettes microscopiques (de moins de 5 micromètres), présentes dans l'air expiré par un malade, pouvaient contenir des particules virales. Plus légères, ces micro-gouttelettes peuvent rester en suspension en intérieur, potentiellement pendant plusieurs heures, et être inspirées par d'autres personnes. S'il n'a jamais été prouvé que ces particules étaient viables et pouvaient provoquer des infections, les indices s'accumulent. 

Les aérosols, c'est la grande mode, mais scientifiquement rien n'est démontré et on ne peut rien affirmer.

Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, à Paris

à franceinfo

"Il y a sans doute une part de contamination liée à une transmission aérienne, mais celle-ci est marginale", juge Denis Malvy, médecin infectiologue au CHU de Bordeaux et membre du Conseil scientifique. En outre, ajoute-t-il, elle ne peut se produire que "dans des espaces hyperconfinés", "avec un patient extrêmement contagieux" ou "dans un lieu ouvert mais dans lequel la foule est tellement compacte qu'on y est tous comme des sardines".

Pressée par une partie de la communauté scientifique, l'OMS a fini par admettre début juillet par la voix d'une de ses responsables que "la possibilité d’une transmission par voie aérienne dans les lieux publics particulièrement bondés ne peut pas être exclue". Pour Denis Malvy, la décision prise en Espagne représente la "transposition" de cette crainte.

Le "principe de précaution"

Cette interdiction relève du "principe de précaution", abonde Anne Goffard. "Quand on fume ou qu'on vapote, on enlève son masque, on expose ses voies respiratoires", observe l'infectiologue. "L'idée, c'est de se prémunir des gens qui se disent : 'Je fume donc je peux enlever mon masque'. La volonté, c'est que les gens portent le masque partout." La généralisation de cette protection s'avère d'autant plus importante, souligne l'experte, qu'"il y a beaucoup de gens asymptomatiques qui n'ont pas de raison de faire particulièrement attention". "Comme on ne peut pas identifier ces asymptomatiques qui peuvent transmettre le virus, il faut que tout le monde prenne des précautions tout le temps."

Les fumeurs "peuvent être plus vulnérables" à une infection au Covid-19, note d'ailleurs l'OMS (page en anglais). Fumer "implique le contact des doigts (et éventuellement des cigarettes contaminées) avec les lèvres, ce qui augmente la possibilité de transmission des virus de la main à la bouche".

Si la contamination par micro-gouttelettes se confirmait, les fumeurs y seraient davantage exposés. En effet, "quelqu'un qui fume augmente son volume respiratoire comme quelqu'un qui court : il inspire et expire de grands volumes d'air", pointe Alexandre Bleibtreu. Il est donc plus susceptible d'inhaler le virus. Par ailleurs, les fumeurs représenteraient également un danger particulier pour les autres, puisque "quand on expire la fumée de cigarette ou de vapoteuse, on génère un flux d'air. Et dans ce flux d'air, il peut y avoir potentiellement du virus", explique Anne Goffard. Alexandre Bleibtreu juge toutefois ce scénario d'infection "très tiré par les cheveux".

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