Coronavirus : "Il faut produire très massivement" de la chloroquine, affirme le chef du service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou

Le médicament est déjà utilisé sur des patients à Marseille et une étude de grande ampleur a été lancée pour valider son efficacité sur le coronavirus. Les médecins aux prises avec les malades ont "envie" de l'utiliser tout de suite mais ne veulent pas créer de "pénurie", explique le Pr Juvin.

Philippe Juvin, chef du service des urgences à l\'hôpital Georges Pompidou à Paris.
Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

"Il faut produire dès maintenant et très massivement" de la chloroquine, demande Philippe Juvin, lundi 23 mars sur France Inter. Le chef du service des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou à Paris estime que la France doit faire des stocks de cette molécule qui, d'après le Pr Didier Raoult à Marseille, est un traitement efficace pour soigner les personnes atteintes du coronavirus.

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"L'étude du Pr Raoult semble montrer que la chloroquine est efficace, pointe le Pr Juvin. Il faut le dire très clairement. Le problème c'est qu'un certain nombre de gens analysent cette étude en disant qu'elle souffre de défauts qui font que les résultats ne seraient pas si probants que ça", tempère-t-il. Il faut "très rapidement" savoir si ce traitement est efficace, insiste l'urgentiste. Mais en attendant les résultats, les autorités ne doivent pas rester les bras croisés : 

Il faut qu'on produise dès maintenant et très massivement ce produit parce que si on a la confirmation que l'on peut le donner à un maximum de gens (...), il va falloir qu'on ait beaucoup de stock.Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou à Parisà France Inter

Et pour cause, le traitement pourrait ainsi être administré à énormément de monde, selon l'urgentiste. "On pourrait le donner aux malades, mais aussi en traitement préventif aux soignants", prévoit-il.

"Une guerre logistique"


"Cette guerre est une guerre logistique, poursuit Philippe Juvin. On l'a vu avec les tests, on l'a vu avec les masques, et on le verra peut-être demain avec la question du Plaquenil [le nom du médicament à base de chloroquine]. Il faut des logisticiens et des scientifiques et c'est comme cela qu'on va gagner". Mais de l'aveu du Pr Juvin, "les choses sont complexes". Lui et ses collègues ont "envie de donner ce traitement" dès maintenant. "Mais si on le donne, tout de suite, à tout le monde, on risque de créer une pénurie pour les gens qui en ont vraiment besoin". En effet, le Plaquenil est un médicament vital pour le traitement du lupus, une maladie inflammatoire peu fréquente mais très grave.