Après le coronavirus, la crainte d'une "vague psychiatrique" : "C'est un flux continu, ce n'est pas un pic"

Les psychiatres craignaient que la période stressante du confinement, puis du déconfinement, ne trouble beaucoup de Français. S'ils observent une augmentation du nombre de patients, l'afflux redouté reste gérable.

Joan Sidawy, lui-même schizophrène, est président de l\'association Comme des Fous.
Joan Sidawy, lui-même schizophrène, est président de l'association Comme des Fous. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Joan Sidawy a dû interrompre son activité d'architecte pendant le confinement. L'inactivité, le stress de cette période inédite ont perturbé cet homme schizophrène, président de l'association Comme des fous. "Je n'arrivais plus trop à me lever. J'ai perdu mes repères comme je n'allais plus au travail le matin, c'est devenu négatif comme expérience", raconte Joan Sidawy. "Quand on est lâché dans la nature et qu'on n'a pas un suivi, quelqu'un qui nous appelle et que l'on voit en vrai, on commence à cogiter tout le temps, à angoisser. Une fois qu'il y a l'angoisse et le stress, on ne dort plus. Et quand on ne dort plus, c'est les urgences."

L'architecte se remémore les débuts du confinement. "Les deux premières semaines, ça allait parce qu'on était dans l'ambiance 'le monde d'après, qu'est-ce qu'on peut changer ?'. Il y avait une stimulation et au bout de deux semaines, il y a eu un relâchement, comme dit mon médecin. J'ai perdu mes repères", reconnaît-il. Joan Sidawy revient sur une soirée particulièrement dure à vivre. "Un soir, je suis allé aux urgences de l'hôpital Sainte-Anne. J'étais fou, je criais dans la rue. J'ai fait des mini manifs tout seul dans la rue à crier : 'Macron nous fait la guerre et le ministre aussi !'. Les gens criaient depuis leur balcon 'ferme ta gueule, il est deux heures du matin !'"

J'ai préféré aller aux urgences pour éviter le pire. Peut-être que je pouvais être dangereux pour mes parents.Joan Sidawy, atteint de schizophrénieà franceinfo

Pendant plusieurs semaines, les professionnels de santé, les psychiatres avaient alerté sur le risque d’une nouvelle vague sanitaire, une "vague psychiatrique", après celle du coronavirus. Des patients qui déclenchent des crises, qui décompensent, la docteur Catherine Boiteux, responsable de l'unité d'hospitalisation psychiatrique du Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neuroscience, en voit tous les jours. "Depuis le confinement, on a une reprise de l'activité qui est intense, mais qui n'est pas une vague, parce que ça s'étire dans le temps, explique Catherine Boiteux. C'est vraiment un flux continu, ce n'est pas un pic. Lorsque deux patients sortent parce qu'ils sont rétablis et qu'ils peuvent reprendre leur vie en ambulatoire, on a deux entrées immédiatement dans les heures qui suivent les deux sorties."

De nouveaux patients mais pas d'afflux aux urgences psychiatriques

Chef du service des urgences de l'hôpital Sainte-Anne à Paris, le docteur Raphaël Gourevitch ne constate pas de vague non plus aux urgences psychiatriques. Il observe néanmoins l'arrivée de nouveaux patients. "Il y a quand même pas mal de nouveaux patients qui déclenchent des pathologies psychiatriques à des âges plus atypiques que d'habitude, chez les personnes de la trentaine, de 40 ans, précise-il. Il y a certainement des conséquences psychologiques et même psychiatriques de l'épidémie, du confinement puis du confinement. Moi, je n'ai pas l'impression, à mon niveau, que ça ait provoqué un afflux de patients qui ne soit pas gérable."

Les médecins estiment que cet afflux régulier de patients devrait durer encore plusieurs mois. La crise économique et le cumul du stress risquent encore de fragiliser certaines personnes. Les psychiatres se préparent aussi à accueillir de très graves malades du Covid, guéris, mais chez qui un coma long aura laissé un traumatisme psychique.

Covid-19 et psychiatrie : écoutez le reportage de Solenne Le Hen
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