Coronavirus : "Des magasins se permettent d'obliger les gens à acheter d'autres produits pour obtenir des masques", dénonce 60 Millions de consommateurs

Pour Lionel Maugain, journaliste à 60 Millions de consommateurs, certaines enseignes font de la vente liée et "c‘est interdit en France", rappelle-t-il mercredi sur franceinfo.

Des masques jetables sont proposés aux clients d\'un magasin de l\'Est de la France, le 4 mai 2020.
Des masques jetables sont proposés aux clients d'un magasin de l'Est de la France, le 4 mai 2020. (DAREK SZUSTER / MAXPPP)

Lionel Maugain, journaliste à 60 Millions de consommateurs, a mené une enquête sur la vente des masques grand public dans les magasins. "Il y a certaines grandes surfaces qui se permettent d'obliger les gens à acheter d'autres produits pour obtenir les masques", dénonce-t-il mercredi 6 mai sur franceinfo. Pour lui, c'est de la vente liée, "c‘est interdit en France", rappelle-t-il. Il alerte sur le prix des masques qui n’est pas toujours respecté et sur la possibilité de se faire avoir en achetant sur internet. "On a tous les éléments pour l'arnaque", assure le journaliste.

franceinfo : Que pensez-vous des justifications d’Intermarché qui dit que la réservation des masques par les clients détenteurs de la carte du magasin de Cherbourg-en-Cotentin est une erreur ? Est-ce que les magasins tentent de transformer les masques en argument marketing ?

Lionel Maugain : Il n'y a pas qu'un seul Intermarché qui se soit comporté comme cela. Malheureusement, il y a plusieurs points de vente, et pas que dans le réseau Intermarché, qui ont obligé les gens qui souhaitaient acheter des masques à avoir la carte. Il y a eu pas mal de refus si vous n'aviez pas la carte du magasin, notamment chez Intermarché, mais pas seulement. C'est un gros raté. Espérons que le message de monsieur Cotillard [le président d’Intermarché qui assure que cette pratique est une erreur] va être bien diffusé dans le réseau Intermarché. Pour l’instant, on a des remontées comme ça. On a aussi des remontées de tensions avec les clients. Il y a des tensions, alors même qu'on n’est pas en période de déconfinement. Qu'est-ce que ce sera la semaine prochaine ? Il y a aussi certains magasins qui se permettent d'obliger les gens à acheter d'autres produits pour obtenir les masques. Ça c'est quand même incroyable de contraindre à l'achat d'autres produits. C'est de la vente liée et c'est interdit en France. On a aussi des bugs sur les TVA. La TVA n'est plus à 20 % mais à 5,5 %. Il y a, notamment dans le réseau Intermarché, des dispositifs informatiques de caisse qui n'ont pas été rectifiés. Il y a pas mal de soucis.

Selon vous, y a-t-il beaucoup de tensions sur la vente de ces masques en magasin et faut-il donc faire attention ?

On peut comprendre qu'il y ait beaucoup de tensions parce que c’est un produit que personne n'avait chez lui, ou presque, il y a encore deux mois. On oblige les gens à en acheter en grande quantité puisqu'on aura besoin de masques aujourd'hui, mais sans doute dans les semaines et dans les mois qui viennent. C’est très spécial comme opération ce qui va se passer sur l'achat des masques. On peut comprendre certaines choses. Il y aura un impact aussi sur le budget des ménages qui est très important et qu'on est en train d'évaluer à 60 Millions de consommateurs. Il faut faire très attention, notamment sur les offres qui sont proposées par Internet. On risque vraiment de se faire arnaquer. On a tous les éléments pour l'arnaque. C'est un produit qui est très fortement demandé. On a calculé que le prix du masque chirurgical jetable a augmenté de 600 % depuis deux mois. Il fait l'objet d'une spéculation internationale incroyable. On en paye le prix dans les grandes surfaces puisque 60 centimes, c'est quand même très cher, même s’il est probable que les enseignes vendent sans marge comme elles s’y sont engagées. En tout cas, c’est très élevé.

À combien estimez-vous ce budget masques pour les ménages ? Est-ce que le prix plafond de 95 centimes pour les masques jetables est bien respecté ?

On est en train de l'évaluer. On va publier des chiffres jeudi, mais ça dépend si on utilise des masques en tissu ou des masques jetables. Avec le tissu, pour une famille qui a un enfant qui va au collège, on peut être entre 40 et 60 € par mois. Si on achète des masques jetables, on est au-delà de 100 €, on peut même monter jusqu'à 115, 120 €. Il faudra calculer à l'usage. Il faudra que chaque famille établisse le nombre d'usages qu'ils ont chaque semaine. En fonction de ça, ils devront choisir entre un masque en tissu, un masque jetable, en fonction des prix qui sont proposés. Nous avons quelques cas de magasins, pas dans la grande distribution alimentaire, mais qui vendent au-delà de ce prix plafond. Là encore, j'espère que les choses rentreront dans l'ordre. Les consommateurs qui sont en butte à ce genre de problème peuvent le signaler sur le site officiel Signal Conso et puis nous le signaler à nous [60 Millions de consommateurs], parce qu’on relaiera aussi. Il faut absolument que tout le monde joue le jeu. C'est un produit très sensible, donc espérons que ces ratés seront sans lendemain.