Coronavirus : des caméras mesurent le taux de port du masque dans la station Châtelet-Les Halles à Paris

L'expérimentation a commencé mercredi et va durer trois mois, indique l'entreprise prestataire, Datakalac, à franceinfo.

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Un quai de la station Chatelêt-Les Halles, l'une des gares les plus fréquentées du réseau francilien. (PATRICK KOVARIK / AFP)

À trois jours de la sortie du confinement, dans une région classée "rouge", des caméras mesurent le taux de port du masque dans la station Châtelet-Les Halles à Paris depuis le mercredi 6 mai, a appris franceinfo vendredi auprès de Datakalac, la start-up française d'intelligence artificielle à l'origine du système permettant ce calcul. Et l'expérimentation va durer trois mois. Alors que le port du masque sera obligatoire dans les transports à partir de lundi 11 mai, le directeur général de l'entreprise assure que ces observations ne serviront pas à surveiller ni à verbaliser les voyageurs.

12 caméras à terme

Actuellement, six caméras - déjà présentes auparavant - dans la station de métro et de RER sont reliées à un système informatique contenant un algorithme qui compte le nombre de personnes qui passent à un point donné, celles qui portent un masque et celles qui n'en portent pas. À terme, 12 caméras y seront reliées.

L'algorithme analyse les pixels des images et parvient à voir si les voyageurs portent des masques ou non, mais il ne peut pas reconnaître les individus. Il envoie ses calculs sous forme d'infographies aux opérateurs de la RATP et à Datakalac. La start-up assure que leur taux de fiabilité est de 90%, selon les premiers tests.

Pas de collecte de données personnelles, assure le prestataire

"L'ordinateur n'a pas d'écran et on n'a volontairement aucun accès possible techniquement pour visualiser ce qui se passe", assure le directeur général de Datakalab Xavier Fisher. "L'ordinateur traite le flux et compte le nombre de gens qui ont un masque ou qui n'ont pas de masque", précise-t-il.

Le directeur général a envoyé les éléments juridiques à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) mais il promet que "personne ne voit les images, elles ne sont pas stockées, elle n'ont pas de durée de vie. Personne de la RATP et personne de chez Datakalab ne peut avoir accès à tout ça. On ne veut surtout pas collecter de quelque manière que ce soit une information qui est une donnée personnelle".

De plus, les données récoltées sont envoyées toutes les 15 minutes, ce qui rend impossible une verbalisation des usagers des transports qui ne porteraient pas de masque. La RATP s'engage à ne pas mettre plus d'agents là où le masque serait le moins porté. En revanche, si elle constate que le masque est très peu porté, elle pourrait augmenter la prévention. Par ailleurs, même si cette expérimentation est ponctuelle et liée au contexte sanitaire, elle rentre aussi dans un plan de tests de l'intelligence artificielle pour évaluer son intérêt pour améliorer le transport et permettre, éventuellement, de détecter des colis abandonnés sur les quais.

La LDH inquiète de cette initiative

Mais pour Maryse Artiguelong, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH), responsable du pôle Liberté et TIC (Technologie de l'informatione et de la communication), si ce "dispositif paraît tout à fait bienveillant", il "ne va servir à rien".

"S'il faut faire de la pédagogie, faisons-là tout de suite. Ça fait deux mois qu'on a de la pédagogie sur toutes les radios, toutes les télés", dit Maryse Artiguelong sur franceinfo. Pour la vice-présidente de la LDH, "c'est aussi une façon d'habituer les gens à être surveillés. C'est une atteinte à la vie privée parce que c'est une atteinte à la liberté de circuler sans être surveillé."

Maryse Artiguelong dénonce un "engrenage". "Le numérique n'est pas l'outil parfait que veulent nous faire croire nos dirigeants. Pour nous, c'est profiter aussi de la peur. Avant c'était la peur du terrorisme, maintenant, c'est la peur pour sa santé et celles de ses concitoyens", alerte-t-elle.

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