Coronavirus : découvrez le schéma qui explique la stratégie "de freinage" du gouvernement face à l'épidémie

La stratégie de l'exécutif ne vise pas à réduire le nombre de personnes pouvant être touchées par le virus mais consiste à ralentir la propagation, afin de mieux pouvoir prendre en charge les malades.

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Les évolutions théoriques d'une épidémie en fonction de la mise en place, ou non, de mesures préventives. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Une image vaut (parfois) mille mots. Lundi 9 mars, sur le plateau de BFMTV, le ministre de la Santé a sorti un papier et un stylo pour tenter d'expliquer, en dessin, l'objectif de la politique de prévention du gouvernement, en pleine épidémie de coronavirus"On ne peut pas empêcher un virus de circuler... mais on peut éviter que trop de malades ne se contaminent d'un seul coup", détaille Olivier Véran. Nous avons reproduit ce schéma théorique à partir du modèle développé par l'agence fédérale de protection de la santé publique américaine, les CDC.

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Les évolutions d'une épidémie avec ou sans mesures préventives. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Ce graphique montre l'évolution théorique du nombre de personnes contaminées par un virus dans le temps, selon la mise en place (ou non) de mesures préventives. L'objectif ? "Retarder le départ de l'épidémie, diminuer l'intensité de cette épidémie et l'étaler au cours du temps", synthétise le professeur suisse Didier Pittet dans une interview. Selon ce schéma, le nombre total de personnes contaminées durant l'épidémie reste comparable quelles que soient les mesures prises. Mais la gestion de la crise est très différente. "On veut réduire le pic de l'épidémie pour l'étaler sur une période prolongée de manière à éviter la surcharge du système de santé", explique cet épidémiologiste qui a notamment popularisé la solution hydro-alcoolique de désinfection des mains.

Limiter l'afflux à l'hôpital

Cette stratégie est d'ailleurs recommandée au niveau international. "Chaque journée qui ralentit l'épidémie est une journée supplémentaire accordée aux hôpitaux pour se préparer", a martelé le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. La hantise des autorités sanitaires mondiales est toujours une explosion brusque des cas, qui conduirait à un afflux massif de patients dans des hôpitaux inexorablement débordés. Sur les réseaux sociaux, ces alertes sont résumées avec le mot-clé #FlattenTheCurve ("aplatir la courbe").

Mais pour aplatir cette courbe, il faut aussi faire accepter des mesures restrictives aux individus en expliquant leur intérêt collectif. "Jusqu'à présent, les gens ont l'impression que cette maladie est un danger individuel, alors que c'est un danger populationnel : à de très rares exceptions près, les jeunes ne vont pas en mourir, mais par contre, ils vont participer au blocage des hôpitaux qui va faire que d'autres en mourront", explique le médecin réanimateur belge Philippe Devos.

"Le principe, c'est le freinage"

En France aussi, "le principe, c'est le freinage", a martelé le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur franceinfo, mardi 10 mars. Et pour "freiner" cette épidémie, le gouvernement sort les grands moyens : interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes dans toute la France, fermeture des établissements scolaires dans les "clusters", diffusion des consignes sanitaires pour faire barrage au virus...

Le gouvernement agite aussi le chiffon rouge, ou plutôt le chiffon italien, pour convaincre les plus récalcitrants. Face au nombre de cas qui se multiplient, le pays est désormais sous cloche, avec des restrictions de déplacement drastiques. "Les décisions que l'Italie prend sur une partie de son territoire sont clairement liées à la saturation de ses urgences, à la saturation de ses réanimations", alerte Olivier Véran qui défend de son côté "des réponses graduées à chaque territoire".

En cas d'échec de cette stratégie, les conséquences seraient dramatiques. Cela pourrait amener les médecins à faire des choix éthiquement très lourds, en triant les malades à soigner parmi les plus graves, qu'ils soient atteints du nouveau coronavirus ou d'autres pathologies. C'est déjà le cas dans certaines régions d'Italie, selon un anesthésiste-réanimateur de Bergame, cité par l'AFP : "On décide en fonction de l'âge et de l'état de santé", comme "dans les situations de guerre".

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