Cet article date de plus d'un an.

Coronavirus : dans les services de réanimation, "on est obligé de réinventer la façon dont on fait de la médecine", explique un médecin parisien

Les stocks de produits anesthésiants sont actuellement en tension du fait d'un grand nombre de patients en réanimation.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Le service de réanimation de l'hôpital Louis Pasteur, à Colmar (Haut-Rhin). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"On est obligé de réinventer la façon dont on fait de la médecine", a expliqué à franceinfo samedi 28 mars Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à  la Pitié-Salpêtrière à Paris et secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFA), alors que les stocks de produits anesthésiants sont actuellement en tension du fait d'un grand nombre de patients en réanimation. "On s’adapte parce qu’on voit qu’il y a de la tension et que les marges sont de plus en plus restreintes."

Franceinfo : Comment faites-vous pour faire face à la baisse des stocks de produits anesthésiants ?

Jean-Michel Constantin : On essaie le plus possible de ne pas sédater [injecter un calmant ou un antidouleur] trop profondément ces patients, pas tant pour faire des économies mais pour avancer vers un sevrage de la ventilation. On réfléchit aux modalités d’administration, à utiliser des vieux produits qu’on n’utilisait plus, qui ont des stocks un peu inutilisés, on essaie de modifier un peu les réglages du ventilateur pour que les patients le supportent le mieux possible… En résumé, on s’adapte. On est obligés un peu de réinventer la façon dont on fait de la médecine parce qu’on n’a pas le choix.

Quelle est la marge de manœuvre ?

On a une légère marge sur les places et sur les stocks mais je ne sais pas jusqu’à quand. Ce qui est évident, c’est que je ne vois pas comment en France aujourd’hui on pourrait arrêter de faire de la réanimation sur des patients qui en ont besoin. Il faudra cependant qu’on se réinvente au fur et à mesure, qu’on s’adapte parce qu’on voit qu’il y a de la tension et que les marges sont de plus en plus restreintes. Ce sont des marges de quelques jours mais on passe notre temps à rouvrir des lits. Au début de l’épidémie, on était toujours en avance. Là, on voit qu’il y a plus de patients qui rentrent que ce qu’on a en possibilités d’ouverture de lits.

Je ne sais pas jusqu’à quand on va tenir, ça dépend des patients contaminés et cela dépend d’une seule chose : le respect du confinement.

Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière à Paris

à franceinfo

Nos collègues du privé prennent des patients pour faire la deuxième phase de la réanimation et qu’on puisse prendre les patients les plus graves.

Les plans de gestion de pénurie préétablis par le ministère de la Santé défini sont-ils correctement calibrés pour cette crise ?

Ils ne sont pas calibrés pour la crise qu’on connaît parce qu’elle n’était pas envisageable. Elle a ce côté irréel qui nous tombe dessus qui fait qu’au-delà des plans de pénurie qui sont prévus on est obligés d’utiliser d’autres façons d’utiliser les médicaments et d’autres techniques pour essayer d’amortir cette quantité astronomique de patients qu’on reçoit dans un état très grave.

Heureusement, on a des patients qui sortent vivants de réanimation tous les jours, ça permet aux soignants de garder la motivation et la force de travailler au quotidien. Ça fait du bien.

Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière à Paris

à franceinfo

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.