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Coronavirus : comment parler de cette rentrée pas comme les autres à vos enfants ?

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France Télévisions
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Des élèves et des parents devant l'école élémentaire Jules-Julien à Toulouse (Haute-Garonne), le 22 juin 2020. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Pour aider les parents à rassurer leurs écoliers avant la rentrée, franceinfo a recueilli des conseils auprès de spécialistes de l'enfance.

La rentrée scolaire 2020 ne ressemblera à aucune autre. Protocole sanitaire strict, port du masque obligatoire pour tous les adultes et les élèves dès 11 ans… La vie des enfants et des professeurs est bousculée en raison de la pandémie de Covid-19. Alors que la rentrée est habituellement déjà une source de stress pour certains, la crise sanitaire peut aggraver la situation. Franceinfo a demandé conseil à des spécialistes de l'enfance pour savoir comment parler aux plus jeunes de ce retour en classe particulier.

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Se limiter aux questions des enfants (pour ne pas créer de nouvelles peurs)

"Il faut répondre aux questions de l'enfant et ne pas aller au-delà", insiste Claudine Nemausat, médecin scolaire à Montpellier (Hérault) et secrétaire générale du Syndicat national des médecins scolaires. Pour elle, aborder des interrogations que l'enfant n'a pas encore formulées ou pensées peut générer de l'anxiété supplémentaire.

"Partir des questions apportées par l'enfant, c'est essentiel", acquiesce Pierre Delion, pédopsychiatre et professeur émérite des universités. "L'adulte parle pour rien s'il arrive avec des questions que l'enfant ne s'est pas encore posées", ajoute-t-il.

Il faut informer l'enfant des nouveautés de la rentrée parce que c'est ce que nous lui devons, mais il faut attendre qu'il pose des questions, c'est beaucoup plus efficace.

Pierre Delion, pédopsychiatre

à franceinfo

"Dès 3 ou 4 ans, quand l'enfant commence à dessiner ou raconter des histoires, on peut utiliser ces moyens pour parler, poursuit l'auteur du livre Le développement de l'enfant expliqué aux enfants d'aujourd'hui (éditions Erès). Le parent peut par exemple proposer 'si tu veux, on va dessiner ensemble quelque chose qui représente le virus'. A ce moment-là, l'enfant se dit que l'adulte se met à son niveau." Tout cela doit favoriser un échange "bilatéral""l'écoute doit primer" et où les réponses de l'adulte doivent être les plus claires possibles.

Faire part de ses incertitudes (parce que la situation peut évoluer de façon imprévue)

"Je dis toujours aux parents qu'il ne faut pas mentir aux enfants", indique Fabienne Kochert, présidente de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa).

Les parents peuvent dire la vérité, qui est que nous vivons une crise sanitaire qui n'est pas terminée mais que tout le monde s'active pour trouver des solutions.

Fabienne Kochert, pédiatre

à franceinfo

Pierre Delion conseille aux parents de ne pas cacher "qu'ils sont dans l'incertitude" quant à l'évolution de la situation. Selon lui, tout en adaptant les mots selon l'âge des enfants, ces derniers "peuvent tout à fait comprendre la notion d'incertitude", le fait que "nous faisons face à quelque chose de totalement nouveau" et "que ce que l'on croyait au début a beaucoup changé". D'après ce spécialiste, cela peut faire comprendre aux enfants qu'ils "doivent se soumettre à ce que proposent les adultes, tout en sachant que ce qu'ils proposent est sans doute ce qu'il y a de mieux". Il ajoute : "L'enfant se met alors dans un état d'alerte, d'inquiétude raisonnable."

Sur le calendrier à venir et les éventuels rebondissements, Pierre Delion recommande de dire que "comme nous ne savons pas, pour l'instant, il faut suivre les recommandations, les gestes barrières. La situation changera dès que possible", en mettant l'emphase sur ces trois derniers mots.

Il est nécessaire, d'après Fabienne Kochert, d'expliquer aux enfants que la rentrée a lieu dans une "période particulière, mais que tout est fait pour que l'école continue et que l'on évite un nouveau confinement".

Claudine Nemausat préconise de rappeler qu'"à l'école, comme dans la vie normale, il faut se laver les mains souvent, ne pas trop faire de bisous comme avant, et que les adultes porteront des masques". "Cela, ils le vivent et le voient déjà dans le quotidien, dans la rue, les magasins, ou quand ils vont voir leurs grands-parents", commente-t-elle.

Etre rassurant (en parlant des avancées de la science, de la faible dangerosité de la maladie pour les enfants)

"Les enfants peuvent être rassurés si on leur dit qu'on ne sait pas tout mais que les adultes sont mobilisés", ajoute Pierre Delion. "On peut leur expliquer que des médecins et des chercheurs du monde entier travaillent et connaissent de mieux en mieux le virus, mais que tant que l'on n'aura pas de vaccin, on ne sera pas débarrassés", illustre Fabienne Kochert. Pour elle, "il faut que les enfants se sentent protégés par leurs parents, les enseignants et tout le reste de la société".

La pédiatre invite également les parents à rappeler aux enfants qu'"ils ne sont pas les cibles de ce virus", que ce sont plutôt les adultes qui risquent d'être gravement malades, même si "on ne sait pas encore très bien pourquoi". "C'est important de le répéter parce que ces derniers mois, les rares fois où il y a eu des décès d'enfants, après notamment des cas de syndrome de Kawasaki, les chaînes d'info en continu ne parlaient que de ça", ajoute-t-elle.

Dissiper ses propres angoisses (pour ne pas les transmettre)

Un lieu commun affirme que les enfants sont comme des éponges qui absorberaient les émotions de leur entourage, en particulier la peur. "L'angoisse est la maladie la plus contagieuse de l'enfance", confirme Pierre Delion. "Les enfants sont sensibles aux inquiétudes des adultes qui les entourent", soutient également Fabienne Kochert. Sans y faire attention, les parents peuvent donc facilement diffuser leurs craintes.

Ainsi, selon Pierre Delion, si un parent est anxieux à cause de la crise sanitaire, il vaut mieux que l'autre parent ou un proche moins stressé s'adresse aux enfants et réponde à leurs interrogations. Le pédopsychiatre conseille également aux parents de parler de leurs éventuelles angoisses afin de les transformer. "Ils peuvent en discuter entre eux, avec la famille, leurs amis ou des voisins qu'ils apprécient, entre adultes", explique-t-il.

Pour parler sereinement aux enfants, il faut donc déjà que les parents soient rassurés. Or, lors du déconfinement et du retour en classe du 22 juin, Fabienne Kochert relate avoir fait face à de nombreux parents inquiets qui ne souhaitaient pas remettre leurs enfants à l'école. "Il faut bien expliquer aux parents que l'épidémie est une situation qui dure, que les enfants ne sont pas à risque et que leurs besoins éducatifs et leurs besoins d'interactions doivent être satisfaits", souligne la pédiatre, qui constate que les parents sont souvent plus inquiets que les enfants.

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