Coronavirus : ce que l'on sait des premiers patients touchés par l'épidémie

Deux articles publiés par la revue britannique "The Lancet" analysent les premières données disponibles sur les 41 premiers patients porteurs du 2019-nCoV.

Des patients attendent aux urgences d\'un hôpital de Pékin (Chine), le 25 janvier 2020.
Des patients attendent aux urgences d'un hôpital de Pékin (Chine), le 25 janvier 2020. (KOKI KATAOKA / YOMIURI / AFP)

Il se transmet d'une personne à l'autre et provoque des symptômes qui ne sont pas identiques à ceux du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) : telles sont les principales conclusions de deux études scientifiques au sujet du nouveau coronavirus, publiées vendredi 24 janvier dans la revue britannique The Lancet. Selon le dernier bilan communiqué samedi matin, le 2019-nCoV a tué 41 personnes et en a contaminé près de 1 300 depuis décembre. Grâce à ces deux publications, on en apprend davantage sur les premiers cas.

Qui sont les premiers patients ?

Le premier article publié dans The Lancet (en anglais), écrit par Chaolin Huang, de l'hôpital Jin Yin-tan de Wuhan, la ville chinoise au cœur de l'épidémie de pneumonie virale, renseigne sur l'identité des 41 premiers patients porteurs de ce coronavirus. La moyenne d'âge de ces personnes, hospitalisées entre le 16 décembre 2019 et le 2 janvier, est de 49 ans, et les trois quarts (30 patients) sont des hommes. Un tiers (13) avaient déjà des problèmes de santé (diabète, hypertension, problèmes cardiovasculaires). Un tiers des 41 malades a présenté une détresse respiratoire aiguë et a nécessité des soins intensifs. Six sont morts.

Le deuxième article (en anglais), signé entre autres par Jasper Fuk-Woo Chan, de l'université de Hong Kong, s'intéresse à la contamination d'une famille de six personnes : un couple de sexagénaires, leur fille, leur gendre, un des deux petits-fils âgé de 10 ans et la mère du gendre. Il s'agit de la première description de transmissions interhumaines du 2019-nCoV.

Quels sont les symptômes ?

Selon les données obtenues sur les 41 patients, tous présentaient une pneumonie et, à l'exception de l'un d'entre eux, de la fièvre. Les trois quarts toussaient, un peu plus de la moitié éprouvaient une gêne respiratoire et un peu moins de la moitié ressentaient de la fatigue. Un seul avait une diarrhée.

Même chose pour la famille de six personnes, dont les membres avaient de la fièvre, des symptômes respiratoires et, pour certains, une diarrhée. Seul l'enfant de 10 ans n'a présenté aucun symptôme tout en étant porteur du virus.

Comment ont-ils contracté le virus ?

Parmi les 41 patients étudiés par Chaolin Huang, 27 ont été directement exposés au marché de gros de fruits de mer et de poissons de Wuhan. Y sont aussi vendus divers autres animaux et de la viande de gibier, selon Le Monde.

Si les membres de la famille contaminée n'ont pas mis les pieds dans ce marché, la grand-mère et sa fille ont, en revanche, rendu visite à l'hôpital à une cousine touchée par ce coronavirus. Originaires de Shenzhen (métropole reliant Hong Kong à la Chine continentale), ils ont séjourné à Wuhan du 29 décembre 2019 au 4 janvier. Un seul membre de la famille n'a pas été infecté : un enfant qui a porté un masque chirurgical. Quant à la mère du gendre, elle a contracté le virus alors qu'elle ne s'est pas rendue à Wuhan. Elle a été contaminée après plusieurs jours en contact avec quatre de ses proches porteurs du virus à leur retour.

Quelles conclusions en tirent les scientifiques ?

En règle générale, les porteurs du coronavirus ne sont contagieux qu'à partir du jour où ils ont des symptômes, a rappelé au micro de franceinfo le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat, à Paris, directeur de l'Institut de l'infectiologie à l'Inserm et expert auprès de l'OMS. Or, les scientifiques qui ont réalisé ces études s'interrogent sur une possible contagion avant l'apparition des symptômes. La grand-mère et sa fille "qui s'étaient rendues à l'hôpital de Wuhan pourraient avoir été contagieuses avant que des symptômes apparaissent chez elles car le patient 5 [le petit-fils également infecté] excrétait du virus sans présenter de symptômes", avance ainsi Jasper Fuk-Woo Chan. 

Par ailleurs, "la transmission de personne à personne et la propagation d'une ville à l'autre du 2019-nCoV par les voyages aériens sont possibles", poursuit-il. "Il est encore crucial d'isoler les patients, de retrouver la trace de leurs contacts et de les mettre en quarantaine aussitôt que c'est faisable car l'infection asymptomatique semble possible", insiste-t-il. Ces études basées sur un petit nombre de personnes méritent donc d'être approfondies, mais elles fournissent déjà des éléments pour le suivi de l'épidémie.